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Olga Charlotte Auber

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Invitée à la Fête du livre d'Esternay du dimanche 6 octobre, Olga Charlotte Auber écrit des poèmes depuis presque 60 ans. Portrait.

« Une nuit, quand j'avais 24 ans, je me suis levée pour écrire, et je n'ai toujours pas arrêté. Jusque là j’avais toujours pensé que La Poésie était réservée à une élite supérieure passant la tête haute sous les fourches caudines de la sacro-sainte Université. En une nuit j’ai balayé d’un coup tous mes complexes. » Elle s'est installée à Esternay, Ruelle du Moulin en 2010 en emmenant avec elle les ouvrages de ses maîtres Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Reverdy, Apollinaire ou René Char, Olga Charlotte Auber est très encline à communiquer sa passion pour la poésie, qui l'a accompagnée pendant toute sa vie.
Née à Paris en 1932 de parents juifs d'origine tchécoslovaque émigrés en France en 1921, Olga a pourtant été élevée dans la religion catholique, selon la volonté de son père, un polyglotte mélomane très cultivé. Quand la guerre éclate, ses parents décident de rester à Bordeaux, où ils étaient en vacances, puis de descendre à Pau en 1942, derrière la ligne de démarcation.

Le déclic avec Jules Laforgue
« Mes parents mon frère et moi étions cachés dans des endroits différents pour éviter que toute la famille ne se fasse arrêter en même temps. Ils ont été très prévoyants. » Elle sera ainsi réfugiée dans un couvent jusqu'à la Libération. « Cet épisode de ma vie a nourri mon état d'esprit, avant que je commence à écrire ».
Après un apprentissage de lingère main et de modéliste en lingerie fine, un métier qu'elle exerce pendant 6 ans, elle s'initie ensuite à la gravure sur pierre dure et semi-précieuses après son mariage en 1954. Mère de deux enfants, elle exercera ce métier pendant 18 ans. « Mon mari avait une nièce qui récitait des poèmes de Jules Laforgue dans un petit théâtre d’essai de la rue Lepic à Paris : ça m'a tellement séduite que j'ai eu envie d'écrire. Je me suis réveillée dans un monde qui me plaisait. »

Premier poème radiodiffusé
Pure autodidacte sans formation littéraire, même si elle a suivi des cours en auditeur libre à La Sorbonne pendant trois ans, « Les éblouissantes conférences du professeur Vladimir Jankélévitch, les magistrales diatribes de Monsieur Etiemble, professeur de littérature comparée, pourfendeur du « franglais » ont largement contribué à façonner mon esprit critique. J’ai même eu l’audace de solliciter l’avis de l’éminent professeur d’Esthétique, Étienne Souriau qui m’a reçue pendant une demi-heure après avoir lu quelques-uns de mes textes. « Incontestablement vous avez du talent, m’a-t-il dit, mais ne faites pas du Prévert, ce n’est pas de la poésie » ! - Bien entendu ce n’était pas mon avis… » Olga écrit son premier poème « Je marche dans la nuit » en 1957. Il sera lu, avec d'autres, dans les années 1959 et 1960, par Simone Cendrars et Germaine Montero dans l'émission d'André Beucler « Le Bureau de Poésie » à la Radiodiffusion Française. Elle publie ensuite une dizaine de poèmes dans Journal des poètes, et les Nouveaux Cahiers de Jeunesse en 1964, puis à Poésie 1 et aux Poètes du premier concours en 1973, et enfin aux Cahiers de Saint-Germain-des-Prés en 1978.
Après sa séparation d’avec son mari et un séjour à Londres pendant trois ans, elle revient à Montreuil, où elle changera de carrière pour s'orienter vers l'éducation spécialisée. Ce n'est qu'à sa retraite en 1993, en s'installant dans une maison en bord de mer à Fouras (17) qu'elle se remettra à publier des poèmes, en participant à beaucoup de concours à partir de 2005. Elle reçoit ainsi de nombreux prix de poésie, et auto-publie son premier recueil Dérive des rêves en 2007.

Du slam pour se libérer
Starnacienne depuis 2010, elle a voulu se rapprocher de sa fille Sophie, qui habite Montceaux-lès-Provins. Son fils Guillaume l'a incitée à coucher sur le papier ses mémoires La petite juive qui n'en savait rien, publiée en 2012. La même année, elle édite également son second recueil de poèmes Le cœur grisé, ainsi que Terre absolue, un ouvrage consacré à la Martinique, où son fils vit depuis 1998.
Ses poèmes paraissent aussi régulièrement dans les Anthologies de Flammes Vives, les revues Poésie sur Seine et Les Amis de Thalie. Membre du Salon Orange depuis cette année, elle a déjà reçu deux diplômes d'honneur de ses pairs de la région… Elle s'essaie aussi au slam depuis quelques années : « La poésie de salon, ce n'est pas mon truc, je préfère écrire sur des choses qui me révoltent, me transportent ou m’émeuvent… Le slam m'a permis de me libérer des rimes, pour aller plus loin dans la poésie libre »
Alors qu'elle collabore actuellement avec l'auteur Jean-François Maillet sur un projet de fabulettes illustrées pour les enfants, son prochain recueil de nouvelles Le Scorpion de Zipolite devrait être disponible pour la 3e Fête du livre d'Esternay.

Julien Perrot
Le Pays Briard 10 septembre 2013

Œuvres éditées

Poésie

Dérive des rêves (2007), autoédition puis édition chez  Mon Petit Editeur (2012)
Le cœur grisé , chez Édilivre, collection Tremplin (2012).
.

Prose, chez Édilivre

La petite juive qui n'en savait rien,  2012. Autobiographie.
Terre absolue, 2012.

Recueils de poèmes non publiés :

Le Verger Fou- 1959  (Peut-être encore aux archives des Nouveaux Cahiers de Jeunesse !)
L’Amour Possible 1971
Pluie Acide 2006
 

Publication dans des revues poétiques

Les Amis de Thalie
Poésie sur Seine
Anthologies Flammes vives.

Quelques prix

1965 - 10ème prix Concours National de Poésie : « Quand je retournerai ».
Maison des Jeunes et de  la Culture  de  Saint-Maur-des-Fossés.

2005- 3ème prix de poésie libre : «  L’Arbre de Grand Vent ». L’Arée du Littoral Vendéen.

2005   - Prix spécial du jury –« Promenade du dimanche ».
Centre Culturel de Saint- Palais sur Mer .

2006 - 1er prix de poésie libre : « Talmont ». La Saintonge Littéraire.

2008 - Flamme d’Or : «On peut ouvrir la solitude ». Association Flammes Vives.
1er prix de poésie féminine : « L’Ami ». Les Amis de Thalie.
1er prix de poésie libre : « Terre Courroucée ». Association Terpsichore.
Diplôme d’Honneur  Poème court et Haïku: « Vie et Mort ». Concours Europoésie .


L'Ami


Il fait de l’ombre à l’austère souci
Ses mains éclairent des étoiles saoules

Dans un plaisir de paupière
Il donne sa lumière filante

Son absence étincelle

Il transporte une fleur
De silence
Car
L’archet de son regard
S’accorde
À ton visage

Complice modulant
Tour à tour
La nuit grinçante
Et la légèreté dentelée
De l’aube

1er prix de poésie féminine « les Amis de Thalie » mai 2008


Caresses

Quand le jour faiblement s’étendait vers la neige
Belles mains, vous passiez sur nos visages gris.
L’aube fuyait déjà dans un blond sortilège
Sa traîne de satin abandonnée aux bruits.

Vos bras étaient si doux ! Je n’en suis revenu…
Ils paraissaient soyeux, dans cette apothéose ;
Chaque goutte de nuit, en vos doigts bois de rose
Chantait dans la ferveur de l’embrassement nu.

Mais à présent Zénith excitant ses sirènes,
Lance les sons stridents des larmes et des peines,
Les bateaux épuisés de charges sur la Seine,
Les grains de pluie perdus, au fleuve, retrouvés,
Les pigeons innocents gros comme des étrennes,
Les enfants alanguis sur le sable salé…

Au retour du couchant dans ses reflets de moire,
Belles mains, glisserez vos algues sur l’ivoire
De nos corps accablés, abusés par l’effort,
Accueillant vos bienfaits au-delà du remord.

Couronnée bellement par un fouillis d’étoiles,
La lune portera, de son disque d’opale,
Ce diaphane regard des nuits sans horizon,
Et nous serons heureux dans nos sombres maisons.




C'est le soir, il paraît


C’est le soir il paraît
L’heure de solitude

Des visages amis
Doucement se dessinent
Le long de mes regrets
La tiédeur du printemps
S’embaume de glycines

C’est le soir il paraît
Au loin les multitudes

Étrangeté d’un monde
Un roulis de galets
À moudre les habitudes
Il fallait il fallait

J’ai retenu ces cris
J’ai retenu mon cœur
Je ne voulais plus voir
Ni entendre ces pleurs

C’est le soir il paraît

Il frappe dans mon âme
Les jours nous sont comptés

De la minuit déjà
Les ombres rapportées
Faiblement s’illuminent

C’est le soir où voyage la lune
Aquarelle opaline

Il n’y a pas de roses
Au jardin des oublis
Rien que de traîtres mots
Glissant sous la pluie fine




On peut ouvrir la solitude ...

On peut ouvrir la solitude
Comme on ouvre un tiroir

On y met les gestes éteints
Les sourires au vide
D’un soir

On y range la caresse
Absente

Le rire des amis lointains
Les visages
Des enfants voyageurs

Le regard vague
Cherchant un souvenir
Dépareillé

Le petit frisson blême
De la torpeur

L’écho doucereux
De la mort

Flamme d’Or 2008- Association Flammes Vives