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Au-dedans de tes yeux il y a un désert
Où l’ombre du néant solitaire s’allonge
Aux soleils d’illusion, lumière de mes songes
Creuse étoile allumée aux cieux noirs de l’hiver.

Au-delà de ta bouche il existe un silence
Que les musiques bleues ne peuvent plus remplir
Un vide avide et nu où va s’ensevelir
La parole énoncée de ma vaine éloquence.

Au dehors de ton geste apparaît un refus
Qui modèle l’espace au gré de ton désir
Et je pleure d’aimer le risque de choisir
Entre mille marées le retour du reflux.

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66

Le fleuve aux mains de boue a modelé le soir,
Rouge terre où le ciel se consume et prolonge
La douceur de l’instant, ce multiple mensonge
Bouche ferme où le miel se mêle à un sang noir ;

Baigne tes cheveux roux, toi dont les mains caressent
Dans ses eaux lourdes d’herbe et d’or et dont nous sûmes
Goûter le poison pur, laisse rouler les brumes
Au creux de tes seins blancs, naïade, ma déesse ;

L’air a odeur de mort. A quoi bon t’endormir ?
Viens rejoindre la nuit à veiller sur le sable,
Attentive, écouter les mots fous de mes fables
Et apprendre à aimer la crainte de mourir.

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67

Ma solitude citadelle aux tours d’orgueil
Ma forteresse grise aux murs droits de refus
Pierre à pierre bâtie sur le sable confus
Je t’ai créée rocher, je t’ai voulue écueil ;

Un fleuve transparent te contourne et t’enlace
Et le temps qui s’écoule à l’horloge liquide
Où les heures s’allient à l’espace fluide
Imprime à ta rigueur son ondoyante trace.

Si la force de l’eau espère ma défaite
Et en ruines usées annule ma grandeur
J’apprendrai de quels yeux regarder ta splendeur,
Ô mon sphinx minéral, solitude parfaite.

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68

Quel est cet Autre en moi qui se cache et m’épie
Lové tel un serpent avide et soucieux
Attentif à mon geste, et m’observe, curieux
De connaître le sens secret de mon dépit.

Cet autre qui surprend chaque ombre du regard
Interprète patient des désirs mis à nu
Confident du silence et des mots retenus
Des phrases assemblées qui naissent du hasard.

Autre intime et muet, gardien de mes vouloirs
Tout au cœur de mon cœur, jaloux de ma parole
Que murmures et cris également désolent
Quel est-il à rester fidèle et sans espoir ?

De comprendre jamais le destin que j’exprime
Ni d’approcher la source où je puise et je bois
La force de me taire ou de dire et pourquoi
Reste-il suspendu au souffle qui m’anime ?

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dessin de Tardivo

70 et dernière

blanc