53

Pourquoi, pourquoi, mon âme, aller dissimuler
Ce cœur, sa chanson lasse, et son petit refrain
Qui ne cesse de battre, ainsi bat dans la main
La flamme de la lampe exprès pour s’y brûler ?

Pourquoi vouloir forger, malhabile faussaire,
Les soleils tournoyants dont tu peuples tes nuits,
Et boire à ce poison et mordre dans ce fruit,
Et vouloir consoler ce chagrin nécessaire ?

Pourquoi fouiller la cendre refroidie des rêves ?
Pour y bâtir la mer et le ciel de mon cœur,
Et pour délimiter, d’un trait de doigt vainqueur
L’horizon de mon rêve, et ses vents et ses grèves.

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54

J’aime à fouiller ta chevelure
A pleines mains désordonnée,
Courber ta nuque abandonnée
Et tiède sous la vague obscure

Qui a englouti nos visages :
La fileuse au fuseau fané
Qui grince au rouet suranné
Le fil fluide de nos âges

S’arrête, inquiète de nous voir
De notre geste irréparable
Bâtir cet amour sur le sable
Qu’il faut démolir chaque soir.

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La version qui figure dans la section manuscrits  est datée
Chelles | juin 1958 / Veulettes-sur-Mer | juillet 1958
et comporte :

-une variante

j'aime à fouiller sa chevelure...
...Courber sa nuque abandonnée...

-et deux strophes supplémentaires

Pourquoi vouloir et pour toujours
Sceller l'amour aux lèvres closes
Et refuser froisser ces roses
Que courbe un chagrin (bien) trop lourd

Sous nos doigts pour les effriter ?
Et pourquoi vouloir que l'on pleure
Sur cet amour pour qui une heure
A le poids d'une éternité ?

55

Le coteau du Noirhard
Endort la torpeur lente
De ses noyers épars
Lassés de cette attente.

Nulle étoile n’irise
La tiédeur des fumées…
C’est l’heure aux lèvres grises
Des lampes allumées

L’ombre humide nivelle
Les maisons accroupies,
Le soir enlace Chelles
Immense et assoupie.

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Petit poème de circonstance, rescapé de l'enfant chiendent du fit de sa parution dans la presse nationale en 1957.
Le coteau du Noirhard, situé à la limite ouest de Chelles, domine la partie basse de la cité. Mes parents y possédaient un petit verger de cerisiers, et j'aimais le soir y monter par la rue du Bel-Air pour voir la nuit venir.
Dès 1240, et plus tard, la vigne y était cultivée, comme l'atteste le nom du lieu-dit, celui d'un cépage [1] .

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Ce petit poème a été publié dans Le Figaro daté  11 / 12 mai 1957, à la page Les nouvelles de l'Île de France, sur recommandation de Jehan Despert.

A noter deux coquilles, l'une en attente, l'autre dans Desthuilliers, qui a perdu un i, anomalie assez rare.

Coupure de presse



Il a été aussi publié dans l' ouvrage  d'Annick Desthuilliers, la seigneurie de chelles, ses fiefs, ses lieux-dits, publication de la S A H C, n° 12, 1993 / 1994, page 245, sans erreur cette fois, et surtout dans une typographie plus élégante.

56

Je chanterai ta main habile à m’apaiser
Et la lente caresse où tes doigts blancs délivrent
La splendeur de la nuit, et les rêves où, ivres
Nous voguons, voyage que résume un baiser.

Je chanterai tes yeux, source claire et ciel d’or
Où l’aube se consume et se dissout le jour,
Ces yeux que tu sais clore et qui sont tout à tour
Les portes de ton âme ou celles de l’aurore.

Je chanterai ta bouche et sa calme fraîcheur,
Les mots que tu murmures avant que d‘avouer
La tiédeur de ton souffle en nos lèvres nouées
Qui boivent le silence à la douce saveur.

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57

J’ai vu la barque aux marins morts
Voguant sans vergues ni misaines,
et sans vigie ni capitaine
Ont dérivé du Sud au Nord ;

Depuis mille ans femmes au port
Flambent au phare un feu de haine ;
Chaque marée renoue leur peine
Et le sel gris ronge leur corps.

Sur l’horizon un astre indique
Qu’ils ont perdu leur Amérique ;
Navire en vain tangue et navigue

La vague bue, vers quels naufrages ?
Les mouettes bleues quittent la digue
Et noient leur vol au fond des âges.

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58

Les mains pressées de la couturière
Surent vêtir de leurs baisers fragiles
Ma main saisie captive à leurs agiles
Travaux que les jalouses épièrent ;

M’apprirent à froisser dans l’aiguière
Les fleurs de nuits fanées, dans les argiles
Des vases bruns les fleur de jour rutiles
Aux parfums acides de poussière,

Puis dans le crépuscule du cristal
L’unique fleur de soir que le Noctal
N’a su fermer ni courber, la songeuse

Ouverte, avide au vent violent des nuits,
Puis dans l’osier des corbeilles, neigeuses,
Les fleurs d’amour cueillies près de mon puits.

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[1] 2. Noirien, noirin, noireau, noirot, subst. masc. Cépage à raisins noirs cultivé en Languedoc et en basse Bourgogne (noirien), en Beaujolais et dans le Forez (noireau) (d'apr. FÉN. 1970). Une grappe de «noirot», raisins à jus très noir (MENON, LECOTTÉ, Vill. Fr., 2, 1954, p.75). Le groupe des noiriens avec le pinot, le gamay, le chardonnay... (LEVADOUX, Vigne, 1961, p.30).
Extrait de la pag consacrée aux emplois du mot noir dans l'œuvre de Jules Verne.