35

Je rêve d’une plage au sable sans limite
Tissu d’astres et tiède à conserver l’empreinte
Et le poids de nos corps témoin de notre étreinte
        Je rêve d’un désert.

Dis-moi nous goûterons l’été aux lèvres douces
Et les fruits de la joie, les baies et les poissons
Et les épis de blé, les mûres à foison
        Au creux de ronciers verts.

Dis-moi nous marcherons l’automne à petits pas
Et les rues de la ville à nous joindre les mains
Et nos doigts maladroits à partager le pain
        Sur un banc de jardin.

Dis-moi aimeras-tu mêler à tes cheveux
Les plumes d’un pigeon et les pennes d’un geai
Et porter à ton cou tous les bijoux que j’ai
        Glanés sur nos chemins.

Viendras-tu me rejoindre à l’heure convenue
Près de la source claire où nous ne boirons pas ;
Un baiser dans la nuit, ma tête sur ton bras,
        Notre source est en nous.

Si je rêve, veux-tu, je ne rêve que toi




Contexte




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36

J’ai marché sous la pluie pour oublier marcher
Pour oublier pleurer, la peine et l’abandon ;
Je suis parti sous la pluie morte de Janvier,
Et j’écoutais froisser le grand ciel transparent.

Je suis parti dans la nuit tiède sans pleurer
Sans regarder les mûrs râtureurs d’horizon.
Je regardais en moi, comme dans l’eau d’un puits
Où un visage aimé s’efface et se dissout.

La nuit de mon amour peu à peu dépeuplée.
J’ai marché sous la nuit pour oublier la pluie,
Et noyer, dans le vide à peine d’un regard,

Des jours de marche vaine… Et je fauchais le ciel
Avec l’obstination rapace des glaneuses.
Et je tendais les mains...



Contexte




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37 à 38

Un oiseau dans la volière,
Une étoile entre tes doigts
Un cailloux dans la rivière,
Et ta main entre mes mains ;

Un oiseau dans le ciel bleu,
Une étoile au fond des eaux,
Un cailloux sur le chemin,
Et ta main loin de mes mains ;

Un oiseau qui meurt au soir,
Une étoile éteinte au matin,
Un cailloux qu’on casse en morceaux ?
Et ta main perdue pour moi ;

Un oiseau qu’un gosse enterre,
Une étoile à jamais oubliée,
Un peu de sable aux pluies dissout,
Et ta main posée sur la porte ;

Sur cette porte qu’on referme
De temps en temps sur nos amours
Et cette chambre trop petite
Où nous attendions le jour ;

Ta main qui a perdu l’étoile
Et qui a égorgé l’oiseau
Et qui a jeté la pierre
Au fond des eaux indifférentes.


Contexte

Le titre de ce texte dans mon édition personnelle – et de référence – est adamantane-2.
Il fut écrit en une des études du Lycée Henri IV, en 1959, à partir d'un texte antérieur, adamantane-1, publié plus tard, en 1961 dans la revue les cahiers de l'île de france de Jehan Despert.

Commentaire

Adamantane-2 décrit l'évolution d'un quadruplet :
formes dans lesquelles j'avais projeté la structure du cristal d'adamantane rencontré dans mon cours de chimie.
Pour les amateurs d'énigmes, sollicités dès la page d'accueil de ce site, dans la question dite subsidiaire :

Et pourquoi donc adamantane ? Pourquoi pas épalourdine ou dromaludaire ? Ma réponse est cachée quelque part dans tout ce fouillis polygraphique [5] . Alors…

…cherchez, et vous trouverez. Sinon, demandez, et on vous donnera.

le choix, en 2001, du substantif adamantane pour désigner ce site, dont je ne voulais pas qu'il porte mon nom, car il est aussi le nom de pas mal d'autres, puis ses extensions, blogue en particulier, puis pour me servir de signature dans les lieux qui demandaient le recours au pseudonyme, est un retour vers ce passé qui était aussi le germe de mon futur.
Adam Antane est aussi le premier d'une lignée qui aurait pu être mythique.

L'adamantane [1], carbure d'hydrogène C10 H 16, y apparaissait - et y apparaît encore, j'ai le livre sous les yeux en écrivant ceci -  au chapitre 13.3. Sa structure "en panier fermé" évoqua pour moi, successivement et simultanément, un origami d'oiseau, une constellation, une main entr'ouverte, tout en demeurant pierre insolite, caillou particulier du fait de la résonnance adamantine du mot.
Adamantane-1 fut mon premier, et à ce jour, dernier essai de pantoum. Le nom de cette forme poétique avait attiré mon attention. Et la possibilité de réaliser une construction de seize vers avec seulement dix , au prix d'une rotation interne dont la structure graphique raffinée implique une certaine maîtrise d'un art de l'assemblage proche du puzzle m'avait paru magique.
Le choix de rimes uniquement féminines , et la construction sur deux rimes était une seconde contrainte.

Ta main fermée loin de la mienne,
Ce cailloux blanc dans la rivière
Dont les joncs noués se délièrent
J’aurais voulu qu’on s’en souvienne.

Ce cailloux blanc dans la rivière,
Etait-ce opale ou obsidienne ?
J’aurais voulu qu’on s’en souvienne.
Pourquoi avoir jeté la pierre ?

Etait-ce opale ou obsidienne ?
Les hommes du couvent prièrent ;
Pourquoi avoir jeté la pierre
A nos amours trop anciennes ?

Les hommes du couvent prièrent.
Il était tard pour que je vienne
A nos amours trop anciennes,
car tu t’étais pendue au lierre…..



[1] cours de chimie programmes A1 A2 B1 B2, tome I, par Joseph Simon et J.E. Germain, éditions Baillière, Paris 1958, avec en dédicace de l'auteur : Avec mes encouragements...JSimon...16-1-58 ; lors de mon achat, j'étais accompagné d'une amie de coeur qui méritait bien les dits encouragements....
J'ai conservé une des pages du manuscrit, que j'avais eu pour mission, au titre de ma fonction de Z de la taupe,  de faire circuler dans la classe, en réponse à une question posée par l'un d'entre nous (je ne le dénoncerai pas ici) sur la maille de la calcite et le calcul du volume du rhomboëdre.

Joseph Simon, ancien élève de l'École Normale Supérieure, décéda dix ans plus tard et fut inhumé à Paimpol le 12 mars 1968.
Son cours de chimie est orné en frontiscipe d'un portrait de Jean Perrin, 1870-1942, Prix Nobel 1921, et l'avertisement introductif contient en épigraphe deux phrases estraites de les principes, livre de Jean Perrin publié en 1903.
Les trois pères spirituels de Joseph Simon semblaient être Perrin, Plank et Pauli...


[5] La polygraphie est affaire de polygraphes. Ce mot semble voué,  à travers ses diverses acceptions, à diverses aventures. S'il désigne une variété d'écrivain, du genre touche-à-tout, et objet d'étude du fait de l'énigme que pose l'apparente absence volontaire de spécialisation, il désigne aussi un outil neuro-scientifique, souvent appelé détecteur de mensonge .
Le rapprochement est cruel, non ?
D'autres acceptions, plus rares, correspondent à d'autres interprétations étymologiques :