Grappes formées, ou mieux thyrses fermées...


Le Bateleur selon Camoin

Ce ne serait que par négligence langagière que les fruitiers et les viticulteurs parleraient de grappe de raisin. Les naturalistes suggèrent de réserver le mot grappe, ou racème,  à une inflorescence simple, indéfinie, et pyramidale . Le fruit de la vigne serait organisé en thyrses, nom des grappes de cymes...Ce dernier mot nous viendrait d'une racine latine, cyma, du grec κὔμα, pousse de légume...

Quant aux grappes, elles ne se forment pas, ai-je appris sur un site a priori bien documenté, car vendangé quelque part en Champagne mais elles se ferment : Avec la chaleur et l'ensoleillement , les raisins grossissent et arrivent maintenant à l'étape que nous appelons la fermeture de la grappe. Cette étape est importante car tous les grains se touchent et le cœur de la grappe est ainsi protégé. D'où le terme de fermeture de la grappe.

Cette section a pour particularité le choix d'une forme fixe, celle du haiku traditionnel, forme vis à vis de laquelle j'ai souvent exprimé des réserves. Non quant à sa légitimité ou à son intérêt , mais au sujet de l'usage abusif qui en est fait (qui en effet de mode, dirait le chanteur Renaud Pierre Manuel Séchan, alias Renaud...)

Sommaire  

Archerie

A l'aube, la cible,
oeil inverse et qui contemple
l’archer immobile.


A midi, la flèche,
regard tendu comme un fil
pour lier l'effort...


Au soir, l'arc-ressort,
force cambrée de l'épaule :
un tir ajusté !


A la nuit, les doigts
délivrent la corde, exact
silence du coup.
Cette suite de quatre strophes est née d'une réflexion sur le concept d'objectif pédagogique, et d'une discussion avec un confrère formateur, Jean-Jacques Bennasar, expérimenté en tir à l'arc.

Ayant pratiqué personnellement cette discipline, j'ai pu intégrer des expériences vécues dans ce rapport ambigu (au sens propre du terme : deux pointes...) qui s'établit entre l'oeil, la flèche et la cible ; le succès du tir peut impliquer un retournement de la flèche du temps ; si la flèche part de l'oeil de la cible pour revenir vers l'oeil de l'archer, alors la trajectoire est maîtrisée.

De même en pédagogie ; si le progrès attendu part de l'apprenant pour revenir vers le formateur, alors l'impact de la situation de formation est maximal.

L'arcane VI du TaroT,  avec cet arc sans corde et cependant tendu,  en a aussi beaucoup (beau coup ?) à nous apprendre, mais ceci est une autre histoire :

Arc, sans corde, et trait
Qu’ange soleil d’en haut darde :
Lie-t-il fille et mère ?

La flèche enseigne la voie
Du cœur, et guide la main.



une journée à rebours

Le roseau, courbé
Sous le vent venu du soir,
Mesure l'oiseau

Tel un reflet sur le lac,  
Changeant le sens du remous ?  

La plume, ployée
Sous la pluie née de midi,
Mesure l'orage

Comme une lueur au ciel,  
Changeant le cri de la foudre ?  

Le nuage, étiré
Par la flèche issue de l'aube,
Mesure l'archer

Ainsi le geste dans l'oeil,  
Changeant la forme de l'arc ?  

La corde, allongée
Par le regard de la nuit,
Mesure la cible

C'est la parole écoutée,  
Changeant la saveur du jour !  
Ce texte est lié au précédent. Disons qu'ils sont cousins. Ici la forme est celle de la Renga, alternant deux types de strophes en versets et répons.


Idées noires

Idées enfumées
De la suie dans la cervelle
Le feu fut folie

Idées embrumées
Des remous dans le regard
Les marées du sang

Idées enchristées
Des barreaux dans les aveux
Le vent nous garrotte
Noires de chez noir...Quelques instant de brutalités dans un monde de douceur ?

nuits éclairées


Le ciel de la nuit
Ce désastreux inventaire
D’étoiles filantes.

            ***
Un dieu patient compte
Les secondes à éteindre
Pour la fin des temps.

            ***
Sabliers d’aurores
Les nébuleuses se vident
Dans le lit du vent.

            ***
Pour une fois chacun des trois grains (de folie) a un goût qui ne doit rien au grain voisin...
Smyrne n'a pas contaminé Corinthe...qui lui même...

Structogramme

Trois chemins conduisent
Au jardin de soi : hier
Aujourd'hui, demain.

Arc aux trois couleurs
Quel pont choisir pour glisser
De mon ciel au tien ?

Trois destins en l'homme :
Lézard froid et cheval fou
Qu'un singe maîtrise...
Cette suite de trois strophes est née d'une réflexion sur le concept de Structogramme, que j'ai contribué à diffuser en Europe francophone.
Je donne dans la rubrique consacrée au structogramme dans la section
pédagogie des informations plus détaillées sur cet outil mental, issu des travaux de Robert Mac Lean sur le cerveau tri-unique.
L'arc-en-ciel ici est réduit aux couleurs vert / rouge / bleu, symbolisant respectivement les cerveaux limbique / cortical / néo-cortical incarnés par la triade lézard / cheval / singe, partiellement mise en scène par Arthur Koestler dans Le cheval dans la locomotive....


Le multiplun





Multiple je nais
Tel en gland dessein de chêne
Un million de formes ?





Le temps filtre un choix :
Chaque branche se décide...
Unique je meurs.
Unique je nais
Mon nom mon jour mes racines :
Moi seul est nul autre !





Les nuits et les hommes
Empilent en moi leurs pages :
Multiple je meurs.

La dialectique de l'un et du multiple fascine. De plus, elle engendre deux visions potentielles radicalement différentes, et cependant complémentaires, du destin personnel.
Peut-être, surgi nouveau-né de l'un pour y rentrer nouveau-mort, avons-nous fait un passage intermédiaire par le multiple ?
Peut-être, cristallisés à la naissance par tirage au sort dans de multiples possibilités, et éparpillés à la mort par dispersion dans de multiples dégénérescences, avons-nous, vivants, temporairement rassemblé dans l'un de notre être notre provisoire essence ?


Lanterne magik

Translucidité
De la sphère nocturne :
Tortue tatouée...

Constellations :
Les astres lettres écrivent
Leur secret dessein.

Grand ciel boréal :
Un zodiaque pour rêver
La révélation...

Transparent, brouillard
Où les mots de mon projet
Éclairent ma nuit ?

Transparent, clair lac
Où l'onde pensée dessine
Remous de mémoire ...

Transparente feuille :
L'empreinte des nervures
Soutient mon idée !




Semencement de sémaplan

Idées à l'automne :
Un vent brusque les détache
Des arbres pensifs.

Folioles en foule
Au mur blanc de la mémoire
A foison se placent...

Feuille à feuille, un arbre
Surgi d'un lent désir d'ordre
Hésitant se forme.

Essence nouvelle,
Couvert couvant les fruits verts,
Vont-ils tous mûrir ?

Ce fruit plus qu'un autre
Pour la table du destin
Qui peut le cueillir ?

choc




ouverture




stabilisation




fermeture




choix
Cinq haïkou pour présenter sémaplan aux esprits subtils...en synthétisant l'esprit de cette méthode graphorale , présentée dans la rubrique qui lui est consacrée dans la section pédagogie .

Sur le goban




Joueurs face à face,
Vent de terre, et vent de mer
Destins associés.


Un damier

Damier, champ d'étoiles,
Fin filet de fibres noires :
Courbe et droit s'y croisent.

Deux acteurs : les joueurs,les coups

D'ardoise et de nacre,
Pierres nées du choc des eaux,
Noir et blanc alternent.

Poser, ou passer,
Justes gestes agençant
Le décours du jeu.

Trois enjeux : la taille, les pertes, la forme

Enclore de murs
Les plus vastes jardins,pour
Posséder le monde !

Prudent architecte,
Qui ne perd aucune pierre,
Montant ses murailles.

Tracée sans défauts,
Chaque enceinte vue du ciel :
Une île parfaite.

Quatre phases : le jalonnement, les connexions, le nettoyage, le décompte

Jalons dispersés :
Le sage étend son pouvoir
Sur les plaines libres.

Lente construction :
Aux tours d'angle s'appuient
De souples frontières.

Echange ou reprise ,
Les domaines remembrés :
Le cadastre est clair.

Les comptes sont faits ;
Le jour engendre la nuit,
Les jeux, d'autres jeux.

Cinq motifs : Le gain, le faible écart, le couronnement, les disciples, l'éternité

Les sages s'affrontent ;
Ce désir d'être vainqueur,
Aurore et jeunesse.

Les sages s'ajustent :
Gagner d'un souffle léger,
Pétale sur l'eau ?

Le sage s'assoit
Au sommet du cercle d'or :
Solstice et splendeur...

Le sage s'élève
En père espéré porteur
D'un naissain de sages .

Le sage assagi,
Défait par un fils meilleur :
Enfin éternel !

Six règles :règle 1, règle 2, règle 3,règle 4, règle 5, règle 6

Diastole et systole,
Alternativement les
Joueurs coeur à coeur.

La pierre immobile,
Sentinelle d'un espace,
Ne bouge que morte.

La tombe scellée,
Pour une pierre nouvelle
Berceau interdit !

Machine sans fin
D'une éternelle balance ...
Fléau défendu .

La pierre posée :
Aux quatre points cardinaux,
Quatre ancres de vie.

Pierres jointoyées
Au même Orient s'enchaînent :
Est-ce vie ou mort ?



Pour vous remercier de m’avoir lu, je vous propose un lien avec une autre page de ce site, logée dans la section pédagogie, qui résume la communication que j’avais préparée pour un des Colloques de Cerisy 2003, sur le thème altérités de la poésie, sous la direction de Elke de Rijcke et Christophe Lamiot.

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