Prologue - Vorspiel

Prologue

Prologue – Vorspiel [*]
Henri Landier
Suite du Faust - scène 1

Degrés, pas à pas
Descendus, chemin d'acteur
Au cœur du Théâtre

La tentation conduit au
Mystère obscur de la Vie.

L’escalier de lumière ou L’entrée en scène

Avec, par ordre d’apparition

Le marcheur saltimbanque
Le comparse assis et silencieux
Le témoin statufié
Prologue Le marcheur saltimbanque :

Je descend l’escalier
De lames d’épées sèches,
Les degrés de lumière et de traces de sabre,
Le décours des sept seuils que franchit la genèse
Pour inciser le monde
Au flanc nu du néant.

Un porche soleil noir
L’éclaire de sa voûte,
Arche obscure allumée au cœur de l’ombre claire ;
Des colonnes sans faîte encadrent son portique
Soutenant les feux froids
De cintres invisibles.

Deux hommes adossés
Au vide de la rampe,
Le visage assombri au bord de leurs manteaux
De bure calcédoine et de laine fumée,
Dans le silence opaque
Écoutent mon approche.


Avant de pénétrer
La fosse du destin
Je m’interroge sur les saveurs du savoir :
Si ce que je vais voir sera spectacle neuf,
Ou bien ressassement
D’actes déjà joués ?

Répétition d’aveux
De pardons et traîtrises,
Redite de couloirs et de machineries
Qu’usent mes pas à chaque représentation,
Litanie de destins
Sans cesse décalqués ?

Je devine les mots
Qu’ils vont ne pas se dire,
Et comme des corbeaux trouant le rideau entre
La salle enténébrée et la lueur de la rue
L’envol qu’ils vont tenter
Pour s’enfuir du théâtre.

Je rythme ma descente
Vers les bords indistincts
Ou leur chuchotement fige le crépuscule,
Chuintement hésitant à se muer en chant
D’oiseaux exaspérés
Dans les roseaux du soir,

Les herbes lacérées
Où se nichent blessés
Les mots les mots maudits nous prenant à la gorge,
Torturant notre langue et agaçant nos dents,
Les mots de médisance
Et de machination.
Le témoin statufié :

Celui-là qui descend comme un débarcadère
L’escalier de lueurs et de fils nus de glaives,

Sait-il qui a


Sillonné d’ornières cette route que ses yeux seuls éclairent,
Libéré ces vagues rigides déferlant vers le bas du théâtre,
Invoqué le phare silhouette exposée au tournis des embruns,
Accroché l’échelle double dressée au mur du chapiteau ,
Déployé sur le sol l’éventail sacré épouvantail pour les esprits,
< Allumé la mèche de la lanterne qu’il enferme en son ventre,
Orchestré cette musique incohérente pour faire osciller les vents,
Projeté la pente de cette descente infernalement réglée ?

Celui qui s’est figé dans l’attente craintive
Du souffle retenu de la parole à dire,

Est-il

Résumé d’homme esquisse de triomphe larve d’archange,
Coup de crayon burinant le hasard d’une image,
Acteur passager porté par un rôle qui le transperce,
Vêtement creux moule fugace d’une forme fantôme,
Messager sur parole prisonnier de la lave du verbe,
Image vaporeuse projetée par le désir d’un mort,
Dieu destitué destiné à survivre dans le chœur de la farce,
Pensée furtive incarnée au détour d’un costume menteur ?
Prologue
Prologue Le comparse assis et silencieux :

Nous naissons aux trois coups d’une pensée peureuse
Pour occuper l’espace incertain de sa forme,
Inscrire au livre saint un blasphème écarlate
Que proclame le sang des phrases confessées.


Nous sortons du berceau des gestes conquérants
Pour envahir le champ ou s’inscrivent nos duels,
La lice close et plate où le sable rouillé
Est la page où graver le blason de nos crimes.


Nous jaillissons meurtris des nuits d’adolescence
Pour répandre à tous vents les mots fous de nos songes,
Hurlant à quatre fers comme démons noyés
Dans l’eau des fonts sacrés par un imprécateur.


Nous fuyons exaltés nos décors de mensonge
Pour conquérir les cieux à l’instar des orages,
Le vacarme acéré des tornades nous cloue
Sur les roides parois des cavernes de nuées.


Et nous nous enfonçons, à l’issue de la pièce,
Dans le silence noir qui submerge la scène
Quand l’ultime réplique a cessé de vibrer
Sous le rideau cercueil aux arches de basalte.