Prologue - Vorspiel
|
Prologue – Vorspiel [*] |
Degrés, pas à pas
Descendus, chemin d'acteur Au cœur du Théâtre La tentation conduit au Mystère obscur de la Vie. |
L’escalier de lumière
ou
L’entrée en scène
Avec, par ordre d’apparitionLe marcheur saltimbanque
Le comparse assis et silencieux
Le témoin statufié
|
|
Le marcheur saltimbanque : Je descend l’escalier De lames d’épées sèches, Les degrés de lumière et de traces de sabre, Le décours des sept seuils que franchit la genèse Pour inciser le monde Au flanc nu du néant. Un porche soleil noir L’éclaire de sa voûte, Arche obscure allumée au cœur de l’ombre claire ; Des colonnes sans faîte encadrent son portique Soutenant les feux froids De cintres invisibles. Deux hommes adossés Au vide de la rampe, Le visage assombri au bord de leurs manteaux De bure calcédoine et de laine fumée, Dans le silence opaque Écoutent mon approche. Avant de pénétrer La fosse du destin Je m’interroge sur les saveurs du savoir : Si ce que je vais voir sera spectacle neuf, Ou bien ressassement D’actes déjà joués ? Répétition d’aveux De pardons et traîtrises, Redite de couloirs et de machineries Qu’usent mes pas à chaque représentation, Litanie de destins Sans cesse décalqués ? Je devine les mots Qu’ils vont ne pas se dire, Et comme des corbeaux trouant le rideau entre La salle enténébrée et la lueur de la rue L’envol qu’ils vont tenter Pour s’enfuir du théâtre. Je rythme ma descente Vers les bords indistincts Ou leur chuchotement fige le crépuscule, Chuintement hésitant à se muer en chant D’oiseaux exaspérés Dans les roseaux du soir, Les herbes lacérées Où se nichent blessés Les mots les mots maudits nous prenant à la gorge, Torturant notre langue et agaçant nos dents, Les mots de médisance Et de machination. |
|
Le témoin statufié :
Celui-là qui descend comme un débarcadère L’escalier de lueurs et de fils nus de glaives, Sait-il qui a
Sillonné d’ornières cette route que ses yeux seuls éclairent,
Libéré ces vagues rigides déferlant vers le bas du théâtre, Invoqué le phare silhouette exposée au tournis des embruns, Accroché l’échelle double dressée au mur du chapiteau , Déployé sur le sol l’éventail sacré épouvantail pour les esprits, < Allumé la mèche de la lanterne qu’il enferme en son ventre, Orchestré cette musique incohérente pour faire osciller les vents, Projeté la pente de cette descente infernalement réglée ? Celui qui s’est figé dans l’attente craintive Du souffle retenu de la parole à dire, Est-il
Résumé d’homme esquisse de triomphe larve d’archange, Coup de crayon burinant le hasard d’une image, Acteur passager porté par un rôle qui le transperce, Vêtement creux moule fugace d’une forme fantôme, Messager sur parole prisonnier de la lave du verbe, Image vaporeuse projetée par le désir d’un mort, Dieu destitué destiné à survivre dans le chœur de la farce, Pensée furtive incarnée au détour d’un costume menteur ? |
|
|
|
Le comparse assis et silencieux :
Nous naissons aux trois coups d’une pensée peureuse Pour occuper l’espace incertain de sa forme, Inscrire au livre saint un blasphème écarlate Que proclame le sang des phrases confessées. Nous sortons du berceau des gestes conquérants Pour envahir le champ ou s’inscrivent nos duels, La lice close et plate où le sable rouillé Est la page où graver le blason de nos crimes. Nous jaillissons meurtris des nuits d’adolescence Pour répandre à tous vents les mots fous de nos songes, Hurlant à quatre fers comme démons noyés Dans l’eau des fonts sacrés par un imprécateur. Nous fuyons exaltés nos décors de mensonge Pour conquérir les cieux à l’instar des orages, Le vacarme acéré des tornades nous cloue Sur les roides parois des cavernes de nuées. Et nous nous enfonçons, à l’issue de la pièce, Dans le silence noir qui submerge la scène Quand l’ultime réplique a cessé de vibrer Sous le rideau cercueil aux arches de basalte. |

