Ouverture de L’opéra des TaroTs dorés

Cette suite est composée de 26 morceaux de structure identique.
Aux 22 arcanes majeurs énumérés dans l'ordre de leurs numéros, donc formant en fait un ensemble de 23 triomphes, l'arcane sans nombre, Le Mat [1] , étant à la fois le premier et le dernier, j'ai ajouté en ouverture de l'ouverture l'arbre des séphiroth, carte des chemins des lettres sacrées, donc du nombre et de l'énumération, et le consultant cherchant, lecteur du livret de cet opéra, et en fermeture le consultant éclairé par cette première lecture.

Séphiroth  + Cherchant + Mat initial + 21 Arcanes majeurs + Mat final + Éclairé = 26 marches

La structure des morceaux est ainsi organisée :
  • Le numéro du morceau, avec quelques conventions simples pour les éléments apparaissant deux fois : le consultant-alpha et le consultant-oméga, le Mat-initial et le Mat-final (tels sur la gamme des solfèges le do du bas et le dos du haut...)
  • Le titre distinctif du morceau ; pour les arcanes majeurs j'ai repris les noms recommandés par Alain Bocher, non par soumission affectueuse à la parole d'un Maître, mais par accord avec les raisons qu'il en donne dans le premier cahier – le cahier des images – de sa série les cahiers du TaroT ; les noms respectent donc, autant que faire se peut la graphie du TaroT de Nicolas Conver, dessiné en 1760
  • Au centre, une image ; pour les arcanes majeurs, les vignettes choisies sont celles de l'Ancien TaroT de Marseille édité par Baptiste-Paul Grimaud, bien que j'eus aimé pouvoir disposer des images restituées par Philippe Camoin et Alexandre Jodorowski
  • A gauche, en la métrique du Haikou traditionnel, une description verbale des caractéristiques de l'image essentielles à mes yeux : analyse
  • A droite, toujours dans la métrique impaire, un distique reflétant la réflexion, la question, l'intuition induites en moi par le symbolisme global de l'image : synthèse
Il s'agit donc d'une composition ayant des analogies avec un tirage et à laquelle concourrent segments textuels et image.
Cette suite a été publiée, avec quelques différences mineures de texte, privée du consultant-alpha, et sous forme de feuilleton, sur adamantane.orgue entre le 4 et le 28 janvier 2006.




Nombre
LE NOM




L’apparence aux yeux
De qui prend le temps de voir :
L’image lui parle.





Le sens indiqué au coeur
A premier déchiffrement.


Le cherchant
LE CONSULTANT-α




Haïkus, tournés
Pour tirer, d’image à mots
Un verbal TaroT.





Et Renga, cheminement,
De lame à l’âme, en cherchant


Sans nombre
LE ● MAT
initial




Ceint, casqué, vêtu,
Canne en main, sac à l’épaule,
Un chien le détrousse.





Fou, qui marche sans polaire…
Sage, qui cherche son port !


Arcane I
LE ● BATELEUR




Saturne le couvre :
Il tourne mots, dés, sous, lames…
Bancale, sa table.





Magicien, de ton bâton
Creux, coule notre horizon.


Arcane II
LA ● PAPESSE




Livre ouvert en main,
Elle porte trois couronnes
Et cape d’azur.





Dis, femme en moi inversée ;
Quels versets, lus, te délivrent ?


Arcane III
LIMPERATRICE




Chef et col ceints d’or
Sceptre à senestre, aigle à dextre,
A ses pieds, la vouivre.





Sais-tu, limpide oratrice
Retracer le plan du Temple ?


Arcane IIII
L’EMPEREUP




Debout, pieds carrés,
Son globe est son point de mire,
L’aigle, son rocher.





Dressé, le roi des eaux
Face à la marée d’équinoxe.


Arcane V
LE ● PAPE




Tiare et canne d’or
Entre colonnes, et prêtres,
Il signe et désigne.





A l’ordre du cardinal
Se place le voyageur.


Arcane VI
||||| LAMOVREVX ||||||




Arc, sans corde, et trait
Q’ange soleil d’en haut darde :
Lie-t-il fille et mère ?





La flèche enseigne la voie
Du cœur, et guide la main.


Arcane VII
LE CHARIOT




Le dais cèle un Maître :
Sorts Mêlés en armoiries ;
Chevaux : froid et chaud.





Solstices gémeaux : vos roues
Formes fixes du soleil.


Arcane VIII
||||||||| LA JUSTICE |||||||||||




Balance pointue
équilibrant l’épée droite,
Assise, elle édicte





Silence, ô juste mesure
Pour peser les mots du Livre.


Arcane VIIII
L’HERMITE




Lanterne et bâton
Guident son pas, pieds cachés
Par un pan de cape.





Le porteur de clarté voit
Dans l’œil le plus hermétique.


Arcane X
LA ● ROVE ● DE ● FORTVNE




En fortune est roue :
Trois singes s’y accrochent ;
Un, seul, stable au faîte.





Le roi du rouet maîtrise
La voie lactée, fil des jours.


Arcane XI
LA ● FORCE ||||||||||||||||||




Coiffée d’infini
Faisant fête au fauve flamme,
Femme tenant tête.





Toi, qui muselles le feu,
Prête l’oreille aux lumières.


Arcane XII
LE PENDU




Corde à la cheville,
Tête en bas dans le portique,
Mains au dos, il scrute





Pendule entre les colonnes,
L’homme est l’équerre du temps


Arcane XIII
Sans nom




épine dorsale
En épi, pourpre lame, elle
Moissonne un champ noir.





Corps désassemblé traverse
Chas d’aiguille, et trouve nom.


Arcane XIIII
TEMPERANCE




Boucles d’eau nattées,
Ailes ployées ; entre amphores,
Les vins transvasés.





L’androgyne sablier
Mute futur en passé


Arcane XV
LE ● DIABLE




Lucifer coiffé,
Berger de nains, le clou lié
A son escabeau.





Démon, de mon monde tu
Inverses les éléments.


Arcane XVI
LA ● MAISON ● DIEV




Fissurée, la tour
Au souffle du soufre s’ouvre :
Souffrance et fracas.





Tête perdue, tête en bas,
Le savoir est renversant.


Arcane XVII
LE TOULE




Versant le ciel d’eau,
Genou fléchi, chue de l’Ourse :
L’oiseau noir l’épie.





Dénudée pour la toilette,
L’âme est sa propre fontaine.


Arcane XVIII
|||||||||| LA ● LUNE |||||||  ||||




Cancer ivre d’encre,
Face close, en ostensoir ;
Chiens happeurs de manne.





Entre deux tours, chaque lune
A dévoré un soleil.


Arcane XVIIII
|||||||||||| LE ● SOLEIL ||||||




Crinière de glaives,
Le jumeaux ondoyés aux
Flammèches du sceptre.





La chaleur, transperçante, ouvre
D’enhaut la porte d’enbas.


Arcane XX
LE ● JUGEMENT




Solaire trompette ;
L’ange au désert est héraut ;
Nus, il, elle, prient.





Quel cri de reconnaissance
A qui s’adjuge le jour ?


Arcane XXI
LE ● MONDE




Mandorle ourobore….
Quatre bêtes cardinales,
Portiers de l’éther.





L’œuf poreux du monde est clos :
Le feu de l’amour y couve.


Sans ombres
LE ● MAT
Final




Balance entre pôles,
Tête au ciel et pieds au sol,
Il est son chemin…





Capitaine à très long cours
Sait mater vents, peurs et nef.


L'éclairé
LE CONSULTANT-
ω




Haïkus, relus
Pour tirer, de mots à moi
Un mental TaroT.





Et Renga, lente ascension,
De marche à marche, à tâtons







[1] Le mot mat a deux origines linguistiques possibles.

  • L'italien, matto, le sot, le niais, bref : le fou ; posture qui décrit au premier degré l’image de l'arcane.
  • L'arabe, où il signifie le mort – se souvenir de la formulation  sheykh mat, شيخ مات , le roi est mort–. Cette racine se retrouve dans le verbe castillan matare, tuer, qui engendre matador ou matamore. 
Cette filiation-là ne convient pas dans une interprétation "au pied de l'image", mais ouvre des perspectives sur la balance que constituent :
  • l'arcane sans nom, XIII, qui se chuchote la Mort
  • l'arcane sans nombre, qui se place selon les lecteurs au rang 0, au rang 21 ou au rang 22 ; à noter que le TaroT est numéroté en chiffres romains, système qui ignore le zéro.

De qui le chien qui le suit, s'il est fidèle à sa vocation qui serait de véhiculer l'âme des morts, transporte-t-il l'âme ? Celle du consultant ?