Trouble symphonie


Symphonie Titan


Le trouble et le simple ont pour moi une relation souterraine d'opposition complémentaire.

La symphonie n° 1 en ré majeur, dite Titan [1] , qui est la première symphonie -1888- de Gustav Mahler,le patient éphémère de Sigmund Freud, aurait peut-être mérité ce nom.

Le musicologue de Music Lodge a, au sujet du III° mouvement de cette symphonie, des réflexions originales...

Le  modèle de Carl Jung, connu par nombre d'astrologues, distingue  :

  • deux fonctions rationnelles, dont les contenus sont élaborés, le Sentiment et la Pensée,
  • deux fonctions dites irrationnelles, dont les contenus sont donnés, à savoir l'Intuition et la Sensation. 

Quatre mouvements pour une trouble symphonie...




2.1-Tableau teint

2.2-Funérailles

2.3-Le bateau île

2.4-Gémellité intérieure



signale un texte paru en Revue

Tableau teint

Il pleut des galets bleus aux confins des coteaux.
Chahutant, tels chaluts aux portes océanes,
Les prés sont poissonneux de vielles tziganes
Dont les ouïes rendent l'âme au bord des concertos.
.
A droite, des amants se tiennent du regard.
Lui vogue en crinoline ; elle, ose en redingote
Allumer un cigare à bague polyglotte
Au discours enflammé que lui tient un renard.

A gauche, des aïeux jouant à glisse ou passe
Comptant les têtes d’ail qu'avalent des oiselles.
La comptine ancestrale exhale à tire d' ailes :
Oiseau, oiselle, oison, à qui sera l'espace ?

Au centre, sur un banc, des rats pattes en rond
Vêtus en sergents fous se gomment les moustaches,
Tandis qu’un chaton blond une à une détache
Leurs bottines d'argent en tirant les boutons.

Dans le ciel, un steamer avale sa fumée.
Les passagers pensifs à chaque hublot regardent
Les mouettes galoper, et les chevaux qui tardent
A voler vers le phare à l'heure accoutumée.

Au fond, le paysage esquisse un pont de rocs
Que traverse un troupeau de lunes bicolores,
Et le soleil berger les pousse vers l'aurore
A coups de rayons verts et de hauts cris de coq.

Dans un coin de la toile, une boite de nacre
S'entrouvre pour montrer un amas de pinceaux,
Des couleurs, des chiffons, des crayons en faisceaux,
Une planche à graver, un croque simulacres.

Le cadre est ordinaire, où chacun peut relire
L'histoire de cette oeuvre, et pour les visiteurs
S'y trouvent expliqués les choix faits par l'auteur :
Pourquoi ce réalisme et si peu de délire...




Funérailles 

A Maurice, Daniel et Marcelle
Soignolles-en-Brie
Automne 1994- Printemps 1995

A Gilbert
Saint-Brieuc
Eté 2005

Le vent qui caresse les tombes
A des saveurs de pierre à feu :
Qui peut éteindre sa lueur
Dans les fumées des cires blêmes ?

Le jour qui exalte les croix
A des tiédeurs de saints absents :
Qui tiendra rigueur aux défunts
Pour nous avoir illuminés ?

La pluie qui roule sur les psaumes
A des froideurs bénies d'eau noire :
Qui peut gercer nos lèvres nues
Au bord tranchant de la prière ?

Le sol qui accueille les corps
A des douceurs d'argile opaque :
Qui peut graver dans les discours
La trace absoute de nos fautes ?

Le bois qui habille les suaires
A des raideurs et des nœuds d’or :
Qui peut plier sa fibre froide
Au bon vouloir de nos destins ?

La fleur qui orne le granit
A des odeurs de mois de mai :
Qui peut y joindre les parfums
D’anciens bouquets fêtes fanées ?


La flamme qui broie les cercueils
A des rousseurs de cèdre mur :
Quelle poussière oindra nos fronts
Y incrustant le souvenir ?

La larme qui brûle mon œil
A des fadeurs de sang croupi :
Quelle rosée saura laver
Son éraflure dans ma chair ?

L’oubli qui scelle le sépulcre
A des clameurs d’abandonné :
Quelle abondance de silences
Vont se blottir dans ma mémoire ?

Le soleil qui me tient l’épaule
A des chaleurs de braise crue :
Quelle ombre éphémère osera
S’imprimer sur ce sol de cendres ?

Les gestes de miséricorde
Ont des pudeurs de sacrement :
Quelle accolade pour sceller
La vie qui reste à la passée ?

Le sanglot qui bloque mon souffle
A des aigreurs de pain dernier :
Qui peut m’apprendre à regarder
Le chemin qui me reste à faire ?

Les mots qui boitent crépuscule
Ont des moiteurs de nuit de deuil :
Si les mourants pouvaient m’apprendre,
Les morts n’ont plus rien à me dire.


Le bateau île

[3]

Sur l'océan des mots un bateau semble une île
Dont la dérive lente appelle un exilé ;
Le matelot qu'on hèle hésite entre les vagues
D'amour et de dédain avant de s'échouer
Dans le silence tiède où le sable le sèche ;


Sur l'océan des flots une île a l'air bateau
Avec sa coque lisse aux reflets de rocher,
Ses arbres comme mâts que voile ensevelit ;
Le naufragé qu'on voit nager vers les récifs
Se récite un poème où l'on parle de paix.


Gémellité intérieure

Quel est cet Autre en moi qui se cache et m’épie
Lové tel un serpent figé entre deux songes,
Attentif à mon geste, et m’observe, curieux
De connaître le sens secret de ma posture ?

Cet autre qui surprend chaque ombre du regard,
Interprète patient des désirs dénudés,
Confident du silence et des mots retenus
Des phrases assemblées jointoyant leurs fractures…

Mon autre indissociable et pourtant séparé
Autonome reflet qui me trompe et m'abuse
En se prenant pour moi et me prenant pour autre,
Mon gémeau compulsif et cependant discret,

Mon double renversant qui a chaud quand j'ai froid,
Qui semble être joyeux de mes mélancolies,
S'amuser de mes peurs et craindre mes amours,
De notre altérité qui donc tient la balance ?

unique
huile d'Angela Ales [2]
Nous sommes toi et moi comme lune et soleil,
Comme clair et obscur sur le cadran des ombres,
Comme pair et impair à l'échelle des nombres,
Nous sommes je noués d'inextricables liens.

Suis-je quand ma nuit vient, et que ton jour se lève,
Cet autre au fond de toi qui se love à son tour,
L'inconnu de ton rêve, et la réminiscence
De mondes incertains peuplés d'autres désirs ?

Autre intime et muet, geôlier de tes vouloirs,
Aux tréfonds de toi-même épris de ta parole
Au point de m’imposer à moi-même silence
Qui suis-je, à te rester fidèle, et cependant

Jaloux de ton destin s'il traverse le mien ?
Ô mon autre dis-moi dis-nous pourquoi nous sommes
Tous deux si différents, et si proches, que nul
Ne voit que notre couple engendre nos deux moi ?


Texte publié dans Le cerf-volant, cahier littéraire n° 223, deuxième trimestre 2011, page 55, sous son titre  Gémellité intérieure

Texte publié par Virginie Bouilhac sur le site du Projet ZORN, une réunion de textes, fictifs, originaux, autour d'un thème : l'écriture schizophrénique. Ce projet compte à ce jour 19 contributeurs.







[1] ...d'après le titre d'un roman de Jean Paul, alias Johann Paul Friedrich Richter , lui aussi adepte de l'ironie dans l'art. Stephan Moses a publié un essai sur le thème d'un rapprochement possible entre ce roman et Le docteur Faustus, de Thomas Mann, : Une Affinité Littéraire : Le Titan De Jean-Paul Et Le Docteur Faustus De Thomas Mann, chez Hermann, collection Le Bel Aujourd'hui.



[2] Cette huile sur toile, format 45" x 24", était exposée le 20 mai 2011 au Miami Beach Art Deco Welcome Center, 1001 Ocean Drive.
Angela Ales est née à Barranquilla, en Colombie, le 10 août 1971. Elle réside aux USA depuis 1984.Elle est Master of Fine Arts de l'Université internationale d'art et de design de Miami. Elle a aussi un passé de danseuse.
Elle ignore que son œuvre est ici reproduite...Mais je cherche à le lui faire savoir.


[3]
Ce texte a été publié le 22 octobre 2005 (date fictive) sur le blogue adamantane.org, en référence à Robinson Crusoë, et à un texte de Daniel Souhait, publié le 19 juin 2006 (date authentique) sur son blogue Diaphanes sous le titre bateau vivre. Il a donné lieu à l'échange de correspondance suivant… ------------------------------------------------------
Le 28 août2011, 14 h 43, Damien Vautey a écrit :
Bonjour,
Je suis en enseignant en école primaire. Dans le cadre d'une étude en classe de "Vendredi ou la vie sauvage" je vous demande l'autorisation d'utiliser votre texte sur Robinson Crusoé.
En vous remerciant par avance,
Damien Vautey
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Le 28 août 2011, 15 h 41, JPD a écrit :
Bonjour Damien, et merci de votre message. S'il s'agit de http://www.adamantane.org/article-3485383.html vous avez mon plus amical accord. En échange, je suis intéressé à savoir quel usage vous envisagez d'en faire, et ouvert à tout dialogue avec vos élèves -et vous-même- au sujet du travail que vous animerez, peut-être sur le thème des robinsons et de la vie des dépaysés. Bien cordialement. JPD PS : il n'y a pas de "petits" profs...:-)), sauf dans la terminologie française des travaux du bon Docteur Berne. ------------------------------------------------------
Le 30 août 2011, 17 h 09, Damien a écrit :
Bonjour,
Oui, il s'agit bien de ce texte ! :-)
En fait, je vais mener un projet assez simple de littérature et production d'écrits. J'ai rencontré votre texte en cherchant des poésies qui correspondraient à mon projet. Votre texte est riche en vocabulaire, sans être trop complexe pour mes CM2 (10ans), et il est intéressant à étudier au niveau des sentiments. Voilà, vous savez tout ! Je vous remercie beaucoup pour votre accord !
Bien cordialement,
Damien Vautey
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Pour : Damien Le 5 septembre, 21 h 40, JPD a écrit :
Bonsoir Peut-être une approche pédagogique du texte serait de le faire représenter soit en dessin, soit en strip de BD ? En effet, je serais curieux de "voir" comment il est vu. Mon désir était de créer une (fausse) symétrie de points de vue entre les deux strophes. Ce n'est bien entendu qu'une suggestion. Bonne rentrée et bonne année scolaire. Bien cordialement. JPD