Simple symphonie
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simple symphony
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C'est pendant l'hiver 1956-1957 que je découvris, à l'occasion des séances d'initiation musisales organisées par un des surgés du Lycée Henri IV, la Simple Symphony de Benjamin Britten. |
Mouvements Venise Soutenance de l'arbre Rue du chant-des-oiseaux Sankai Juku 1 Tableau teint Funérailles Le bateau île |
Venise
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A Ariane Venise, mars 2004 Gondole sereine Au lent fil de l’eau Que ton reflet troue Libérant l’épure D’un palais brouillé Fin croissant d’ébène Fauchant les canaux La clef de ta proue Ouvre les serrures De secrets mouillés Tu tangues à peine Aux houles des flots Dont les noirs remous Caressent les murs De leurs doigts rouillés |
Ta coque incertaine Aux nœuds des chenaux Dans son double flou Sous les ponts obscurs Sombre éparpillée. Larmes d’obsidienne Chues de Murano Pour les yeux des loups Masquant les figures Des amants choyés Par la lune pleine Les feux des fanaux La valse que joue La rame éraflure Du vent gondolier Sachant que leur peine Usée par les mots Chuchotés des fous Avec la nuit mûre Finira noyée. |
Ce texte, ainsi qu'un texte de Jacques Arnold, ont été présentés au nom de l'association La Jointée et de sa revue Jointure comme contribution au festival de la Poésie et du Conte organisé par le Cercle des Poètes de Courbevoie et la Maison des Associations en juin 2005.
Il a été accueilli il y a peu par abcpoésie, site crée en 1999 et que je signale à votre attention, car son éditeur prend la peine de sélectionner et organiser les textes qu'il publie, et déclare le faire sans considération de notoriété.
Soutenance de l’Arbre
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A Francine CARON,
Paris, le François Coppée,
Octobre 2000 Ce texte résume la conférence qu'elle y fit pour présenter la genèse de son oeuvre Beaux arbres féminins au ventre d’aubier tiède Le miel de votre sève est rivière aurifère Qui nourrit de mots purs ce germe de poète Qu’un orage rupture un soir expulsera. C’est vous, arbres enceints aux seins d’écorce blanche Qui allez lui apprendre, à nager dans les eaux Très musicalement porteuses de murmures, Le galop de l’artère et la gamme des souffles. Arbres à l’ombre lente avide de soleils Vous tendez vers le ciel l’élan de vos colonnes Pour en secret construire une arche reins ployés Qui sera porte d’or aux pèlerins stellaires. Mes arbres métissés, forêt touffue d’oiseaux, Votre effort aiguë forge en le fer bleu du ciel La forme du destin et le chiffre éphémère Qui désigne une force en la paume des feuilles. Arbres, apprenez-moi à écouter la mer Et à goûter l’amer que la vague et le vent Sur ma bouche entrouverte en embruns élaborent Pour donner goût de vrai aux voix de mon poème. |
Ô mes arbres têtus, gardiens de mes moissons, Avoines à foison, pivoines en fusion, Bétoines en frissons que froissent les cétoines, Vos ombres floues ponctuent le champ de ma récolte. Chers arbres, mes amours en robe de bruine, Trembles sous la trempée, charmes sous la chablée, Avernes sous l’averse, ormeaux sous les orages, Vous vibrez sous les pluies qui lavent vos gerçures. Arbres roux au levant solaires sémaphores, Arbres blancs que midi en cascade éclabousse, Arbres mauves au soir que la lune caresse, Vous épousez votre ombre aux noces de la nuit. Arbres harmonieux, ma famille affermie, Souche à souche enchâssée dans la chair de la terre, J’écoute grésiller le feu de vos serments Comme sarments d’hiver que le serpeau refend. Et moi, diseuse de gués, guetteuse d’ondées, Immobile au milieu du temple clairière, J’attends le temps sacré de l’enracinement Qui va me transmuter dans la splendeur de l’arbre. |
Rue du chant-des-oiseaux
Cette rue existe presque. J'ai monté et descendu souvent la rue du Champ des Oiseaux, à Rouen. Un de ses affluents est l'impasse du Champ des oiseaux. Elle va du boulevard de l'Yser à la limite de Bois-Guillaume. Elle passe à proximité de la gare de Rouen rive-droite, tristement célèbre pour avoir accueilli en 1916 les derniers instants du poète Émile Verhaeren, venu faire une conférence en faveur d'une association caritative et blessé mortellement des suites d'une chute sur la voie, lors de l'arrivée du train de 18 h 30 des Chemins de Fer de l'Ouest, le soir du 27 novembre .
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Ces oiseaux ne sont-ils Que copeaux de nuées Varlopés par le fer Acéré des orages ? Leur envol délébile Peut-il se transmuer Si leur aile a souffert De heurter le nuage ? Le souffle ainsi-soit-il Aux psaumes englués Est-il crainte d’enfer Ou désir de naufrage ? Est-ce serment futile D’ornements dénué Que l’oiseleur profère Aux portes de la cage ? |
Combien d’orbes faut-il Graver pour écrouer Dans une nasse d’air Ces oiseaux de passage ? Parole volatile, quels aveux dénoués À cris rauques suggèrent Leur trace sur la page ? Beaux oiseaux vous faut-il En nos yeux refluer Comme larme à l’envers Pour signer le message Qu’un assassin subtil En l’art du bien tuer Grave aux bois des calvaires, Aux cadavres sauvages ? |
Sankai Juku 1
A propos
de la troupe de théatre Butho Sankai Juku
et des Sankai Juku vus par Henri Landier
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A Henri Landier Me voilà toile nue Que la brosse caresse et force et lisse et blesse Vêtement qui s'enroule Autour du sexe chaud d'une danse très lente Me voilà papier cri Que la presse révèle à la force de l'encre Écharpe de soie blême Autour de plaies cousues au silence des bouches |
Me voilà burin net Qui engrosse le cuivre en de furtives noces Ongle aigu d'un orage Foudroyant les soleils d'un coup de reins mortel Me voilà forme floue Que l'homme exaspéré remplit de sa blessure Fracture au blanc du ciel Pour qu'au volcan du mot jaillisse un enfant neuf |
Tableau teint
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Il pleut des galets bleus aux confins des coteaux. Chahutant, tels chaluts aux portes océanes, Les prés sont poissonneux de vielles tziganes Dont les ouïes rendent l'âme au bord des concertos. . A droite, des amants se tiennent du regard. Lui vogue en crinoline ; elle, ose en redingote Allumer un cigare à bague polyglotte Au discours enflammé que lui tient un renard. A gauche, des aïeux jouant à glisse ou passe Comptant les têtes d’ail qu'avalent des oiselles. La comptine ancestrale exhale à tire d' ailes : Oiseau, oiselle, oison, à qui sera l'espace ? Au centre, sur un banc, des rats pattes en rond Vêtus en sergents fous se gomment les moustaches, Tandis qu’un chaton blond une à une détache Leurs bottines d'argent en tirant les boutons. |
Dans le ciel, un steamer avale sa fumée. Les passagers pensifs à chaque hublot regardent Les mouettes galoper, et les chevaux qui tardent A voler vers le phare à l'heure accoutumée. Au fond, le paysage esquisse un pont de rocs Que traverse un troupeau de lunes bicolores, Et le soleil berger les pousse vers l'aurore A coups de rayons verts et de hauts cris de coq. Dans un coin de la toile, une boite de nacre S'entrouvre pour montrer un amas de pinceaux, Des couleurs, des chiffons, des crayons en faisceaux, Une planche à graver, un croque simulacres. Le cadre est ordinaire, où chacun peut relire L'histoire de cette oeuvre, et pour les visiteurs S'y trouvent expliqués les choix faits par l'auteur : Pourquoi ce réalisme et si peu de délire... |
Funérailles
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A Maurice, Daniel et Marcelle Soignolles-en-Brie Automne 1994- Printemps 1995 A Gilbert Saint-Brieuc Eté 2005 Le vent qui caresse les tombes A des saveurs de pierre à feu : Qui peut éteindre sa lueur Dans les fumées des cires blêmes ? Le jour qui exalte les croix A des tiédeurs de saints absents : Qui tiendra rigueur aux défunts Pour nous avoir illuminés ? La pluie qui roule sur les psaumes A des froideurs bénies d'eau noire : Qui peut gercer nos lèvres nues Au bord tranchant de la prière ? Le sol qui accueille les corps A des douceurs d'argile opaque : Qui peut graver dans les discours La trace absoute de nos fautes ? Le bois qui habille les suaires A des raideurs et des nœuds d’or : Qui peut plier sa fibre froide Au bon vouloir de nos destins ? La fleur qui orne le granit A des odeurs de mois de mai : Qui peut y joindre les parfums D’anciens bouquets fêtes fanées ? |
La flamme qui broie les cercueils A des rousseurs de cèdre mur : Quelle poussière oindra nos fronts Y incrustant le souvenir ? La larme qui brûle mon œil A des fadeurs de sang croupi : Quelle rosée saura laver Son éraflure dans ma chair ? L’oubli qui scelle le sépulcre A des clameurs d’abandonné : Quelle abondance de silences Vont se blottir dans ma mémoire ? Le soleil qui me tient l’épaule A des chaleurs de braise crue : Quelle ombre éphémère osera S’imprimer sur ce sol de cendres ? Les gestes de miséricorde Ont des pudeurs de sacrement : Quelle accolade pour sceller La vie qui reste à la passée ? Le sanglot qui bloque mon souffle A des aigreurs de pain dernier : Qui peut m’apprendre à regarder Le chemin qui me reste à faire ? Les mots qui boitent crépuscule Ont des moiteurs de nuit de deuil : Si les mourants pouvaient m’apprendre, Les morts n’ont plus rien à me dire. |
Le bateau île
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Sur l'océan des mots un bateau semble une île Dont la dérive lente appelle un exilé ; Le matelot qu'on hèle hésite entre les vagues D'amour et de dédain avant de s'échouer Dans le silence tiède où le sable le sèche ; |
Sur l'océan des flots une île a l'air bateau Avec sa coque lisse aux reflets de rocher, Ses arbres comme mâts que voile ensevelit ; Le naufragé qu'on voit nager vers les récifs Se récite un poème où l'on parle de paix. |

