Shiatsu

version 1 [1]

La version 1 est
l'expression immédiate
de mes sensations physiques
 et mentales à la fin de la séance
(si j'ose dire, car le consultant
y est plus couché qu'assis).

soleil complexe coeur battant
triple astre
vallée lente à se combler
souffle noir et or
terre modelée par le vent des mains
calme du grain broyé en farine souple
attente du signal des sens
reflux blanc à contre-sang
approche d'un oeil intérieur
nuées de sensations moulues en pluies intérieures
vapeur des mots condensés en silences
attente de tension attention du temps
hésitation
poisson sec sur l'argile molle
écailles intérieures squelette translucide et poreux
cheminement des paumes
ventre de la nuit
delta de mes doigts
ruisseau secret de mes douleurs

version 2

La version 2 est
le résultat d'une relecture en différé,
la mémoire de la situation génératrice
n'étant point encore tout à fait effacée,
et une première esquisse de forme
venant guider la réécriture.

à se vider dans le lent delta de mes doigts
ruisseau secret de mes douleurs aux rives blêmes
soleil complexe et palpitant ô coeur battant
triple astre se levant à l'horizon du ventre
vallée très lente à se combler du flux bleu de l'argent
souffle noir et or comme un oeil intérieur
terre modelée par le vent patient des mains
calme du grain broyé en farine élastique
attente du signal chuchotement des sens
remous blanc tourbillon creusé à contre-sang
approche d'une crue porteuse de scories
nuées de sensations moulues en calmes pluies
vapeur des mots obscurs condensés en silences
attente de tension ou attention du temps
hésitation de l'être à l'aurore énoncée
poisson sec échoué sur l'argile primaire
écailles et squelette translucide et poreux
comme un pont de roseaux cheminement des paumes
le ventre de la nuit accouche de sa neige

version 3

La version 3 est
le résultat d'un travail
d'élaboration
et de décantation à partir des versions 1 et 2,
dans une perspective d'ascèse langagière et d'exploration
d'associations avec d'autres éléments
destinés
au même ensemble de textes.
 

Attente de tension ou attention du temps,
Soleil complexe et palpitant, ô coeur battant,
Triple astre se levant à l'horizon du ventre
Très lent à se combler du flux bleu de l'argent,

Souffle de noir et d'or, comme un oeil intérieur,
Terre modelée par le vent patient des mains,
Calme du grain broyé en farine aérienne,
Attente du signal, chuchotement des sens,

Ruisseau secret de mes douleurs aux rives blêmes,
Remous blanc tourbillon creusé à contre-sang,
Approche d'une crue porteuse de scories
A vider dans le seul delta de mes doigts nus,

Hésitation de l'être à l'aurore énoncée,
Poisson sec échoué sur l'argile primaire,
Translucide et poreux squelette qui s’écaille
Comme un pont de roseaux, cheminement des paumes

Nuées de sensations moulues en calmes pluies,
La gorge de la nuit accouche de sa neige.
Le geste ralenti qui imprime les heures
Tourne au moulin du ciel comme immobile orage.




A propos du Shiatsu

Une kinésithérapeuthe s'entraînait au Shiatsu et elle avait besoin d'un volontaire. Il s'agit donc d'une expérience vécue. Dans le Shiatsu l'être est dans la boîte et un autre être à travers la paroi de la boîte l'aide à tenter d'en sortir...
Les fondements conceptuels de cette discipline sino-japonaise font intervenir la notion d'énergie vitale -le Chi...orthographe occidentale variable- et de canaux énergétiques (il n'y a pas que les systèmes sanguin et lymphatique...). Le Shiatsu (atsu, la pression, et shi, le doigt) vise à rétablir la circulation normale de l'énergie dans les canaux, en débloquant les valves qui les ferment.
La Fédération française de Shiatsu traditionnel a son espace au 12, rue des Épinettes, Paris XVII° (12 comme le nombre des canaux énergétiques...coïncidence ?).

A propos des versions successives


Depuis que je peux travailler avec des machines à écrire à mémoire (vers les années 83 j'ai pu abandonner la Remington de mon bac -modèle 56- pour une Canon...qui avait un écran de seize caractères et l'équivalent de deux pages de mémoire) je conserve les 3 versions de chaque texte (parfois 2, parfois 4).
Ici, au lieu de présenter la version réputée aboutie, j'ai voulu montrer le cheminement au lecteur. Selon sa propre sensibilité, chacun peut en effet avoir une préférence pour l'un des trois états du texte.
Certains peuvent d'ailleurs penser que de l'état 1 à l'état 3 le poème se dissout dans mon désir de forme, s'affadit, rentre dans le rang du vers, bref, se dégrade...Il m'arrive de plus en plus souvent de m'interroger à ce sujet. Et je crois bien qu'en ce moment je le fais, non ?



[1] Paru dans le n° 4-5 de la revue les cahiers de l'alba , premier semestre 2005 (et non deuxième semestre 2005 comme imprimé en 1 de couverture...), section la boîte à l'être, page 44.