Neuf encoignures
A Pascal Jouxtel, en affectueuse amitié
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Je suis cette encoignure à l’angle des falaises Où le vent de la baie amasse les épaves, Fleurs d’embruns, galets gris, coques creuses Que mon étreinte aiguë écrase en sable d’or. Je suis cette encoignure au bas des monuments, Où le mur et le sol en leurs noces discrètes Engendrent ce rais d’ombre où rosées et poussières Tracent leur mince croûte espoir de cicatrice. Je suis cette encoignure au dièdre de deux ailes Que l’archange du rêve essaye de déployer, La verticale pour résoudre les étoiles, L’horizontale afin de nommer les lointains. Je suis cette encoignure où la terre et le feu Fondent en fin cordon quand la foudre acérée Vitrifie le rocher inerte, et que rature D’un graffiti obscur un dieu précipité. Je suis cette encoignure où les airs et les eaux, Lames bleues de ciseaux sous la lune s’affrontent, Quand l’ouragan vortex engrosse l’océan Pour tracer ce fil net qui est fils du chaos. Je suis cette encoignure entre tête et épaule, Formant équerre pour que la main de l’ami Y trouve un appui juste, et la joue de la femme L’abandon consenti en exacte posture. Je suis cette encoignure à l’angle de la marche, Rythmant le pas rituel de l’adepte montant Vers le seuil du mystère et la porte qu’il doit Savoir se faire ouvrir et franchir initié. Je suis cette encoignure au fond de la pensée Ou deux idées issues de germes différents Tels cristaux embrassés subitement se maclent Engendrant l’improbable au creux de leur contact. Je suis cette encoignure en l’axe de la croix, Le recoin du gibet logeant le sacrifice, Aine et aisselle du corps que l’on écartèle Pour supplicier la vie et supplier la mort. Je suis cette encoignure au tracé de la lettre Le point immatériel qui condense l’espace Et dans l’en-soi rassemble en unité secrète La création éparse enfin réassemblée. |
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L’encoignure nomme l’angle solide rentrant formé par deux murs ; l’encoignure est donc, par usage, verticale. Toutefois au sens de creux du coin, elle pourrait suivre n’importe quelle pente…
Feuillure, entaille et ressaut désignent en menuiserie un dièdre placé, lui, souvent à l’horizontale, mais parfois également à la verticale. Pour parler du dièdre formé par un mur et un sol, j’ai retenu l’encoignure, plus riche pour moi en évocations que la technologique feuillure, l’architectural ressaut ou la chirurgicale entaille.

