SI L’ÉTOILE EST VERTIGE ET LE VENT EST ANGOISSE,
A CONSTRUIRE UN NAVIRE UN MOT SUFFIRA-T-IL ?


Solitude en archipel de nos larmes égrenées,
Vague à vague louvoyante
Entre dépit et refus, une nef obscure oscille.

Sous l’orage qui l’étreint l’espace salé se creuse ;
Le souffle raide des dieux
Convulse une voile ronde qui cingle et claque aux vents.

Des cris fracassent la nuit dans la fumée des lanternes ;
Une clameur s’ensanglante
Et le silence assassiné d’un coup de corne achève.

Dans l’abîme de tes yeux, explosée la coque noire !
Broyée la noix éclatante
Entre tes dents agacées par l’aigreur de ma tendresse !

Le récif de l’aurore se vêt d’araignées dorées
Qui jalouses de ce meurtre
Cousent linceul de pluie ces gisants agonisants...


Meaux, septembre 1974.



SI L’ÉTOILE EST VERTIGE ET LE VENT EST ANGOISSE,
A CONSTRUIRE UN NAVIRE UN MOT SUFFIRA-T-IL ?


Solitude
Dans l’archipel de tes larmes
Un navire
Meurt

Orage mon désir broyé
Coque sombre ma douceur fracassée
Tempête ma tendresse explosée
Vous creusez cet espace salé
Sous le souffle d’un dieu
La pluie
Cingle nos corps et contraint notre étreinte

Des cris
Achèvent le silence blessé
Et nos gestes
Bâtissent notre indifférence
Dans l’herbe blanche de l’aurore
Des araignées dorées
Cousent le linceul de la nuit
Et appellent au meurtre


Meaux, septembre 1974.



UN OISEAU IMMOBILE


Un oiseau égorgé
Dont le sang symphonie
Délimite un soleil
En tes doigts arrondis,

Un oiseau bâillonné
Dont le vol escarboucle
Esquisse un rais d’aurore
Sur ta bouche entr’ouverte,

Un oiseau aveuglé
Dont les yeux déchirure
Tracent la voie lactée
Vers ton sexe exigu.


Paris, juin 1976.



ET L’ATTENTE DES MOTS
A TENU LIEU D’ESPOIR


Le silence musique
A usé notre bouche,
Et l’immobile danse
De nos corps approchés ;

Le silence parole
A envahi la nuit,
Les souffles réunis
Qu’un vain désir invente ;

Le silence lumière
A éteint l’ombre double
De nos mains réunies ;

Le silence silence
A caressé nos yeux
Pour clore nos questions.


Paris, mars 1975.