CA M’A ECHAPPÉ D’UN TRAIT


Si je parle d’angoisse est-ce bien autre chose
Que d’expliquer le vide à l’aide de discours ?
Le sable indifférent les écoute et s’écoule :
Chaque grain retourné est inutile aveu.

Si je parle d’amour ce ne sont que des mots,
Lettres entrelacées comme traces menteuses
Que laisse au bord de l’eau la griffe des varechs,
Et l’écume des flux par l’orage effacée ?

Si je parle d’attente est-ce plus que des paroles,
Syllabes embrouillées comme étoiles confuses,
Assignant le zodiaque en de faux équinoxes
Où la lune caresse un reste de lumière ?

Si je parle de douceur ce n’est rien qu’une phrase,
Où les sons prisonniers de l’exacte écriture
Font des bruits de foin sec alors qu’on attendait
La douceur de la main effleurant l’herbe humide ?

Si je parle de mort je ne sais qu’expliquer
Une logique insecte aux rigides élytres,
Au lieu du tourbillon qu’un oiseau déchiré
Creuse dans l’océan où son cri s’engloutit ?

Chelles, mars 1976.



LETTRE BIEN CLOSE
A UN AMANT INDÉCIS


L’amour s’est retiré
De ma peau où flétrissent
Les épaves les laisses
Des caresses anciennes ;

Au sable de mes seins,
S’effacent les empreintes
Où ta bouche et tes doigts
Griffonnaient ton désir ;

Dans le creux de mon ventre,
Aux algues de mon sexe,
L’écume des étreintes
De fige et s’évapore...
Cette image est mensonge
Qu’invente mon souci :
Je ne suis pas la plage,
Tu n’es pas l’océan !

Ce n’est pas dans mes dunes
Que des oiseaux de cuivre
Tourbillonnent et nouent
En spirale leur vol,

Mais au fond de ma tête,
Où leurs cris répercutent
L’angoisse d’être nue
Devant la nuit qui naît...

Ce n’est pas la marée
Ni le rythme des lunes
Qui t’a fait t’en aller
Aux lointains horizons,

Mais la fin nécessaire
D’un été clandestin,
Qui t’avait éloigné,
Du rivage assigné

Sur l’atlas des rencontres
Par les traceurs de cartes,
Les faiseurs de destin
Dont l’erreur est divine.

La chaussée Saint-Victor, septembre 1977.



VAGUE AU VENTRE


Très fidèle à frémir
Au rythme de l’étreinte
Sous le vent qui l’éreinte
Et la force à gémir,

La vague explose et lave
D’une écume salée
Le sable blond mêlé
De varechs et d’épaves ;

Un vol d’embruns acides
Se pose sur nos yeux
Comme oiseaux silencieux
Picorant un ciel vide ;

Des mots naissent du bruit
Comme abeilles glissant
Hors l’essaim caressant
Qui s’enfle comme un fruit

Que nos mains lisses touchent ;
Et nos souffles abîmes
Sont le vertige intime
Où basculent nos bouches,

S’unissent nos salives
En parole incertaine
Qui a goût de fontaine
Aigreur de rosée vive ;

Puis nos sexes tendus
Sous d’extases jouissances
Espèrent l’abondance
D’un plaisir attendu,

Très fidèle à frémir
Au rythme de l’étreinte
Sous le vent qui l’éreinte
Et la force à gémir,

Ton ventre avide attend
Que mon désir délivre
Ce sperme qui t’enivre
Et féconde le temps.

Chelles, février 1976.