REVE DERIVE, NAVIRE D’OR


Ces quatre mots par hasard s’emboitèrent
Rythmant les roues d’un train du vendredi ;
Quatre consonnes me mirent en bouche
D’autres mots d’identique consonnance ;
Et tous ces mots en strophes s’assemblèrent,
En empruntant la forme du rondeau.



REVE DERIVE, NAVIRE D’OR


Un vanier renoue en vain
Un noyer raide à rouir ;
Deux renards arrivent dire
De donner du nouveau vin.

On y voit de vrais devins
Rêver d’or et revenir,
Un vanier renouer en vain
Un noyer raide à rouir,

On adore un nom divin
Dédié à un navire ;
Naïade nue à ravir
Dur ivoire et rude airain
Un vanier vous noie en vain.

Chelles, février 1975.



CHAOS

Solitude, néant, défaut,
Neige sableuse aux dunes grises,
Pure poussière aux vents soumise,
Gris pâturage où les troupeaux

De chevaux translucides paissent
Sous les feux chauds de rousses lunes,
Quels mots, pour peupler ces lagunes
Où gisent nos phrases épaisses ?

Quel masque, ombre nue de visage
Accrocher, simulant le jour
Et la lumière, et les détours
De ces étoiles de passage ?

Ces rêves qu’un réveil emmure,
Vainqueur des eaux où l’ombre plonge !
Ces flambeaux droits qu’allume un songe
Dans le chaos des roseaux durs...

Quel astre s’enracine en l’âme,
Graine de ciel germant sans bruit,
Arbre aux branches de soleil, fruits
Gonflés d’aurore et feuilles flammes ?

Un Mage forge un cri : « Sursaut ! »
En l’acier froid de nos silences ;
La tour d’Orgueil seule s’élance
A l’horizon de nos assauts.

Poème collectif,
Chelles, octobre 1973.



CRASH


Je veux mourir éparpillé
Dans le sans noir de mes paroles
Et l’archipel où l’on isole
Les mots musiques maquillées ;

Je ne veux plus m’agenouiller
Aux pieds souillés de vos idoles,
Mages cruels, prêtres frivoles,
Vendeurs de dieux déshabillés ;

Je veux mourir dans l’aube belle
Et que ma plainte angoisse, telle
Une étoile éclatée s’éteigne,

Que le jour blanc m’ensevelisse
Au feu d’un soleil de solstice
Chaud comme un cœur fou et qui saigne.

Paris, mars 1975.