LE TISSERAND


Au métier du sommeil
La rencontre forfuite
Entrecroise la duite
A la chaîne pareille ;

La trame-confidence
Recoupe au lin ténu
De la parole nue
La chaîne des silences...

Inlassable navette
Tu laces le tissu
Et vas dessous-dessus
Faufiler ta pirouette,

Et nos doigts étourdis
Se prennent pour des fils
Et se nouent en fragiles
Toiles qu’un geste ourdit.

Paris, février 1975.



MASQUE
GROTESQUE
PUISQUE
BRUSQUE...


Sous ta figure aux traits fantasques
Et l’entrelacs de l’arabesque
Qui te maquille, une odalisque
Apeurée, se cache et s’offusque

De déchiffrer dans l’eau des vasques
L’image incertaine et burlesque
Où en secret, sans bruit, sans risque,
La mort informulée s’embusque...

Sevran, février 1971.



SONNET SONATE


L’année du soleil fou eût bien quatre saisons ;
Je n’ai plus maintenant pour dire notre histoire
Que le trait rigoureux où cette encre trop noire
Décalque le fil pur de notre déraison.

L’hiver ensevelit les arcs de l’horizon
Sous l’étreinte gelée de lunes provisoires
Et figea chaque souffle au bord de nos mémoires ;
Puis le printemps surgit de quelque trahison

Pour attiédir nos mains, nous tendre les poisons
Qu’il avait distillé d’étranges floraisons ;
L’été jaillit, exact, pour proclamer la gloire

Des extases nouées d’exquises pâmoisons ;
L’automne débordant de jouissances notoires
A rempli ses greniers de chaudes cargaisons.

Paris, novembre 1975.



LES BRUITS DU SOIR SE PROLONGENT


Nous avons traversé les plaines de la nuit ;
Le galop des chevaux du désir en le sable
Des draps inscrivit leur chemin délectable ;
La caresse silence a effacé les bruits.

Fûmes fleuve et noyé ensemble et tour à tour :
Dans les rêves remous les poissons furent blancs,
Les épaves des mots parlèrent aux courants :
Songe à songe nageant engendrâmes le jour.

Les dunes du matin eurent forme de corps,
Nos bouches et nos mains apprirent leur douceur ;
Des oiseaux ont guidé la barque du passeur
Et des renards dorés annoncèrent l’aurore.

Dammartin-en-Goële, septembre 1974
Paris, mars 1975.