l'arbre parole, pages 14 à 19

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ORCHESTRE Á CORDES ET Á VENTS


Dessin d'Odile Damon-Leclerc

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ORCHESTRE Á CORDES ET Á VENTS


La musique blessure
Qu’une flûte écartèle
Est angoisse infidèle
Et exquise rupture

Dans le temps qui capture
Le cri du violoncelle
Et le souffle rebelle
Qu’il déforme et torture

Jusqu’au dernier aveu
Où le silence expire
Et révèle qu’il veut

Modeler dans le vent
Ce message fervent
Que chaque instant déchire.

Paris, mai 1975.

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MA BULLE GRISE VA CREVER




Une anémone musicienne,
Sous la fenêtre de l’été,
Déchire une viole ancienne
Comme un soleil décapité ;

Une pigeonne aveugle et pâle
Picore le béton que froisse,
Très grise écorce minérale
Le frisson froid de notre angoisse ;

Une parole fracassée
Dans le vent flou qui la disperse :
Ce sont nos bouches agacées
Par les fruits creux de nos caresses.
Paris, Les Karellis, juin 1976.

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QUELQUES INSTANTS DE RÉFLEXION APRES LE TRAVAIL



Les lumières d'été
Vont pourrir sous la lune ;
Un désir dévêtu
Qui s’érige en statue

Nous regarde sourire,
Et l’angoisse éclabousse
De ses larmes trop douces
Non nos yeux aveuglés,

Mais les mains approchées
Qui se voulaient tendresse
Et tendaient le néant,
Cet arc à double corde,

Dont les flèches jumelles
Séparent cet instant
Pour blesser le futur
Et tuer le passé,

La nuit va embaumer
L’absence ensevelie
Et nulle aube n’ira
Nous blanchir notre peur.







Paris, octobre 1975.


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COMMERCE




J'ai des chagrins à louer,
Pas cher et confortables ;

Des chagrins pour bébés
Sans risque exagéré,

Des chagrins pour enfants
Déjà plus excitants,

Des chagrins pour adultes
Garantis cent sept ans ;

Des chagrins à prêter
Aux amis sans le sou,

Beaux chagrins à saisir
A qui veut profiter,

Chagrins bon teint grand teint
Et irrétrécissables...

J’ai aussi pleins de mots
D’amour à refiler !

Dammartin-en-goële, octobre 1974.


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Á QUOI BON L’ÉCRITURE

PUISQUE TU ES AVEUGLE ?




Le froid silence est un échec,
Insulte gifle à mon désir
Prison scellée de ma tendresse
Agonie bleue de ma douceur ;

Le silence est une rupture
Dans la musique de mes gestes,
Le mouvement de ma parole
L’organisation de mes rêves.

Le silence n’est qu’un hiver
Qui ensevelit nos jardins
Ou bien un fleuve en crue qui noie
Les renards blancs de ma folie.

Chelles, octobre 1974

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