l'arbre parole, pages 10 à 13
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BOUCHE BARQUE BALANCE
Dérive ta douceur
Au fil de ma folie ;
Nos bouches réunies
Consument notre attente,
Et nos sexes soleils
Ajoutent leur lumière
Pour éblouir le jour
Et jouir de la nuit.
Le matin multiplie
L’éruption des oiseaux ;
La musique des doigts
Est essaim de poissons
Déchiffreurs de remous
Qui glissent sur nos reins
Et nagent dans le sang
D’une étroite blessure.
[1]
11
BOUCHE BARQUE BALANCE
Arrive ton plaisir,
Ma barque chavirée
Qu’un geste désiré
Naufrage en l’ombre blanche ;
Que nos lèvres fermées
Opposent leur étreinte
A la vague tumulte
Des souffles accordés !
Je te rencontre, toi,
Harmonieuse et lisse
Et libre de partir
Et de ne dédier
Tous tes mots de tendresse
De charme et de rupture
Qu’au vent qui t’enveloppe
D’un translucide oubli.
12
BOUCHE BARQUE BALANCE
Survive ton aurore
Au-delà du solstice
Où nous avons inscrit
La course de nos corps !
Je ne suis qu’un seul astre
En ton septentrion,
Et tu es la balance
Qui pèse ma présence,
Et l’heure ensevelie
Entre les draps froissés
Comme mots entassés
Au fond de la mémoire.
D’immobiles caresses
Résument l’océan,
Et j’apprends à flotter
Sur l’eau de nos silences...
13
QU’EST DEVENU LE MONOPOLE DE LA COMPAGNIE DES EAUX ?
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Dans ce jardin carré |
Que le mur de nos mains |
Délimite et protège
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Coulent quatre fontaines.
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Au nord salive grise
Et bouche exaspérée
Où les mots englués
Accouplent leurs suicides ;
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A l’ouest un sang doré, Très liquide soleil Où des oiseaux aigus Noient le cri de leur peur ; |
A l’est la blonde sueur
Rosée douce où l’aurore Ensevelit les gestes De nos rêves rompus ; |
Qui délaisse ton sexe
Et voudrait féconder
Notre infertile angoisse ;
l'arbre parole, notes pages 10 à 13
[1]
Ce poème en trois parties fut publié dans le numéro 76, daté septembre-octobre 1978, de la revue de l'ACILECE, page 11.
La revue jointure a pris, courant 1983, le
relais de la revue de l'ACILECE ( Association Corporative Intersyndicale de Librairie et d'Édition du Corps Enseignant, fondée par le regretté Charles-Henri Sieffert, qui recruta Maurice Fombeure comme président du comité de lecture, et Jacques Arnold comme secrétaire de rédaction...)
les trois titres, BOUCHE, BARQUE, BALANCE, étaient disposés en marge de gauche comme autant de repères. La logique de l'écriture eût voulu que bouche fût au pluriel.
[2]
La typographie du livre est un peu différente.
Le vers Dans ce jardin carré, répété tête-bêche, et le vers Coulent quatre fontaines,
lui aussi répété de même, sont inscrits verticalement sur la page et
forment les murs de l'ouest et de l'est du jardin, les deux vers
centraux de chacune des strophes initiales et finales établissant les
murs du nord et du sud. Le jardin est fermé et les quatre fontaines
placées à leur point cardinal spécifique. Le texte se trouve inscrit, claustré, dans un carré dons il possède la limite.
Le carré, le tetragon, symbolise le monde matériel, terrestre.

