Le témoignage de Jean-Marc Couvé : Premiers & derniers feux d’un vigoureux artificier

Jean-Marc Couvé a rédigé ces trois lectures des ouvrages posthumes de Simonomis pour publication dans JOINTURE. Les ressources de l'hypertexte permettent de faire apparaître son texte en deux pages différentes de ce site.J'ai usé de cette facilité.
Il s'agit de :
  • Premiers poèmes (1954-1959), La lucarne ovale, 2005
  • Simples comme… Éditions Alba, 2005
  • La queue leu leu du fabuleux , préface de Jean-Paul Giraux, chez éditinter, janvier 2006


Lire – ou relire – Jacques Simon, alias Simonomis, emporté trop tôt par l'impitoyable crabe, est un bonheur de tous les instants. Des premiers poèmes aux dernières fabulettes qui paraissent, posthumes, on retrouve la même tendresse doublée d'une sensibilité à fleur de peau, le même pessimisme joyeux, apanage de la lucidité. Cinquante années se sont écoulées, mais la verve, quasi innée, n'a pas pris une ride !

et si j'étais pacha,
je serais donc un homme
et ne serais pas chat

Ce n'est qu' un exemple, parmi tant d'autres, de jeu avec les mots auquel il préférera bientôt des formes humoristiques moins faciles. Autre extrait, qui révèle l'athée, célébrant, à 19 ans, ses modestes origines

petit peuple...
Nous par respect pour l'homme
SANS RELIGION


Yvette, sa veuve, ne se console pas de la perte de son tendre Jacques. Elle a trouvé pourtant assez d'énergie, en mémoire de lui, pour rassembler et publier, dans trois recueils distincts, les premiers et derniers feux de l'incomparable artificier que fut son mari,  et c'est la moindre des choses que de l'en féliciter dans ces lignes !
Car, emboîtant la plume à Jean Rousselot (Simples comme... lui est dédié, un an après la mort de l'ami Jean), je considère l'homme et l'oeuvre simonomisiennes comme l'une des aventures poétiques parmi les plus originales qui aient été menées ces 50 dernières années : Avouez, mesdames et messieurs les universitaires, que, pour un autodidacte – pour qui Jean-Paul Sartre n'avait que mépris, cf. La nausée – , être reconnu pour l'un des plus forts poètes de ce temps (lettre de Rousselot du 28/02/04) n’est pas rien !
Les multiples facettes du grand Jacques, prises chacune séparément, ne sont pas Simples comme... bonjour ! Et ces trois parutions, tirs groupés, ne donnent guère d'éclaircissements aux adeptes du  tout-en-un. De ses premiers poèmes aux derniers, confiés à Alain Castets par Yvette Simon (avec l'aval de Jacques, déjà très malade), vouloir tirer une unité relèverait d'une mauvaise foi qui eût fait s'esclaffer l'intéressé !
En outre, ce serait oublier ses centaines d'articles (dont certains, donnés avant sa mort, en février 2005, paraissent encore dans l'une ou l'autre des nombreuses revues auxquelles il collabora) – ah ! l'infatigable lecteur des autres... and last, but not least : ses fabulettes (ou nouvellettes ?) qui méritent bien un néologisme, clins d'yeux à Jacques Prévert (graffiti), Michel Leiris (fourbis), Raymond Queneau (texticules), et dont La queue..., bouquet final de feu d'artifice, propage les ultimes étincelles...
S'il faut, à tout prix, en faire la synthèse, être réducteur pour en donner le goût à tous ceux qui n'ont pas encore eu le plaisir de se plonger dans l'univers du poète, on pourrait ainsi résumer la vie / l'œuvre par ces mots : cœur (battant), cœur (à l'ouvrage), cœur (olé !)  – jusque dans la maladie !

L'éditeur Guy Chambelland, qu’il n'a que croisé – rencontre manquée, comme trop souvent, entre contemporains–  eût aimé à n' en pas douter ce Jacques « à hauteur d'homme » :

Ton coeur résiste
trublion à dos large
sous le sarcasme des corbeaux
qui charbonnent en rafales


Lui-même auteur plein de sève, Guy Chambelland eût fraternisé avec ce poète qui incarna, toute sa vie, son idéal : avec son coeur ses muscles et sa tripaille . Du cœur au ventre, sans doute, mais aussi de la mémoire, puisqu'il fut un fidèle, cinquante piges, fidèle à ceux qui l'étaient eux-mêmes, comme à la poétique Utopie de sa jeunesse. Jacques n’eut de cesse, toute son existence, de rechercher, de célébrer l'amitié entre êtres humains. Et cette attente, cet espoir furent parfois cruellement déçus (pas vrai, Christophe ?) :

Veille à la proue
vieux bipède
la nuit hors miroir
s'éclaircit peut-être


Car, dès 1959, il dit et écrit nous, un nous solidaire. Mais, de nature rebelle, c'est aussi un nous franc-tireur :

notre combat pour la richesse poétique
notre refus d'entrer dans la clique


L'épitaphe ( ! ), datée de 59 aussi, est déjà un raccourci d'autodérision comme peu de poètes, hélas ! savent la pratiquer, surtout si jeunes :

Ci-gît un bon à rien
qui se croyait malin


Et cette autodérision, fruit du long compagnonnage avec Tristan Corbière, est, selon moi, une des clefs qui donne accès à son talent à venir, à sa verve tant authentique qu'incisive, que je place à des années-lumière des poseurs et autres truqueurs, genre Houellebecq. Une clef, également, pour élucider le mystère Simonomis, alchimiste passé maître dans l'art de mélanger les genres : l'histoire, l’humour, l'amour, l'humain... :

Au Panthéon y'a des grands hommes
à Asnières un cimetière de chiens


Le goût du coq-à-l' âne, aussi, dont il se fera l'imbattable champion, après Tristan Corbière, Max Jacob et Jacques Prévert – trois références majeures : qui apprécie ceux-là ne peut que l'adopter, leur fils spirituel ! – :

Il est fréquent qu'un cacochyme, jeté à l'hospice, aille, vingt ans plus tard. sonner chez son arrière-petit-neveu qui le prendra dans son équipe de football américain en l'appelant fiston, mais en anglais. Est-ce un progrès ? (Chose vue)

Je, ne saurais terminer ce rapide tour d'horizon de la galaxie Simonomis sans mentionner la traduction d'un poème (l'un des préférés de mes élèves, douze ans durant), dont Jacques était assez content – cela ne lui arrivait que rarement, impitoyable critique de lui-même ! content au point d'en assurer impression puis réimpressions sur cartes postales en couleurs. J'ai nommé La maison du monde, singulièrement illustrée par Danielle Le Bricquir, poème fraternel, qui figure déjà dans les anthologies à venir ! Sa réussite est telle que des traducteurs du monde entier (poètes, professeurs, amateurs au sens fort du mot), l'ont déjà traduit dans 15 langues : Eh, les galligrasseuils, qui dit mieux ? Et parions. chère Yvette, que ce n'est qu'un début...

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