Maurice Cogis,
ébéniste, aventurier et écrivain

quelques touches de mémoire

C'est à Chelles, vers 1944, dans la maison de mes parents, et plus précisément dans l'atelier de la menuiserie, que je situe le premier souvenir qui me reste  de Maurice Cogis. Mon père et lui s'efforçaient de cintrer à la vapeur une forte baguette de bois destinée à entrer dans l'architecture d'un meuble.

Je le vis ainsi construire les accessoires de scène nécessaires pour la représentation de la première pièce de théâtre qu'il me fût donné de regarder, probablement le Don Juan de Molière ; je vécus mal la réanimation de la statue du commandeur et selon ce qui me fut rapporté mes sanglots d'effarement se mêlèrent au rôle des acteurs et je passai ensuite une nuit agitée.

Il avait aussi participé, au moment où la fréquence des bombardements de la gare de Vaires le rendit utile pour notre sécurité, à l'étayage de la cave voûtée de la maison pour en faire un abri anti-aérien sûr. Ces étais furent démontés ...vingt bonnes années plus tard par un autre de mes cousins, René Serrière.

Il me construisit, comme jouet de Noël, très probablement en 1944, un avion en bois d'une trentaine de centimètres d'envergure, bimoteur dont l'allure générale copiait la ligne du DC3, référence constructeur que je ne possédais pas à l'époque. Je peux m'imaginer aujourd'hui que cet aéronef a été l'inconscient déclencheur de l'issue technologique de mes études supérieures. Il faudrait m'hypnotiser pour y voir clair...

En octobre 1945, à quelques jours de mon anniversaire, je surpris une conversation téléphonique – en ces temps troublés le téléphone ne servait que pour les relations avec ceux des clients qui étaient abonnés, les erreurs d'appel au Presbytère (nous avions le n° 87 et lui le 86) et les éventuelles mauvaises nouvelles – évoquant l'Afrique, une mort brutale, et je sus que je ne le verrai plus. .Ceci ne me fut confirmé que bien des années après...

meubles Maurice Cogis

Fauteuil et chaise

Pendant vingt ans, de 1949 à 1969, nous vécûmes, dans la maison de Veulettes-sur-Mer, dans un mobilier de salon qu'il avait dessiné, et que mon père, en ayant retrouvé les épures dans ses cartons, avait réalisé.
L'ensemble comprenait :
  • un buffet à deux portes avec six tiroirs médians,
  • une grande table à piètement central,
  • deux fauteuils et six (ou huit?) chaises,
dont la découpe insolite était rehaussée par une bichromie rouge et vert qui donnait à l'ensemble une allure avant-gardiste étonnante dans une villa de bord de mer.


Plus tard encore, vers 1954, je découvris dans le grenier, sommairement reliés dans une jaquette en cuir souple, brun foncé,en compagnie de deux autres,un manuscrit dont l'étrange titre était les mémoires d'un sacristain. Le passage où l'auteur racontait, ce qui était pour moi , à l'époque ou mes lectures me conduisaient sous l'incitation affectueuse de ma professeur de lettres à la princesse de clèves,  le comble du libertinage, comment héros et héroïne tentaient sans y parvenir, faute de l'adresse suffisante, de consommer entre deux vagues et loin du rivage une étreinte amoureuse, est celui qui m'avait le plus frappé l'imagination.

Souvenirs plus matériels

De Maurice Cogis il me reste aujourd'hui deux traces écrites.

Projet d'armoire

Armoire Boulle Ce dessin au lavis, format 39 x 58, est cartouché :
  • En tête : cogis ... ébéniste
  • En pied :grande armoire en marqueterie de bois sur fond d'écaille, par ch. boule ... 25 heures

Cette photographie déforme l'image source, qui est bien entendu parfaitement inscrite dans un rectangle, et la présence d'un verre anti-reflets atténue le contraste des couleurs.
Le dessin a souffert de divers déménagements. J'en ai fait restaurer le support et il a été encadré sous-verre.

Les trois vues de détail proposées à la ligne suivante donnent une meilleure idée du travail du compagnon en ébénisterie, alors étudiant.
Détail
Détail du grand panneau : le bouquet d'iris...
Détail







Détail du petit panneau : les fausses charnières en bronze doré.
Détail



Détail du pied d'armoire : la tête de lion centrale.

Lettre de guerre

Cette lettre...


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Lorsque j'entendis le téléphone sonner, j'étais occupé à ranger dans l'ordre les cartes d'une petit jeu et j'en étais à la dame de carreau.