La problématique de l'engagement du poète

La poésie

C’est l’action méditée, préméditée : je suis poète si j’utilise les mots pour construire et explorer/exposer une image symbolique du monde réel tel que je le perçois.

L’engagement

Il désigne un processus par lequel je prends un risque, seul et/ou en groupe, au service d’un projet, d’une perspective, dont la non-réalisation me semble insupportable.

La crédibilité

L’engagement du poète est-il crédible s’il ne s’applique qu’à des réalités qui font paraître secondaire, voire hors sujet, sa situation de poète ?
Autrement dit, lorsque l’engagement est indépendant de l’exercice de la fonction poétique, sommes-nous dans le sujet du débat ?

L’utilité

Cet engagement est-il utile aux causes qu’il veut voir progresser, si les adversaires de cette cause ne voient en lui qu’un vague manipulateur de mots ?
Autrement dit, lorsque la personne engagée qui mobilise cette activité dans son engagement n’est pas perçue comme poète, sommes-nous dans le sujet du débat ?

Les trois niveaux de l'engagement en poésie

S’engager dans/pour/avec/ la poésie peut se concevoir à trois niveaux, différents en intensité et utilité sociale, mais aussi étroitement associés que les trois côtés du triangle ou les trois marches de l’autel… Mon point de vue personnel est que le niveau 3 n’est opératoire que si les niveaux 1 puis 2 ont été antérieurement et successivement [1] atteints et franchis.
Quels sont pour moi ces trois niveaux d’engagement ?

Niveau 1 : savoir faire

S’engager dans la conception du poème et le métier de poète.
Exemples :
Question cruciale : le « poète » qui travaille sans rigueur et laisse plier son écriture sous le vent d’une mode ou de sa spontanéité égocentrée est-il crédible quant il veut mettre cette qualification au service d’un engagement ?
N’est-il pas soupçonnable d’incompétence ou de légèreté ?

Niveau 2 : savoir faire entendre

S’engager dans la diffusion du texte (produit) et de l’art (processus).
Exemples :
Question cruciale : le « poète » qui ne s’intéresse qu’à son poème, le croyant auto-diffusable, voire à ceux de son école de pensée, est-il crédible quant il veut mettre sa position au service d’un engagement ?
N’est-il pas sous le coup du procès d’intention de vouloir agir pour sa propre gloire, ou celle des siens ?

Niveau 3 : savoir faire entendre réagir

S’engager dans la réalité humaine pour témoigner de valeurs libertaires et fraternelles.
Exemples :
Question cruciale : le « poète » qui se tait complètement, obstinément face aux menaces réelles et permanentes qui pèsent sur les libertés et les fraternités est-il crédible quand il fait l’éloge écrit de la puissance du verbe et de l’influence de la parole?
N’est-il pas répertorié au nombre des vantards que seule l’ombre des mots n’effraie pas ?

S’engager dans/pour/avec/ la poésie peut se concevoir à trois niveaux, différents en intensité et utilité sociale, mais aussi étroitement associés que les trois côtés du triangle ou les trois marches de l’autel… Mon point de vue personnel est que le niveau 3 n’est opératoire que si les niveaux 1 puis 2 ont été antérieurement atteints et franchis.

L’ouverture au débat sur l'engagement poétique...

-1-Soyons modestes

On parle de la poésie : attention, elle est aussi variée que le sont les fromages ou les sujets de conversation ; quant au poète, à la poète,  c'est une personne que rien ne distingue, de l’extérieur, des autres.

-2-Soyons persévérants

L’impact de chaque poète naît plus de la répétition engagée d’un message intelligible et d’actes simples que de la proclamation tonitruante d’une vérité rhétorique.

-3-Soyons prévenants

Ce n’est pas parce que nous avons un joli brin de plume que nous avons le droit d’ennuyer nos concitoyens avec nos états d’âme ; ils attendent aussi écho et considération pour les leurs…

[1]C'est à dire dans cet ordre de succession et avec succès...

[2] [L’homme est] le vivant capable de parole. Cette affirmation ne signifie pas seulement qu’à côté d’autres facultés, l’homme possède aussi celle de parler. Elle veut dire que c’est bien la parole qui rend l’homme capable d’être le vivant qu’il est en tant qu’homme. L’homme est homme en tant qu’il est celui qui parle.
Martin Heidegger, acheminement vers la parole, Paris, Gallimard, 1976, p. 13