Peut-on créer un mème ?
Lorsque j'avais été initié au droit des brevets, il m'avait été révélé l'existence de trois catégories majeures d'innovations brevetables :- -1-découverte d'un principe nouveau ;
- -2-découverte d'une nouvelle application d'un principe existant ;
- -3-découverte d'une nouvelle combinaison de découvertes déjà faites.
Les miens, en recherche appliquée, étaient modestement du 3° type, celui qui rassure les industriels...
Mon idée ici n'est pas de traiter de la brevetabilité des mèmes, mais d'utiliser un mème existant (cette trinité catégorielle) pour approfondir ce que pourrait signifier créer un mème.
Je vais prendre pour exemple une activité réputée artistique, l'écriture poétique.
Le processus d'innovation, de création dans l'activité poétique est :
- plus que très rarement du type 1 : découverte d'une nouvelle figure de style ou d'une nouvelle forme d'écriture ;
- assez rarement du type 2 : découverte d'un nouvel emploi d'un figure de style ou d'une forme d'écriture
- pratiquement toujours du type 3 : découverte d'une nouvelle combinaison de figures de style et de formes d'écriture.
C'est ainsi que la très grande majorité des textes dits poétiques ne sont que des variantes au second degré de poèmes-type ; les joueurs de l'OULIPO ont poussé la démarche à ses limites en explicitant des moyens sûrs pour utiliser le paramétrage. Ils ont aussi tenté des innovations du 3° type, en usant de procédés mécaniques de créativité industrielle, mais le résultat, évalué en perspective poétique, est très rarement probant.
Créer un mème, dans le domaine de l'écriture poétique, est théoriquement possible.
Si je laisse de côté l'aspect figure de style pour m'intéressser à l'aspect forme poétique,je vois bien qu'une forme simple telle que le sonnet est douée d'une solidité remarquable, au point d'induire en erreur de nombreux poètes du dimanche et d'encore plus nombreux lecteurs, qui s'ils regardent un texte qui semble en respecter les normes formelles s'écrient parfois sans même le lire "c'est de la poésie classique", ce qui est pour le moins étonnant car 999/1000 des sonnets publiés ont une valeur poétique nulle et une bonne proportion des autres est de la poésie "non-classique".
La même analyse peut être conduite pour ce que l'on nomme souvent le vers libre, en passant la proportion d'échecs à 9 999/10 000...
Créer une forme originale, nettement différenciée des existantes, est-t-il, maintenant, pratiquement possible ? Je n'ose dire "je l'ai effectivement fait", mais je puis dire "je l'ai voulu faire"...
Deux des questions que pose cet acte volontariste sont :
- l'une, rétrospective : ma connaissance des tentatives antérieures est-elle suffisante, et ne suis-je pas en train de réinventer une combinaison qui l'avait été sans succès antérieurement (ou avec succès mais sans que je le sache...il y a toujours un doute) ?
- l'autre, prospective : serai-je le seul à écrire comme ça, ou bien en influencerais-je d'autres en assez grand nombre pour qu'un nouveau phylum se développe (autrement dit la notoriété de cette innovation deviendra-t-elle suffisante pour...).
La pandémie de Haïkous qui s'abat sur le petit monde de l'écriture atteste de même la solidité de cette forme poètique qui nous vient d'Asie.
Pour conclure provisoirement, je dirai :
- que je n'ai pas la preuve qu'il soit pragmatiquement possible de créer des mèmes dans le domaine de l'écriture poétique
- et qu'en revanche ce désir de création est ce qui donne sens au travail profond du poète quand il se veut architecte en textes plus que mécanicien des phrases.
Cette notule a été publiée ailleurs sur le net.

