D'après Michel Guet :


Qu’est-ce que la Banalyse et le Bureau des inspections banalytiques ? « La Banalyse en général » (Document officiel) L’idée banalytique se développe à partir du congrès ordinaire de Banalyse, créé en 1982. Son principe consistait à inviter divers individus à rejoindre la halte ferroviaire facultative des Fades (Puy-de-Dôme) pour un rendez-vous considéré à l’époque comme essentiel. Le propre de ce congrès était en effet de ne proposer aucun objet sinon celui d’être là, au cours du dernier week-end de juin. Il s’agissait simplement d’attendre et de rencontrer d’autres personnes ayant également estimé qu’une telle mise en perspective était fondamentale. Renouvelé chaque année de 1982 à 1991, l’appel des Fades a permis de partager et de mettre en forme par des moyens ludiques, un malaise que l’époque s’ingéniait à renvoyer au destin personnel de chaque vie privée. (Yves Hélias, Jean-Yves Laillier « LA DÉPARTEMENTALE 32 », Espaces et Sociétés , n° 69, L'Harmattan éd. 1992.)


Première phase historique de la Banalyse : les dix années du CONGRÉS DES FADES. Cette proposition — un appel à la rencontre entre individus ne se connaissant pas, sur la base d’une absence totale d’objet en un lieu à peu près désert « garantissant au mieux cette perte de temps » — devait, dans l’esprit des fondateurs (Yves Hélias, Pierre Bazantay), permettre un tri, une sélection précise d'individus anonymes. Qui pourrait bien, sur cette base, accepter une telle invitation ? Outre la création d’une « situation », cela permit de conceptualiser plusieurs positions-clés qui forment encore la base de l'esprit banalytique :

1) Une tentative de définition de ce qui n’est pas remarquable, de ce qui est moyen, mais qui forme l’immense majorité de ce qui est.

 2) Au travers de cela, le besoin de cerner le sujet historique fondateur de cette banalité : L’Homme banal, qui par définition est l'exclu de la modernité laquelle à travers ses enjeux, sa communication, ses modèles, ne valorise que l’exceptionnel, le performant, le beau, le chic, etc.

3) La mise en évidence de cet état de fait par le constat banalytique.


Banalytique : néologisme, de banalyse (1976) et banalyste (1982). Le banalyste est un explorateur et un observateur de toutes les virtualités du banal. Son attitude s’oppose au banalisme : amour du banal ou poétisation de celui-ci. C’est aussi un homme banal, qui expérimente le contrat de banalité avec autrui... (Yves Hélias, « PREMIER RAPPORT SUR LA SITUATION DE LA COMMUNICATION POLITIQUE MODERNE DANS LE TERRITOIRE 70 », Bureau des inspections banalytiques , 1998.)


Succédant aux dix années des congrès, « LA SECONDE CAMPAGNE », fut conçue non plus sous forme d’un rassemblement à date et lieu fixe, mais comme une suite d’études sur plusieurs années, débouchant sur des « Constats », menées par de petites équipes discrètes (exemple « La Mission 70 »). Les acteurs de la seconde campagne (les inspecteurs banalytiques), opèrent sur des espaces humains choisis selon des critères précis, en accord toujours avec l’idée du non remarquable, du moyen, du banal — l’immense gisement de ce qui est sans qualité . Les outils banalytiques dérivés du constat se développent : constitution de documents administratifs (papiers à lettres, formulaires, tampons), de protocoles rigoureux, délégations d’inspecteurs, inspections diverses, inventaires, rapports, procédures de classement banalytique. Enfin 1996 début de la mystérieuse « Mission 70 » et création du Bureau des inspections banalytiques organisme « officiel » et virtuel, éditant et diffusant l’ensemble des publications en marge des circuits officiels en s’appuyant sur un réseau de sympathisants. Des réunions, manifestations, congrès et « banquets » sont mis sur pied. Ceci à l’écart de toute médiatisation, de toute recherche de valorisation symbolique ou culturelle.


La Banalyse n’a pas non plus à faire dans l’activisme forcené. Se voulant d’abord une reconquête par le sens de modus et socius abandonnés par mégarde au non-sens productiviste, dont les performances absolument évidentes sont à comptabiliser à l’actif du progrès moderniste, la Banalyse se doit d'observer une discipline qualitative plutôt qu’agitative. Alors même qu’il nous apparaît comme agitation (tour à tour meublant ou masquant le vide communicationnel au sein duquel se réalise le culte du profit), le progrès moderniste nous est donné comme totalement inéluctable. C’est ce que nous entendons mettre en évidence, c’est sur l’inéluctable du progrès que nous entendons opérer sans hâte. (Michel Guet, « LA BANALYSE, VIE, MŒURS, REPRODUCTION, ÉLEVAGE suivi de LA BANALYSE DANS LES FOYERS LES PLUS DÉMUNIS », Bureau des inspections banalytiques, 1998.)


Face à l’imposture, la Banalyse est donc une posture. Elle prône la construction collective de situations inscrites dans le local, visant à mettre en évidence, à constater, à élucider l’ensemble des phénomènes qui conduisent à la séparation des activités, à l’instrumentalisation de l’homme occidental et à la réification marchande de toutes relations et expériences humaines.