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Texte mis en ligne le 23 août 2006 et signalé à cette date sur le blogue associé.
Un Ordre venu du Nord de l'Europe
Mon cahier (16,5 x 20,5, réglure centimétrique, couverture agrafée...) [vendu 5£.5s au profit des Compagnons Bâtisseurs, Tongerlo, Anvers, CCP 11.94.94.], cahier qui recueillit les archives du Ciné-Club -Chellois entre 1961 et 1964, est frappé en bas de la page I de couverture du slogan :La IV° de couverture explique :
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Le père Werenfried van Straaten ,
après avoir organisé un apostolat extraordinaire en faveur de chrétiens
persécutés et exilés, fonda les «Compagnons Bâtisseurs ». Sans cesse il avait devant les yeux l''état lamentable des habitations dans les camps de réfugiés et prévoyait les problèmes qui devraient bientôt être résolus en Europe de l'Est. Il était de plus en plus convaincu que tous ses efforts seraient vains, si la famille chrétienne qui se perdait dans lenfer des camps et des taudis ne trouvait pas d'abri dans une maison digne de l'homme. En 1953, pendant les vacances de Pâques, il convoqua les premiers Compagnons Bâtisseurs volontaires pour construire des maisons et des églises partout où le règne de Dieu était menace pr la crise du logement. Au bout de quelques années, les Compagnons Bâtisseurs forment une organisation internationale surpassant par son importance toutes les autres du même genre. Elle a travaillé avec vingt mille compagnons de vingt-sept nationalités différentes, dans sept pays d'Europe et d'Afriue, en faveur des sans toit et des réfugiés. ... Certains de ces Compagnons Bâtisseurs, très fervents, ont fait des vœux et apprennent la technique du métier, étudient les langues étrangères, afin de mettre toute leur vie au service de leur idéal. Ce petit groupe est devenu la tête et le cœur de ce mouvement moderne. ... |
En 1961, le mouvement se nommait Internationale Bouworde et une section française était installée à Paris,depuis quatre ans, dans le 6° arrondissement, rue Perronet, n°s pairs, dans un semi-sous-sol où s'affairaient deux permanents, C*** G*** et une assistante au nom délicieusement irlandais – A*** O'L*** – qui chantait d'une voix très claire le tourbillon d'la vie ..., ainsi que quelques bénévoles de passage. Depuis, le mouvement s'est fragmenté. Il existe en particulier une entité logée en Belgique, et en France plusieurs associations régionales, regroupées au sein d'une association nationale, qui se réclament toutes du même héritage.
Sans compter les entreprises de constructions qui se sont emparées d'une marque qui semble ne pas avoir été protégée dans l'esprit de sa fondation.
Le nom néerlandais Bouworde servait de support à une exclamation familière et irrespectueuse accompagnant les coups de marteau sur les doigts ou les chutes de pierres sur les pieds, et supposée en exorciser les conséquences : bouworde de bouworde !
Une équipe de chantier était composée :
- d'un chef d'équipe, à la fois grand frère, animateur et interlocuteur avec le maître d'œuvre local
- d'une dizaine d'équipiers,
- d'un prêtre ( parfois disposé à mettre la main au mortier, si c'était dans les conditions de coopération )
- et de deux maîtresses de maison – assistantes– assurant la logistique et la restauration.
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L'uniforme de travail comportait des chaussures de
sécurité, une veste et un pantalon blancs, une casquette blanche à
visière ronde frappée de l'insigne du mouvement. Des gants étaient disponibles sur le site du chantier. Le logo du mouvement était une croix potencée de gueules portant en surcharge une maison stylisée tranchée mi maçonnée de gueules, mi argent. Tel qu'ornant mon cahier, le voilà dans une version en nuances de gris.Croix pattée potencée [Réf 1] façon croix scoute... Ce logo a été conservé par la section suisse – la croix est bleue– et italienne – la croix est noire – du mouvement international IBO. La croix est intégrée – elle est brune – dans celui de la section autrichienne. Il a été abandonné par l'association française, qui ne fait pas référence à l'IBO et est ainsi coupée de ses racines, quoi qu'elle en dise par ailleurs. |
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Réflexions sur un chantier
La mort est pour nous l'étrangère ; elle n'a point pris dans notre vie l'importance qu'elle va y conquérir, nous dit-on, quand nous aurons, nous l'expérience de la vie...Comme si la mort était un peu de cette expérience, comme l'éducation de l'amour ou l'art de rédiger une lettre de rupture. Mais ce qui est pour nous la marque la plus nette de ce mystère est l'échec. Nous échouons en moyenne une fois tous les cinq mois, nous sommes heurtés par ce que nous pourrions nommer, si le mot n'avait acquis un sens plus populaire, l'absurdité de nos entreprises.Que représente, à l'échelle d'une civilisation, ces quelques coups de pioche et ces quelques gouttes de sueur ? Pour nous, ils sont à la fois à l'intérieur de nous d'une importance prodigieuse, don total et spontané d'heures pleines de notre jeunesse, et de l'extérieur agitation dérisoire et sans portée apparente.
De ce divorce, de cette cassure entre le dedans et le dehors de notre action nous tirons cependant une vision du sens de la Mort que rien d'autre ne pourrait nous donner avec le même poids. Non pas que nous n'allions ici ou ailleurs que pour apprendre ce déchirement. Mais parce que nous avons appris ainsi que le Problème qui se pose à nous comme le plus urgent à résoudre est celui de l'Action. Nous croyons qu'agir est créer, et pour toujours. Mais du même moment nous saisissons combien nous avions mal placé notre espoir d'être éternels quand il résidait encore dans l'extérieur de nos gestes.
Ce n'est pas telle brique à telle autre ajoutée qui nous emporte dans l'immortalité. Ce n'est point notre œuvre qui pourra survivre comme un monument immobile qui se couvre de poussière et d'âge et d'importance. Mais c'est l'Amour que nos actes exigent et amplifient qui, entraînant les flots du temps, ne peut ni périr ni diminuer ? La lampe est à jamais allumée, notre voyage avive sa lumière, cette lumière qui n'est pas faite pour demeurer dans l'abri de notre prudente lâcheté, sous le boisseau de notre indifférence.
La charité n'est pas le code de quelque perfection morale inaccessible et utopique, ni une recette pour aménager dans un compromis silencieux les misères et les doutes de l'existence terrestre. Elle est ce feu qui embrase le monde.
Sur le chantier notre travail, même s'il est d'une incontestable utilité, ne peut se résumer à cela. L'utilité, qui est condition de sa plénitude, n'en est point l'aboutissement.
La souffrance de l'homme qui ne parvient pas à construire sa demeure est double ; elle est à la fois matérielle et humaine : son drame est de se sentir étranger au monde, seul en son problème ; et l'aide que nous lui apportons est alors double, sous peine de n'être qu'une leçon parfois superflue d'architecture et de technique. S'il est vain de prétendre lui apporter l'aide humaine qu'il désire sans la participation matérielle à ses soucis, il est faux de se limiter à cette assistance professionnelle que le désir de l'efficacité nous conduit à lui apporter. Il nous faut aussi assumer tout son mystère et partager sa vie. Manger comme lui, dormir comme lui, créer le dialogue pour ce qui est de l'essentiel. Le reste ne compte plus. Et cet aspect de la charité, qui vient à la fois des mains et cœur, ne se chiffre point en termes de rendement.
Nous jouons là le risque de notre baptême, nous ne faisons point de notre engagement une affaire de statistiques, de taux horaire ou de sociologie.
Le goût de vivre se mesure d'abord à l'aptitude à sourire.
Ce texte m'avait été demandé pour nourrir l'organe international du mouvement, à partir d'une expérience vécue de responsable de chantier (chef d'équipe), du temps où j'étais administrateur de l'Organisation. Jugé, à juste titre, peu optimiste, trop introspectif, et risquant de décourager les vocations, il est demeuré inédit.
J'en ai conservé un double carbone, dactylographié sur un papier quadrillé. Les mots biffés de xxxx, les caractères surchargés d'une seconde frappe, les oublis de barre d'espacement et d'accentuation démontrent qu'il s'agit du premier jet.
Mes chantiers ...
Été 1961 : Johnsdorf, Feldbach, Steiermark, Österreich
Je m'y étais inscrit sur le conseil de M***-T*** L***, une relation de ma fiancée, qui y avait goûté. A la fois un peu par hasard, et surtout parce que la formule correspondait à mes attentes du moment :
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Nous visitâmes, les deux dimanches inclus dans la durée du chantier, Vienne, puis Graz, et allâmes au point triple de la frontière entre Autriche, Yougoslavie et Hongrie, à Minihof-Liebau, en considérer à distance obligée les glacis, les miradors, les barbelés, et constater la réalité humaine, sociale et idéologique de ce terminateur. J'en rapportai une barbelle et une douille d'arme de poing qui restèrent longtemps dans mes souvenirs de voyage.
Une excursion nous conduisit à pied et au pied du château de Riegersburg. Nous fûmes surpris du nombre de calvaires à toit – Wegkreuze – qui balisaient les croisées de chemins vicinaux, par leur couleurs pastels et leur abondant fleurissement.
Nous y apprîmes, le 14 août 1961, les premières phases de l'érection du mur de Berlin. Et mon idéal de réconciliation européenne en fût affecté.
Année 1961-1962 : Saint-Just-En-Chaussée, France
Nous montâmes cette opération, sous l'égide du responsable national, qui s'y investit lui même, à la fois pour faire connaître plus le Mouvement en terre de France ( Un chantier témoin...), et pour expérimenter in vivo quelques modes de fonctionnement visant à améliorer le système.Nous prîmes en charge la réfection du lieu d'accueil d'une association dont la vocation était de mettre un jardin du repos à la disposition d'aveugles handicapés – c'est à dire atteints par un double handicap –. Ce lieu était placé sous le double patronage de Valentin Haüy, natif de la ville, et de Louis Braille.
Nous avons organisé pendant l'année un dizaine de week-ends à Saint Just-en-Chaussée, dont deux partagés entre les travaux d'aménagement et une réflexion sur ce qui motivait les cadres du mouvement, aumôniers et chefs d'équipe, et ce que pourraient être de bonnes pratiques pour le management des chantiers d'été. Et aussi pour redéfinir si cela était possible la place des assistantes dans les équipes, la tendance venue des Flandres tendant à les enfermer dans les travaux ménagers ne correspondant pas tout à fait aux perspectives de certains d'entre nous sur la parité des engagements et la place des femmes dans une société d'égaux.
Nous vaquions à nos travaux de rénovation de l'habitat en écoutant Georges Brassens– les trompettes de la renommée – et Anne Sylvestre – les bâtisseurs de cathédrales [Dév 2] –. Les camions de peinture avait été acheté très très bon marché à un artisan local qui écoulait les surplus de ses propres chantiers. Les pièces étaient grandes, et pour utiliser au mieux les fournitures nous avions décidé de réhabiliter plusieurs d'entre elles en pratiquant soir l'art du camaïeu, soit les oppositions de couleurs complémentaires. Une des administratrices de l'association bénéficiaire, s'étant étonnée avec un peu d'agacement de nos tendances à la polychromie, s'entendit répondre par le pince-sans-rire de l'équipe ce n'est finalement pas très grave, c'est fait pour des aveugles...La jeunesse, même généreuse, est sans pitié !
Été 1962 : Panicarola, Umbria, Italia
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L'été 1962, je constituai une équipe qui se vit affecter un chantier en Italie rurale, sur les rives du lac Trasimène. Il s'agissait d'agrandir et aménager le presbytère de Panicarola sul Trasimeno. Le curé, Don Egidio Binacchiella, avait la corpulence de sa Fiat 500 dont il occupait pratiquement les deux sièges. Nous trouvâmes à l'étage des bombonnes de vin blanc bouchées à l'huile et au papier, dont nous crûmes qu'elles faisaient parti des ressources allouées à notre restauration ; en fait, c'était la réserve de vin de Messe. Ma première expérience de management à l'expatriation fût douloureusement formatrice. Il me fallût en effet plusieurs jours et un début de malaise respiratoire pour comprendre que les horaires importés d'Île de France étaient inadaptés au climat de l'Ombrie – pourquoi donner un tel nom à une région d'où l'ombre est absente ? – . Et pourquoi il convenait de travailler de préférence 5 h à 11 h, puis de 16 h à 20 h.... |
Quatre C B à Panicarola en 1962
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Beaucoup de maisons de l'agglomération étaient à la fois habitées et inachevées : le rez-de chaussée était protégé par le plancher du premier étage, cet étage ouvert à tous vents et le toit parfois partiellement réalisé. Dans la rue principale, une banderole vantait la promesse politique du centro-sinistra. Le chant grinçant des grenouilles, dans les roseaux des marais aux limites du quartier, rendaient les nuits peu récupératrices.Le ciel nocturne était un océan d'étoiles et les eaux du lac une plaine lunaire.
L'une des innovations de ce chantier fut le partage des tâches de terrassement et de maçonnerie par toute l'équipe, assistantes et surtout prêtre compris. Et aussi le passage en cuisine, par roulement, des garçons, source d'étonnements culinaires, d'expérimentations alimentaires, et de perfectionnement domestique.
L'autre fût que l'équipe de relève comptait quelques compagnons de la mienne qui continuaient sur place, et était encadrée par des amis qui avaient préparé avec l'encadrement de ma propre équipe ce chantier avant le déplacement ; l'idée était de garantir la bonne continuité des travaux, dans l'intérêt du bénéficiaire.
Je suis revenu à Panicarola quarante et une années plus tard, en 2003. Même si j'ai pu retrouver l'église, rien dans l'architecture des bâtiments qui la jouxtent ne me rappela quelque souvenir. Ou bien cette zone avait été reconstruite, ou bien ma mémoire des lieux s'était évaporée.
Année 1962-1963 : Dans l'organisation du mouvement
Le chantier de Saint-Just-en-Chaussée reprit à la rentrée scolaire. J'y participai jusqu'à la Toussaint, date de mon incorporation à Compiègne-Royallieu, où je me rendis directement depuis la maison des aveugles.
Mon service militaire me laissant du temps libre dans la journée à partir de mon affectation, début 1963, à la Base Aérienne 262, caserne Balard, je continuai à fréquenter le siège de l'association, pour préparer la campagne de l'été à venir, comme agent de planning, colleur d'enveloppes et gestionnaire de dossier.
J'entrepris aussi de développer de mon côté l'idée selon laquelle des équipes venues d'autres pays d'Europe pouvaient travailler en France, même si nos villes et nos campagnes n'étaient pas sinistrées au même point que d'autres territoires ayant plus souffert des destructions de la guerre. En particulier je m'intéressai sous cet angle à l'édification d'un nouveau lieu de culte dans un quartier décentré de Chelles, la ville où je résidais ; mais ce projet fût abandonné par le conseil de Paroisse, ce qui rendit inutile la poursuite de la réflexion.
C'est à cette époque que je rentrai au Conseil d'Administration de l'association française, adhérente à son tour de la fédération Cotravaux, afin d'y représenter les responsables d'équipe, en compagnie d'une représentante des assistantes, J*** H***, qui avait elle aussi été impliquée dans les opérations Saint-Just-en-Chaussée et Panicarola. Je n'ai gardé aucun souvenir précis des réunions éventuelles de ces instances. Il est même possible que je n'ai pu, pour des raisons d'emploi du temps, y participer.
Je m'y préparai à remplir une mission de contact direct avec les équipes françaises envoyées sur les chantiers à l'étranger pendant la saison 1964. Il s'agissait de seconder le directeur national en allant voir sur place, ainsi qu'il le faisait déjà lui-même :
- comment les équipes s'étaient intégrées à la collectivité locale qu'elles venaient aider de leur travail et soutenir par leur engagement ;
- si les conditions d'accueil et de travail étaient bien, de leur côté, conformes à la promesse faite par le bénéficiaire.
Un incident de santé m'empêcha à la dernière minute de remplir cette mission itinérante, à laquelle j'avais envisagé de consacrer mes congés d'été.
En octobre 1964, ayant commencé à travailler comme ingénieur d'essais à la Compagnie des Freins et Signaux Westinghouse, et attendant la naissance de ma fille aînée, je mis fin à ma collaboration avec le mouvement et le perdis de vue.
C'était le tour des plus jeunes. Deux de mes sœurs cadettes, elles, continuèrent quelques temps encore à participer à des chantiers.
Motivations et apports
Les motivations
Mon activité de Routier au sein du Scoutisme Français avait une dimension pédagogique et éducative, mais se vivait confinée dans les limites d'une Paroisse, même si les camps de Pâques ou d'Été apportaient un dépaysement. Nous restions dans un monde géographiquement un peu trop clos.Mon adhésion à La Vie Nouvelle [Réf 4] nourrissait mes préoccupations politiques – à travers la lecture de Citoyens 60 – et sociales, mais les apports demeuraient circonscrits à la sphère mentale. Un monde spirituellement un peu clos, lui aussi.
Le désir de voyager, de connaître un peu du dedans des cultures et des paysages différents ne pouvait se satisfaire de séjours dans le Pays de Caux, sur les pentes du Mont Donon ou au bord d'une rivière jurassienne.
Avoir, du fait du métier de famille, fait l'apprentissage, même partiel, de la charpenterie et de la menuiserie, et été employé comme aide sur divers chantiers de construction dans lesquels travaillait mon père, me libérait de la crainte d'avoir à me montrer par trop malhabile ou incompétent dans des activités d'artisan du bâtiment.
Enthousiasmé par l'idée Européenne, désireux de passer de la conviction idéale à la vérification par la pratique, et ayant envie de traverser les frontières, la participation à une activité caritative assurant en retour gîte et couvert ne pouvait que me séduire.
Cet activité me permettait aussi de me dégager temporairement d'une gangue parentale devenue paralysante , d'être temporairement libre sans révolte exagérée.
J'avais lu tellement de livres, regardé tant d'atlas...
Les apports
en cours de révisionLa prière du Compagnon Bâtisseur
Cette prière était rédigée en flamand, en allemand et en français, c'est à dire dans les trois langues officielles de la Belgique. L'imprimatur avait été donné le 14 juillet 1955 par le Vicaire Général de Bruges.
Format original du dyptique : 9 x 14
Les CB aujourd'hui
La commémoration du cinquantenaire
Le 12 février 2008, je reçus, par le biais de Copains d'Avant, ayant dans mon parcours pointé mon appartenance aux CB entre 1961 et 1964 – trois autres anciens s'en réclament aussi, trois femmes d'ailleurs –, un courrier d'Arnaud Loustalot :
Je suis chargé par l'association Compagnons bâtisseurs de la rédaction d'un ouvrage dans le cadre du cinquantenaire de l'association. Je souhaiterais vous poser quelques questions pour obtenir des compléments d'information, les archives ne disant pas tout. Seriez-vous d'accord pour échanger qq minutes sur vos souvenirs ? Serait-il possible que cet échange ait lieu par téléphone ? En vous remerciant par avance...
Je lui répondis le 28 février, et dans les jours qui suivirent, à l'occasion d'un long échange téléphonique, je lui fournis à Arnaud Loustalot réponse à ses questions :
- Dans quelles circonstances eût mieu ma rencontre avec les CB ?
- Quelle fût mon implication dans le mouvement ?
- Que pensai-je du fonctionnement interne du système ?
L'ouvrage édité par l' INJEP
Son titre : une solidarité en chantier, histoire des compagnons bâtisseurs. En vente à l'INJEP et aussi chez l'actuelle Association Nationale des CB ; 14 € + frais d'envoi.182 pages, illustrations, graphiques, liste de références externes et internes (200 pièces d'archive).Une réaction rapide
Ma réaction à chaud est une immense déception. Je ne sais pas quel était le cahier des charges imposé à l'auteur, et je ne peux que penser qu'il a eu à cœur d'y répondre, mais l'ouvrage ne répond pas, pour moi, à la promesse du titre.Je ne voudrais pas qu'il prenne les remarques qui suivent comme à lui destinées. Elles le sont au commanditaire, qui a choisi de réduire un mouvement authentiquement personnaliste, du moins à ses débuts, à un épisode associatif piloté dans l'ombre par des éminences grises. Elles ne le sont pas à l'universitaire qui a exécuté le contrat au mieux de ses compétences et de sa liberté d'action.
Là où nous avions mis de la sueur, je retrouve des statistiques.
Là où nous avions mis de l'engagement, je retrouve des chronologies sans âme.
Là où nous avions mis de la débrouillardise fraternelle, je retrouve une matrice organisationnelle,
Là où nous avions mis de la foi, je retrouve des textes règlementaires.
Les seuls trois témoins longuement cités – ils occupent vingt pages à eux trois – , et dont les discours sont répercutés, sont des notables institutionnels. Leur langage convenu, moulé dans le vocabulaire des documents socio-éducatifs, ne porte ni enthousiasme altruiste ni même compréhension de la vie intime d'une équipe. La froideur compassée d'une dissection sociologique.
Exit le Corps Social. Place aux Administrateurs.
Pourtant, il était possible de donner la parole à des CB ayant manié la pelle et la truelle , participé à des feux de camp avec les voisins du chantier, épluché les légumes du pot au feu collectif.
D'ailleurs, si j'ai bien compris, certaines et certains se sont, des dizaines d'années plus tard, prêté au jeu de la mémoire. Ont préparé un échange, recherché des traces, fourni des informations de première main. Ils n'ont droit à aucun remerciement : seule l'association, le comité de rédaction et la maquettiste sont honorés d'une brève mention – service minimum – en page de garde
Je ne peux témoigner que des années 1961 à 1964 de l'aventure. Le travail concret fait à l'époque en France pour adapter le souffle initial aux particularités du monde étudiant, principal fournisseur de temps disponible, aux attentes de jeunes femmes et de jeunes hommes qui voulaient voir s'instaurer des pratiques de coopération plus proches des valeurs évangéliques – dans l'esprit en effet de Vie Nouvelle, dont j'étais adhérent – , mettre fin à certains élitismes injustes – l'aumônier dit la Messe et le Bénédicité, les garçons font du mortier et des murs, et les assistantes font le ménage et la cuisine – est non pas critiqué, mais passé sous silence.
Page 31, est évoqué, sans plus, un stage organisé pendant les vacances de Pâques 1962. Où, avec qui, comment ? Pourquoi ce chantier exceptionnel, quels étaient les enjeux, quels ont été les échanges, quelles furent les suites…Pas un mot.
Je n'ai même pas retrouvé le nom du responsable opérationnel de la branche française. Peut-être a-t-il demandé la discrétion ? Mais cet homme, C***G***, a consacré, vu des CB de l'époque, plus de temps, d'ardeur, d'imagination au démarrage de l'activité que le président du conseil d'administration, inconnu des troupes et absent des chantiers, au moins de ceux que j'ai fréquentés ou animés.
Bref, en attendant une lecture critique plus fouillée, voilà ma réaction : un document froid, centré sur les textes et les préoccupations des hautes sphères de la réflexion sociale, privé de la touche de vie que pouvaient apporter les témoignages de celles et ceux des anciens CB qui ont, à l'époque, retroussé leurs manches et voulu modestement construire, dans leur minuscule sphère d'influence, une autre Europe.
Le premier paragraphe contient cette phrase : Quant à la mémoire orale, elle fait défaut…
Non, elle existe, cette mémoire orale, même amenuisée par le temps et les décalages entre qui nous pensions pouvoir être il y a quarante ans et qui nous sommes devenus.
Mais les lambeaux de souvenirs recueillis ont été noyés dans les archives survivantes, que ce livre a au moins l'avantage de nous restituer, et surtout dans les déclarations des officiels d'un mouvement dont la force ne venait pas d'eux et résidait ailleurs qu'en eux.
[Réf *] Ces deux clichés m'ont été confiés par ma sœur cadette, Marie-Cécile P***. Le compagnon à la brouette travaillait l'été 1966 en Allemagne, entre Wursbourg et Nuremberg. Les assistantes cheminant entre les parpaings ont été surprises occupées à transporter la collation du matin en 1965 en Allemagne, à Scheinfeld.
[Réf 1] A propos de croix, ne pas oublier de lire le petit précis la croix occitane, de Bertran de La Farge, éditions Loubatières, ISBN 2-86266-330-1
[Dév 2]
La chanteuse et poète hélas un peu confidentielle
Anne Sylvestre, alias Anne Beugras usa de cette référence médiévale et architecturale. Reste pour moi à comprendre en
quoi ses textes eurent, ont en moi une résonnance toute particulière, comme ceux de sa fille spirituelle
Michèle Bernard...
Ce qui suit, je le goûtai dès l'hiver 1961, grésillé d'un 45 tours ...
Ô bâtisseur de cathédrales,
D'il y a tellement d'années
Tu créais avec des étoiles
Des vitraux hallucinés.
Flammes vives
Tes ogives
S'envolaient au ciel léger
Et j'écoute
Sous tes voûtes
L'écho de pas inchangé.
Mais toujours à tes côtés,
Un gars à la tête un peu folle
N'arrêtait pas de chanter,
En jouant sur sa mandole.
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Pendant la deuxième guerre mondiale, le château fut presque complètement détruit. Les soldats russes voulurent brûler le baron avec le château, ce qui pût être empêché : la légende raconte que les incendiaires se laissèrent détourner de leur projet par une montre de gousset de valeur. La princesse, toujours maladive, qui à l'inverse de son mari n'avait jamais été populaire à Johnsdorf, fut, comme sa fille, victime de la guerre. En l'espace de quatre jours, Döry von jobaharz perdit sa femme (le 22 avril 1945), sa fille (le 25 avril 1945) ainsi que son château, dont il ne resta plus qu'une partie des fondations et des pans de murs.
Après sa mort les Salésiens de Don Bosco héritèrent de la propriété. Durant 15 ans environ, ils ne surent qu'en faire. Puis ils l'aménagèrent en centre de formation. Des groupes vinrent du monde entier dans cette maison pour y faire retraite et y accomplir des exercices spirituels. Des formations, des séminaires et beaucoup d'autres activités y eurent lieu. Même des groupes d'écoliers de toute l'Autriche vinrent ici pour passer quelques jours. Dans le château une chapelle fut aussi aménagée, où les gens de la commune et beaucoup de gens des localités voisines se réunissaient pour la messe dominicale. |
Crédits : texte publié sur le site de la commune de Jonhsdorf-Brunn, traduction de Claude Guébin.

