péripéties
Le CV fatal auquel les recruteurs ont échappé…
Le dilemme dont je veux me dépêtrer en proposant cette seconde version peut être décrit
ainsi : comment donner sur mon itinéraire personnel des
informations :
- assez riches pour éclairer l’apparente dispersion mentale qui se dégage de la variété de mes centres d’intérêt ;
- assez réduites pour ne pas lasser par l’excès des détails ou la profusion des situations relatées.
La banalité des origines
Jean-Pierre DESTHUILLlERS est né natif de Versailles fin 1939. Balance ascendant Gémaux...Fils ainé d'un menuisier-ébéniste et d'une institutrice, petit-fils d'un menuisier-charpentier et d'une ménagère logés banlieue est, et d'un horloger et d'une bijoutière installés banlieue ouest.Il s'est retrouvé, pour des circonstances indépendantes de sa volonté, l'aîné de sept enfants.La précocité mal exploitée
L'exode est son premier grand voyage et la banlieue en temps de guerre son école maternelle. Après des études par correspondance au cours Hattemer en alternance avec la vie de l'atelier de menuiserie et le désherbage-dédoryphorage dans les jardins du quartier, il entre, avant même d'avoir soufflé ses neuf bougies, en classe de sixième dans une école
paroissiale de banlieue et de filles -ou il fréquente Jacques Higelin, autre accidenté de la route scolaire, qui lui souffle le prix de bonne camaraderie-. Il continue des études latin-grec au Collège Albert de Mun -où il rencontre Mgr Roncalli, le futur Jean XXIII, qui lui apporte le sacrement de la Confirmation -, usine éducative dont il se fait exclure, en dépit de résultats scolaires plus qu' honorables, pour incompatibilité d'humeur avec la pédagogie des bons pères, préférant l'observation in vitro (enfin, in mensa) des escargots à celle du règlement de la chapelle, et trouvant sa version personnelle du Souvenez-vous bien plus incitative à la prière que la version officielle.
Il part dans la banlieue de Combourg redoubler sa classe de 4° et se préparer au Certif' et au Brevet Élémentaire à l'École du Gai Savoir de Michel Bouts, auquel il rendra hommage cinquante ans plus tard en préfaçant son roman posthume Sang Breton.
Il reprend des études secondaires comme interne-boursier au Lycée de Meaux - où il côtoie Lionel Jospin, mais est trop allergique au basket-ball pour trouver terrain d'entente avec lui-, abandonnant en cours de route le latin et obtenant de justesse la mention passable au baccalauréat série moderne, pour avoir annihilé l'effet positif de son 18/20 en dissertation française par une interprétation par trop délirante et engagée d'un texte de Victor Hugo à l'oral, aggravée par un mutisme un peu trop prononcé en histoire contemporaine.
Il obtient l'année suivante au repêchage de septembre son bac math-élem, et est admis, dès le lendemain, au bénéfice de son jeune âge, en hypotaupe Lycée Henri IV. Il y fête ses dix-sept ans, y découvre qu'il n'est plus le plus jeune de sa classe, et qu'à cinquante bizuts fini l'amateurisme. Il fournit son effort, passe en taupe, est en 3/2 admissible à de prestigieux concours, dont celui des Mines ; il gâche ses chances à l'oral, redouble avec en prime l'insigne honneur de la fonction de Z de taupe, néglige la géométrie analytique au profit de l'algèbre linéaire (ah, le zèbre linéaire !) et les orbitales délocalisées au profit d'Arthur Rimbaud, et obtient de ce fait des résultats inférieurs à ceux de l'année précédente.
Les études et les expériences parallèles concurrentes
Étudiant dans une
École Nationale d'ingénieur encore confidentielle, intégrée dans les tous premiers et diplômé dans
les tous derniers, il compense son juste-ce-qu'il-faut scolaire en
s’engageant dans des activités syndicales à l'UGE,
éducatrices au sein du mouvement Scouts de France, de témoignage dans
l'association La Vie Nouvelle, culturelles en faisant fonctionner un
Ciné-Club, et européennes comme responsable de chantiers de Compagnons
Bâtisseurs. Avec tout de même, réaction de survie, un zeste de mécanique du vol et un souffle d'aérodynamique pour survivre en bonne entente avec le corps professoral.
Président de l'association des élèves, il engage avec la direction une épreuve de force sur le recadrage des fantaisies docimologiques de certains enseignants-examinateurs au profit des élèves militaires, ce qui lui vaut l'estime de ses camarades civils mais corrélativement le handicap d'une note de discipline générale dans les tréfonds du quartile inférieur, et quelques représailles lors des examens de sortie.
Les premières tentatives d'accomplissement professionnel
Ingénieur de constructions aéronautiques, et ancien élève de l'Institut de droit appliqué, il entre en 1964, après avoir passé deux ans sur des problèmes de mécanique du vol résolus de manière peu orthodoxe mais sans erreurs, dans une entreprise centenaire d'électromécanique pour y mettre au point des équipements de freinage ferroviaire, déposant à cette occasion des brevets d'invention, et y effectuant des recherches en fluidique, en normalisation des schémas et en méthodologie de la mesure.Il y découvre la globalité, technologique, mais aussi économique et humaine, du métier d'ingénieur.
Il lance avec deux complices et co-anime la création d'un réseau de jeunes ingés, transverse à l'entreprise, soucieux de développer le management par les objectifs, la coopération décloisonnante et directe entre les services, la formation permanente et la solidarité avec les collaborateurs d'autres origines et statuts, et surtout la remise en question constructive de l'ordre établi. Donc en se dotant, vu de la direction générale, d'une image teintée de nuances subversives qui lui vaut quelques mutations dans des postes à risque source d'enrichissement d'expérience.
L'impact des premières déceptions
Déçu par le conformisme
corporatiste des métiers trop strictement technologiques, il s'oriente
en 1967 vers le métier d'ingénieur systémicien :
construction de structures informatives et humaines optimisant l’emploi
de process impliquant machines asservies et opérateurs autonomes.Mai 1968 le retrouve délégué des cadres dans les discussions avec la Direction Générale de l'entreprise, et le pousse à abandonner au dernier moment un poste de chercheur dans un laboratoire de haut niveau pour prendre en charge pendant plusieurs années l'organisation et les services généraux au sein d'une entité technico-commerciale voulant renouveler ses méthodes et surtout sa gouvernance.
Il conduit ensuite des expériences d'informatique industrielle, de contrôle de gestion, de modélisation de dispositifs commerciaux et d'après-vente, et d'analyse de systèmes dans une société célèbre pour sa contribution à la déforestation, puisque qu'ayant inventé la machine à faire une photocopie par seconde.
La sortie d'une première fausse piste
Mal à l'aise dans le monde artificiel du commerce à l'anglo-saxonne, et peu habile dans l'art de ménager les hauts d'organigrammes, licencié par une Régie Nationale sur rapport des Renseignements Généraux pour avoir conservé sur son lieu de résidence des engagements politiques jugés à l'époque exagérément libertaires, il obtient tout de même en 1976, après une période de chômage, de prendre la responsabilité de créer et diriger un département monétique et péage dans une société privée concessionnaire d'un service public.Il y introduit et diffuse des principes de transparence dans les relations avec les clients, de confiance contractuelle pour le management d'une structure complexe -un millier de personnes- et géographiquement dispersée -une cinquantaine d'implantations réparties sur plusieurs régions-, et d'interconnectivité entre sociétés concessionnaires pour faciliter la vie quotidienne des usagers qu'il s'obstine à considérer comme des clients.
Le refus de s'incruster dans une pseudo-sinécure
Début 1986, il quitte une carrière de cadre dirigeant dans laquelle il craint de s'endormir, entre ses deux secrétaires, l'une à Paris, l'autre en Province, au sein douillet de son état-major et, plus risqué, au volant de sa voiture de fonction, et se met sur le marché du travail comme consultant vacataire.Après un second apprentissage, il devient conseiller d'entreprises, centré sur la sociodynamique des relations et l’innovation pédagogique, puis associé à hauteur de 200 KF d’un cabinet de conseil d’implantation mondiale. Il y conçoit et réalise des interventions de formation, d'assistance en méthodologie individuelle et collective, et en progrès des organisations.Il apporte aux équipes de consultants la preuve que la formation ne tue pas le conseil, ni intellectuellement ni économiquement, et qu'un vieux est capable de modernité, voire d'avant-gardisme.
Il y imagine et formalise des dispositifs pédagogiques et de développement personnel, créant un Département à la mesure de ses principes et de ses pratiques ; il y jette les bases de politiques et procédures visant à optimiser en interne la gestion des connaissances, le retour et la capitalisation des expériences, l'application au conseil de la partie positive des thèses de la qualité globale.
Le sursaut éthique et la prise de risque
Ayant pris conscience des aspects aliénants d'un mode de fonctionnement qui consiste à exploiter la force de travail de jeunes diplômés et la crainte des seniors de perdre statut et revenus, et abandonnant l'idée de sauver des victimes consentantes, il délaisse en 1992 la protection de la grande structure pour prendre le risque de créer une micro-entreprise, f oo rm e consultants.L'idée directrice est de confier à chaque consultant l'intégralité des actions de conseil, de la prospection à la réalisation et au suivi, les équipes éventuelles étant des associations d'égaux, et chaque consultant rémunéré sur la base de sa valeur ajoutée.
Il imagine et développe les concepts de l'analyse situationnelle et des réseaux de coactivité, et il diffuse dans l’Europe francophone les méthodes de l’expression graphorale et de la pédagogie orientée objets. Il intervient dans divers services publics, dont la SNCF, où il passe un millier de journées, l’Éducation Nationale –interventions au Plan National de Formation, initialisation de l’action « Doctoriales »-, et est un temps expert en stratégie (Jeu de Go) auprès de clubs pour le progrès du management crées par le CNPF.
L'effet de la lassitude face à l'hypocrisie des TGE
Fin 1999, tirant des leçons de la manière dont les Très Grandes Entreprises maltraitent la main d'œuvre hautement qualifiée tant interne qu'externe — ce qui ne veut surtout pas dire qu'il aurait observé qu'elles traitassent les mieux le reste de leur corps social, généralement harcelé, méprisé, chosifié — , et l'ancienneté de ses premières cotisations aux caisses de retraite le lui facilitant, il décide de cesser son activité salariée, pour passer à une phase de récapitulation de sa propre expérience, de décantation des acquis, dans la perspective d'en valoriser et transmettre la partie éventuellement récupérable.[1]Perdant, en hexagonal standard.

