Le cadre, de juin 1968 à septembre 1975



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Trois expériences en alternance : hiérarchique / fonctionnel / hiérarchique

Il me fallut sept ans pour passer du métier d'ingénieur à celui de dirigeant.
Je dus apprendre à la fois les techniques de gestion générale, applicables à toutes ressources et à tout projet, et me former par la pratique à la direction des hommes (et des femmes...) . La découverte, parfois douloureuse, des différences intimes entre l'esprit associatif et la mentalité des travailleurs, quelles que soient leurs qualifications et leurs compétences professionnelles, quels que soient leur niveau de responsabilité et leur milieu social, me suggéra d'éviter de copier des modèles et d'accepter d'user d'un style qui convienne autant à ma propre personnalité qu'à la culture de l'entreprise hôte.

C'est ainsi que, exploitant des opportunités plus qu'en application d'un plan de carrière raisonné, je vécus trois aventures industrielles différentes :

Au service général des freinistes : ma vie à la CFSW, acte II

Métamorphose d'un PII en PIIIA

Mai 1968 me trouva donc en position ambiguë : à la fois sur le départ et très impliqué dans cette tentative colorée et insolite de prise de recul par rapport à des pratiques professionnelles que j’aspirais à voir évoluer.

Pendant la période de suspension d’activité, je fus investi, avec trois autres, de la mission de représenter les cadres de l’entreprise auprès de la Direction Générale. Je n’avais jamais eu l’occasion d’en apprendre tant, en quelques jours, sur le fonctionnement global d’une entreprise multinationale. Et je découvris à cette occasion que les modes de management que nous avions, quelques autres et moi, découverts par tâtonnement expérimental étaient fort bien décrits dans des manuels rédigés au sein de la maison mère…et restés en diffusion confidentielle.

Ce fut José L*** qui, persévérant dans ses vues, obtint que ma démission soit considérée comme périmée du fait des circonstances (Mai 1968 fut un Cygne noir dans pas mal de destins individuels), et me fit rejoindre le Département des Equipement Automobiles, comme responsable de l’organisation.
La fluidique ayant perdu assez rapidement la compétition qui l’opposa à l’association [commandes électropneumatiques + ordinateurs], je n’eus pas à regretter cette décision. A moins que…

Une seconde carrière commença. Je commençai par m’initier aux charmes de la Business Review, et par piloter l’intégration dans Freinville des services qui migraient depuis la rue de la Paix. Assez vite, ma production écrite demandant l’assistance minutieuse d’une professionnelle, Chrystel D*** vint installer son bureau face au mien.

Après quelques mois de travail comme chargé de mission d'organisation, apprenant ainsi les diverses activités du DEA -Département des Equipements Automobile -, entité concevant et commercialisant des systèmes de freinage et d’assistance pneumatiques pour les poids lourds et les véhicules agricoles, la fabrication étant sous-traitée à des centres de production soit internes, soit externes, je fus intronisé assistant de direction.  Je pris en charge la responsabilité de ce qui fut nommé, de manière neutre, Services Généraux. En bref, tout ce qui n’était pas incontournablement technique ou fondamentalement commercial.

Je siégeai alors au comité de Direction du Département, dirigé par Pierre-Louis M***, aux côtés du Directeur Commercial, et du Directeur Technique, José L***.
Mon impression – mais d’autres peuvent penser autrement - est que nous fîmes ensemble du bon travail.

Ma propre équipe m’apporta beaucoup de satisfactions dans ce domaine. La fidélité de Chrystel D*** et sa capacité à discuter avec réalisme des plus farfelues de mes initiatives me fut précieuse. Je ne peux oublier d’autres figures, qu’il s’agisse d’anciens de l’entreprise apportant avec confiance leurs retours d’expérience, ou de nouveaux venus parfois dérangeants mais toujours obstinément constructifs.

En 1971, une nouvelle organisation de l’entreprise, visant à la filialisation des trois activités principales, Ferroviaire, Automobile et Industrielle, destinées à terme à devenir Sociétés de plein droit, nous fût proposée. J’y participai en faisant de la transmission d’expérience, mais fis jouer une clause de réserve morale, estimant que la décision prise au sujet du choix du patron de l’entité Automobile, si honorable et compétent fût-il par ailleurs à titre personnel, ne correspondait pas assez à mes propres attentes en matière de style de management. Je quittai courant 1972 Westinghouse, pour devenir contrôleur de gestion chez Rank Xérox France.

Les activités du chef des Services Généraux


Mes missions, telles que je les avais définies en accord avec P***.L***.M***., mon directeur, occupaient les interstices subsistant entre, d'une part, celles du chef des services commerciaux et du chef des services techniques et de distribution réunis, et d'autre part ce qui était nécessaire pour le bon fonctionnement du département.

A  titre hiérarchique, diriger :

A titre fonctionnel, avec le soutien d’une secrétaire-assistante, être responsable de l'organisation d'ensemble du département et de la bonne gestion de ses ressources, et plus particulièrement :

Mes principales réalisations furent :

Rank Xerox France : au aguets des photocopistes

Alors que je recherchais une activité de chef de projet informatique, une candidature déposée à la Cie des Machines Bull arriva sur le bureau d'un cadre de Rank Xerox France, B*** D***, qui venait de convaincre son DAF de créer au sein de l'entreprise une unité spécifique de contrôle de gestion, distincte de la comptabilité et de l'audit interne.
Il cherchait un ingénieur [1 img] pour couvrir le domaine des services dits techniques, en fait les techniciens d'après-vente, en charge de l'entretien et du dépannage des machines. RXF, entité d'environ trois mille personnes, était en effet loueur de photocopieuses et ...vendeur de papier.

Ma mission, telles qu'elles m'avaient été assignées, consistaient à être responsable du contrôle de la gestion de l'ensemble des services d'après-vente (600 techniciens répartis entre quinze succursales) et d'une  des trois régions commerciales ( cinq succursales sur l'axe Paris / Lyon / Marseille ).

En particulier il me fallait :

Simultanément, j'eus, pour l'ensemble du service, à :

Mes principales réalisations furent :

Bernard Moteurs : au renouveau des motoristes

Texte





[1] Suite à notre entretien, il adressa à son directeur le courrier interne çi-après. Pour des raisons naturelles de discrétion, et bien que depuis trente-sept ans l'eau de la Seine ait coulé sous le pont Mirabeau, j'ai blanchi les noms du signataire, du destinataire, et de la dactylographe.

Je rencontrai M. R*** quelques jours plus tard, et reçus le 17 février une offre d'engagement, comme analyste de gestion, aux appointements annuels de 65 520 F, avec prise de fonction le 4 avril. Les affaires étaient rapidement traitées à cette époque...

L'annonce à laquelle il est fait référence dans ce mémo interne est reproduite ici.



L'allusion à mes opinions politiques venait probablement du fait que j'avais déclaré que pour moi l'activité d'un contrôleur de gestion se devait de relever plus du préventif que du répressif, de la formation que de la contrainte, et qu'il convenait d'associer les contrôlés aux processus d'élaboration des méthodes d'analyse et aux opérations de contrôle, en visant à développer les attitudes et les outils d'auto-contrôle.
Peut-être avais-je même évoqué des horizons auto-gestionnaires - j'avais lu les actes du congrès 1970 de la CFDT, et ceux du 7° congrès du PSU - ?