na†ures mor†es
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Kraagdoos en Lutherbijbel
Trompe-l'œil par Henk Renting Exposé à Orvelte, Nederland |
Le concept même de
nature morte est doublement paradoxal. Tout tableau, quel qu'en soit le sujet, fige dans une immobilité de mort une image. Le cinématographe lui même ne procède que par enchaînement de vues fixes... Au sens métaphorique, au contraire, toute représentation artistique insuffle vie et mouvement à ce qui ne serait, sans la vigueur créatrice de l'artiste et la connivence de l'amateur, que plages et traits de couleur immobiles fixés sur un support. L'art de la nature morte associe deux savoir-faire :
Les grecs avaient inventé les mots de rhopographie et de rhyparographie. Giorgio Vasari parlait en 1550 de cosi naturali. Le mot nature morte daterait des années 1750. Les Vanité(s) sont des natures mortes particulières, puisqu'évocant par le recours à divers symboles notre destin mortel. |
Galerie de natures mortes Pierre lisse et peau rèche Algue sèche Givre en Beauce barbelée Aigle en hématite et craie Tirefonds sur fond de macadam Seize douzaines d'oiseaux de porcelaine Mappemonde de rouille portuaire Tissage de fers à béton Grillage fenestrant Stalactites éphémères |
Pierre lisse et peau rèche
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Cette composition associe : -une peau de mouton d'origine écossaise, retournée pour montrer la face tannée et permettre à la laine de s'écraser de manière différentielle sous les masses supportées ; -un galet de grès découvert sous une falaise du pays de Caux ; ce galet mesurait trente centimètres dans sa plus grande dimension, et associait deux volumes : un ellipsoïde de révolution et une haltère cintrée. Les deux objets avaient des couleurs proches, mais une matière différente ; opposition du lisse un peu rèche et du grenu un peu poli. La peau s'est déformée en encaissant le champ gravitationnel du galet, dont la masse dépassait dix kilogrammes, d'où le système de plis. |
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Algue sèche
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Le sujet initial était plus petit que l'image : l'algue mauve et ocre située horizontalement ne mesurait pas plus de deux à trois centimètres.
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Givre en Beauce barbelée
| C'est l'hiver 1976 que les propriétés des brouillard givrants ont été expérimentalement approfondies par les techniciens de la société Cofiroute. Ce barbelé de clôture est revêtu de sa gangue de glace, dont l'organisation traduit celle du support : le point bas de chaque torsade a engendré une stalactite orientée par le vent dominante, et le barbillon en a suscité une autre plus longue. barbillon. Le bleu du ciel est glacial. |
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Aigle en hématite et craie
| Il y a de l'hématite dans les falaises du pays de Caux. Sous forme de concrétions dont la forme sphérique et l'organisation cristallographique rayonnante – une fois brisées les pseudo-sphères cette structure se révèle à nos yeux éblouis – sont remarquables. Sous forme aussi de dépôts inclus dans les lits de marne et de silex. Les eaux de ruissellement chargées d'oxyde de fer déposent leurs traces sur la craie. Et ces coulures naturelles colorent la page blanche et poreuse : ainsi naissent ces maculations oniriques, tel cet aigle prenant son vol au dessus des tempêtes, oiseau insolite dans le troupeau des mouettes. |
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Tirefonds sur fond de macadam
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J'ai répéré ce tas de tirefonds en bordure d'une voie ferrée désaffectée, en cours de démontage, sur la commune de Solers à l'est de Coubert. Les tirefonds étaient rangés sur le chemin de service macadamisé qui longeait le ballast. Le tirefond est l'élément qui fixe à la traverse de bois le talon du rail. Pour éviter que les cantonniers ne l'assujettissent à la parisienne – méthode consistant à enfoncer les vis au marteau – la tête des tirefonds est ornée d'un motif qui se déforme sous la masse et révèle ainsi la traîtrise de l'opérateur...–. Comme chacun sait, une chaussée macadamisée n'est pas revêtue d'enrobés bitumineux – tar-macadam –, mais elle est empierrée avec des composants de granulométrie décroissante et tassés pour qu'ils soient mécaniquement verrouillés. |
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Seize douzaines d'oiseaux de porcelaine
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Cette photographie |
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Mappemonde de rouille portuaire
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Cette photographie est un souvenir d'un voyage à l'ile de la Toja, près de Vigo. La coque rouillée d'un tanker mal entretenu s'écaillait par endroits. Voilà une de ces écailles, se détachant sur un fonds improvisé, autre récupération d'une épave trouvée sur le quai. |
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Tissage de fers à béton
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Cette photographie |
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Fenêtres grillagées
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Est-ce à Venise ou Marrakech ? Est-ce à Porto ou bien Florence ? |
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Clôture givrée
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L'hiver en Beauce est souvent rigoureux. Les brouillards givrants, au petit matin, envahissent les clôtures. Et dans la lumière du jour enfin levé, elles prennent cet aspect à la fois figé et cristallin. La goutte qui perlait au milieu de la maille s'est immobilisée, stalactite éphémère. |
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Une authentique nature morte naît le jour où un peintre prend la décision fondamentale de choisir comme sujet et d'organiser en une entité plastique un groupe d'objets. Qu'en fonction du temps et du milieu où il travaille, il les charge de toutes sortes d'allusions spirituelles, ne change rien à son profond dessein d'artiste : celui de nous imposer son émotion poétique devant la beauté qu'il a entrevue dans ces objets et leur assemblage.
Charles Sterling, in La nature morte de l'antiquité à nos jours, éditions Pierre Tisne, 1959
(représentation de menus objets)
(représentation d'objets vils)

