Sculpture d'eau
Cette maquette, réalisée par immersion de tomettes carrées _ et brun-rouge, comme il se doit – dans le lit d'un filet d'eau, date de 1968. Elle a été imaginée lors d'un atelier modelage et maquettes que j'ai fréquenté en août de cette année là au chateau de Chapeau-Cornu, aux Ateliers des Trois Soleils. Le ruisselet, qui était le déversoir de la pièce d'eau centrale, elle même alimentée par une source, était canalisé, de faible profondeur. Son ouverture était de plus pilotée par une varaigne, ce qui permettait le réglage du débit d'eau. En modifiant la distance séparant les tomettes, il était alors possible d'agir sur l'écoulement de l'eau, donc sur le dessin des tourbillons. Donc de devenir, le temps d'une soirée d'été, le sculpteur d'eaux au sens propre, et non plus métaphorique. Le règlage correspondant à cette photographie équivaut à réaliser un pavage régulier à joints larges puis à retirer une tomette sur deux en quinconce. |
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A partir de la photographie, je réalisai une maquette plane en papier Canson de couleur, par découpage et superposition de quatre couches sur un fond jaune pâle : -les carrés des tomettes en orange -trois tracés de lignes d'eau en trois nuances de gris-bleuté, de formes successivement décagonale, puis octogonale. Il est possible que ce soit le désir de compenser l'absence de visibilité des lignes de courant qui m'a conduit à les faire apparaître sur ce montage. A noter que si des techniques existent qui permettent de les visualiser, en bassin ou en soufflerie, elles se voient peu dans la nature. Un dessin comme le nageur aveugle, de Max Ernst, [1] semble relever d'une cérébralisation picturale plus que de l'observation d'un phénomène naturel. |
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Cette maquette plane ayant été photographiée à son tour, je construisis un cube de 7 cm d'arête sur lequel j'en assemblai six tirages. Sur huit des arêtes les motifs de ce papier peint furent aisés à raccorder. Sur les quatre autres, il me fallut me contenter d'un faux raccord. L'illustration donnée en marge a été obtenue en scannant le cube. D'où le disque central, image de la fixation sur la vitre du scanner... |
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[1]
J'ai découvert ce dessin en illustration à un article d'Armand Petitjean, Exode de l'Occident, dans le n° d'automne 1981 de CoEvolution.
En fait, le dessin en question a été réalisé par frottage, et ce qui est assimilé aux lignes de courant est très probablement le fil d'un bois (fil de l'eau, fil de bois...). C'est donc le lien entre l'œuvre et son titre qui est l'objet de ma remarque ; l'œuvre a une origine naturelle, mais pas aquatique. Ma
source parle ainsi :
Mettant
en pratique le principe du Manifeste du surréalisme selon lequel tout
est bon pour obtenir la «soudaineté désirable», il est à l'affût de
nouvelles techniques graphiques permettant de «forcer l'inspiration».
C'est alors qu'il met au point la technique dite du frottage
(équivalent graphique de l'écriture automatique en poésie), qui lui
permet de transgresser d'une façon singulière la banalité et le
quotidien en explorant l'inconscient à travers les thèmes du cosmos,
des oiseaux, de l'amour et du vent. Ernst avait inventé cette technique
en août de l'année précédente, dans une auberge de Pornic : l'œil
attiré par les rainures du plancher, il y avait posé au hasard des
feuilles de papier et les avait frottées à la mine de plomb. Il avait
ensuite exploré toutes sortes de matières - des feuilles d'arbres et
leurs nervures, de la toile de sac, des cannelures de chaise, etc. -
puis il avait complété le dessin au crayon, révélant un monde
fantasmagorique surgi en partie du hasard, en partie de l'inconscient.

