Alain Castets, poète et éditeur

C'est le 10 novembre 2001 que j'ai fait connaissance effective avec Alain Castets, que j'avais pu lire antérieurement dans diverses revues. Il s'agissait de construire, sous le nom de Clarté-Poésie, un comité de liaison :
Une communauté de vues sur la nécessaire clarté du système éditorial, et sur la tromperie médiatique de thuriféraires trop opportunistes d'une forme particulière de recherche langagière, érigée en référence universelle du nouveau bon goût poétique, et qui fut identifiée sous la désignation parodique et novlinguistique de novpoésie , nous réunit d'abord.
Ensuite, nous avons progressivement pris conscience de l'existence entre nous d'une convergence de pensée sur le rôle du poète, modeste intermédiaire entre
C'est ainsi que nous participâmes ensemble au Théatre Molière, à l'occasion des fêtes du centenaire de la S. P. F. , invités par Isabelle Normand , à un débat public sur le thème de l'engagement du poète.

Je me suis personnellement impliqué, soutenu par l'enthousiasme communicatif d' Alain Castets, dans l'aventure Clarté-Poésie, qui, même si elle n'a pas eu, du fait des circonstances, les suites institutionnelles désirées par ses fondateurs et sympathisants, demeure une idée de progrès qui n'a rien de dépassé ni de ridicule à ce jour.
Je mettrai sur ce site, à disposition de qui voudra les reprendre, les résultats des travaux des poètes qui s'y sont mis à l'oeuvre. Ils appartiennent à tous, n'ayant pas été réalisés pour une élite, une faction ou une école

Alain Castets m'a fait l'amitié de me confier des textes inédits, et récents, pour publication sur adamanatane.net. Je l'en remercie.

Chants du Paradis

Chant huit : Le ciel étoilé

Val Varaita, Frassino,
cinq heures du matin, août 2004


Je bois à la fréquentation de la nuit aux flambées de lune
Aux ombres du poème écartant le noir 
Ailleurs des ghettos flambent
Des mots sont jetés en cellules
Un doigt de vent attise une histoire
La vie n’est pas si simple, il y a  deux labyrinthes.
Toi qui t’en es bien sorti de la monstre galerie
Ne chante plus en exil moderne ou ancien.  

Je bois la nuit du son inaugural, j’ausculte…
L’écho big-bang d’un diapason me tient sur un fil
Comme un animal trouble-fête 
Avec un revenant dans ma tête
Et dans la guérison de la nuit, un grillon exulte
 
Le chant du grillon noir comme il lime et râpe
La loi d’argile où tout est cime d’amour 
Ainsi l’entendit Orphée ébloui au même pur
Rimant en son cœur la note-infini et la note-origine
Qui font l’âme au chant. Don. Figure. 

De l’un au tout je vois l’imprévisible lien qui plane
Pose en ses deux notes les saisons les lieux les formes
Le bien des jours et des nuits sur le sort du monde et sur mon front
Et toi nuit parfaite du vers luisant dans les forêts du doute que les masques de la route endorment
De quel tréfonds surgiras-tu apparition ? 

étendards de paix des foules transparentes
Une autre nuit remonte avec la pose innée des nudités
La souveraine nuit des temps glisse un désir de rose immortelle à mon ventre
Je fume à genoux sur sa courbe
Sa fente aux mille trains de beauté
Milliards de vers luisants balisant l’univers oh quel orchestre au-dessus quelles villes 
Au départ de leur fièvre, entre !

Un grand travail au noir défait les remparts l’horizon
Poème au noir
Qui grave et rime
La loi d’argile où tout est cime d’amour
Avec ses outils son bazar ses nus anonymes
Et tandis que frémissent les mots les forêts les monts sur mes deux notes
S’ouvre au labeur de l’amour toujours invisible au jour
Comme au chant du grillon le champ d’étoiles

Le ciel intérieur étoilé



Chant neuf : Beau temps de beauté ivre

Val Varaita, Frassino,
sept heures du matin, août 2004



Tu dors sur un quai troublé par tes malles
Dorant le fond d’une île-enfant d’azur et de rires 
Veilleuse
Veille à ton bien nuptial où le pistil des draps
Te confond dans le futur originel de la mémoire
Rêveuse
Rêve à ta vie d’amour qui seule assouvira les gares
Les campagnes en swing de l’accomplissement

Je peins alpha mes yeux pour ton babil omega
Le clair déluge   
Du corps à saute-ciel sur sa luge
Je plains Dieu sans parade et dissous près de toi
Aucun vin sacré ne vaut ton miracle et du cristal amour
Le vol éclipse de l’univers
Renversé dans mon verre

Toi volant par-dessus les blancheurs oranges
Par-dessus les peuples brûlés dispersés écoliers criards
Vaste miroir le son de ton corps frais m’épaule
Comme un orage appelle un troupeau de montagnes
La lumière au bout des mots
Je sens ses doigts pianoter sur mon dos
La lumière est en vagabondage 
Grondant édifice entre terre et ciel la révolution des anges
Douceur et liberté de la fusion d’amour

Pourquoi ton corps me change et m’échange avec l’absolu
Du don et de l’abandon ?     
La vraie vie n’est pas une légende   
Le jour leste son poids dans ma poitrine et le salut d’été traîne
Une voix ouvrière

Qu’as-tu à faire ? Enfin, vas-tu prendre
Ton fer d’innocence et de vérité
Ta responsabilité d’enfer au bonheur ?
             
Tout valse et déménage 
Années au fond du destin moutons du précipice humant
L’apparition de loups
Fêtez le festin que l’or automnal cachète
Pliant la lettre éblouissante 
Moi aussi timbrant la fatalité forte et pleine à jamais
Etoile amour que je fêle et cisèle
A la fréquentation du jour ! 
Tout sera donné dilapidé à vivre  
Levant ma coupe en trèfle avec ton neuf soleil 
Je casse un œuf de soleil. Te voici

Beau temps de beauté ivre


Chant onze : De l'éternel aller-retour

La Barben,avec un tour de reins,
décembre 2004

Vivant tout est vivant ainsi qu’un nouveau-né.

La création parie pour cinq milliards d’années en pliant l’ombre et la clarté des choses. Il est Rosa sans Rosa. Les chairs causent dans la maison du temps petite et ronde. On ronge la poussière aux ongles des secondes.                    

Ma fumée se balance en soupirs de volcans quand se lève le Nu du plus pur existant. Tout corps à tendre attend le corps d’offrande. Souvent mes baisers dans le noir quémandent à quelle errance on pèse la lumière. Aux quatre vents bat l’aile de la vie première.
           
L’enfance a tant gonflé de rêve les nuages… Univers riant pleurant des corps en veuvage où, sans voir, court dans son pas l’ineffable et je n’en reviens pas de sa loi fable, de la beauté-bonté trop plus qu’ultime qu’en nos miroirs éclatés l’éternité grime.                         

Allume à la bouche élue ta bouche origine. L’épi cosmos calame en l’argile divine. L’âme vertige et la fusée merveille filent par l’année-lumière au soleil avec des sons couleurs de toutes sortes. Et si l’on pleure aux hublots du néant, qu’importe ! il n’est pas mieux que d’accomplir le tour
           
De l’éternel aller-retour .

A propos d'Alain Castets

Alain Castets est né en 1944 à Vientiane , au Laos. Il quitte le Vietnam, marqué par la guerre. Premiers poèmes remarqués en 1965 dans Les Lettres Françaises. La même année, voyage à Moscou et rejet du stalinisme.
Licence d’Histoire à la Sorbonne : il est l’un des animateurs du mouvement étudiant en 1967-1968. Enseignant à Créteil.
A partir de 1994, il se consacre pleinement à la poésie aux côtés de Guy Chambelland dont il préside l’association Le Pont de l’Epée. Co-fondateur du mouvement collectif clarté-poésie, il stigmatise la "novpoésie" qui identifie abusivement la poésie contemporaine à des objets langagiers abstraits sans consistance, et à l’élimination de la poésie du sujet.
Création, en 2003, avec Mireille Disdero, des Éditions Alba et de la revue Les Cahiers de l’Alba.

Recueils publiés