La Jointée

traductionnalité

Curieuse expérience dans un rapide

En référence à une célèbre publicité pour la méthode Borg [1]...

Une expérience de traduction

Lors d'une rencontre de réflexion sur le haïku au domicile d'isabel Asûnsolo et Éric Hellal, l'idée fusa parmi les participants - Isabel Asûnsolo, Eric Hellal, Jean Antonini et Georges Friedenkraft - de faire passer des haïkus à la moulinette de traductions successives, pour voir ce qui en resterait au final. Le principe était donc qu'un traducteur d'une langue dans une autre ne connaissait les poèmes que dans la langue qui lui était proposée. Il ignorait les versions dans les langues antérieures
Je suis parti de quatre haïkus de quatre auteurs français : Jacques Arnold, Serge Brindeau, Francine Caron, et Jean-Pierre Desthuilliers. Je remercie les auteurs ou leurs ayant-droits d'avoir bien voulu me permettre de tenter cette expérience.

Les haïkus furent d'abord traduits du français en japonais par Miou Kitamura (et on les trouvera ci-dessous sous deux écritures, latine et japonaise). Ils furent ensuite traduits du japonais en breton par Alain Kervern, mais il ne nous fut pas possible, faute de traducteur, de passer du breton dans une autre langue. On trouvera plus bas, sous le titre vive la Bretagne - bevet Breiz, les textes  en breton.

Nous sommes donc repartis du texte japonais de Miou Kitamura, qui a été traduit en anglais par Yoshinori Yamada, puis d'anglais en roumain par Ion Codrescu, puis du roumain à l'allemand par Hans Matye, et finalement de l'allemand au français par Klaus-Dieter Wirth. Outre la perte évidente de la métrique, on rencontrera certains gauchissements du sens, même si l’impression générale, le vécu existentiel des textes reste sans doute le même.
Georges Friedenkraft

Les résultats de cette curieuse expérience ont été publiés dans  Gong, La revue trimestrielle de l'association françaie de Haïku, numéro 27, printemps 2010, pages 51 à 55. Ils sont preproduits ici avec l'aimable autorisation de Jean Antonini.




Le cercle des poètes traduits


Quatre auteurs

Sept versions

Jacques Arnold

Extrait de
 Filantes
Rougerie 1995

Serge Brindeau

Issu de
 Jointure

n° 85, 2007


Francine Caron

Extrait de
Parcs et Lunaparks de Paris
Les Œuvres Jointes, 2006

Jean-Pierre Desthuilliers

Extrait de
L'ébauche accomplie
 à paraître

Version française initiale

Mettre en mots le monde
Et si c'était singer Dieu ?
Sois singe, ô poète !



La nuit la plus courte
Une butte voit le ciel
solstice d'été



Les soleils couchants
voient la tristesse des branches
privées de berceaux



Le vin renversé :
La vigne pleure à nouveau
Son raisin broyé



Version japonaise – romaji
français - japonais
Miou Kitamura

Tentiwo kotobanisu
Kamino sarumamano youni ?
Shijinyo, sarudeare !



Mijikayoya
okani mirusora
geshi



Rakuyouni
seitiwo ushinatta
kiedano kanashimi



Koboreta wain
Budoubatakewa hutatabi
Sakujuu sareta budouni
[ namidasaru



Version japonaise
Translittération
Miou Kitamura





Version anglaise
japonais - anglais
Yoshinari Yamada

Put the heaven and earth into the word
as aping a god's action ?
Oh poet, Be an ape !



One short night,
the view of the sky over the hill
the summer solstice



In the setting sun,
losing his birthplace
the sorrow of branches



Drops of wine
The vineyards, again,
tears for squeezed grapes



Version roumaine
anglais - roumain
Ion Codrescu

Imiţi pe Dumnezeu când pui
cer şi pământ într-un cuvânt ?
Poetule, fii o maimuţa !



O noapte scurtă
privelistea cerului peste deal
solstiţiu de vară



în amurg
îmi pierd locul natal
tristeţea ramuliro



Stropi de vin
viţa-de-vie şi din nou
lacrimi pentru struguril storşi




Version allemande
roumain - allemand
Hans Matye

  Afmst du Gott nach, wenn Erde
und Himmel du in einem Wort vereinst ?
Dichter, sei ein Affe !



Eine kurze Nacht,
der Himmel über dem Hügel
Sommersonnenwende



Im Morgengrauen
verliere ich meine Heimat
die Traurigkeit der Zweige



Weintropfen
Reben und von neuemem Tränen
für die ausgepressten Trauben



Version française finale
allemand - français
Klaus-Dieter Wirth

Imites-tu Dieu
en fondant ciel et terre en un mot ?
Poète, sois un singe !

Une nuit courte
le ciel sur la colline
solstice d'été

A l'aube
je perds mon pays natal
la tristesse des branches

Gouttes de vin
encore vignes et larmes
pour les raisins pressés

vive la Bretagne - bevet Breizh

Les haïkus furent d'abord traduits du français en japonais par Miou Kitamura (et on les trouvera ci-dessous sous deux écritures, latine et japonaise). Ils furent ensuite traduits du japonais en breton par Alain Kervern, mais il ne nous fut pas possible, faute de traducteur, de passer du breton dans une autre langue. Voici le résultat de cette tentative.
texte 1

Jacques Arnold

Extrait de
 Filantes
Rougerie 1995

Serge Brindeau

Issu de
 Jointure

n° 85, 2007


Francine Caron

Extrait de
Parcs et Lunaparks de Paris
Les Œuvres Jointes, 2006

Jean-Pierre Desthuilliers

Extrait de
L'ébauche accomplie
 à paraître

Version française initiale

Mettre en mots le monde
Et si c'était singer Dieu ?
Sois singe, ô poète !



La nuit la plus courte
Une butte voit le ciel
solstice d'été



Les soleils couchants
voient la tristesse des branches
privées de berceaux



Le vin renversé :
La vigne pleure à nouveau
Son raisin broyé



Version japonaise – romaji
français - japonais
Miou Kitamura

Tentiwo kotobanisu
Kamino sarumamano youni ?
Shijinyo, sarudeare !



Mijikayoya
okani mirusora
geshi



Rakuyouni
seitiwo ushinatta
kiedano kanashimi



Koboreta wain
Budoubatakewa hutatabi
Sakujuu sareta budouni
[ namidasaru


Version bretonne
japonais - breton
Alain Kervern

Barzed da heul an doueoù
o lidañ an oabi hag an douar
Bandenn marmoused !

Berr an nozvezh
sklaer an oabi'us an drogenn
gouel Yann

Kuzh heol
kollet ar vamm-vro
trist ar gwez hag ar skourroù

Gwin o skuilhañ
gwini o lenva ur wech c'hoazh
aet ar rijin da fro


[1]


texte g

texte d
François Richaudeau lien Communication et langages lien Année 1978 lien Volume 37 lien Numéro 37 lien pp. 6-24