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recensions 2011



Verónica Martinez Lira & Yael Weiss, Constelación de poetas francófonas de cinco continentes ( Diez siglos)

Este libro reúne a escritoras conocidas, ignoradas o redescubiertas tanto en Europa como en los territorios otrora colonizados. [ Laura López Morales  ]

Signalé en note dans Le Cap de  JOINTURE n° 93


Co-éditeurs : Universitad Nacional Autónoma de  México  & Espejo di viento, 2011
456 pages - format 21 x 28- ISBN 978 607 9145 00 2
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Sélection traduction et notes de Veronica Martinez Lira et Yael Weiss - Introduction par Laura López Morales
Avec la participation de Nicole Brossard, Suzanne Dracius et Liliane Wouters - Illustrations et désigne de Nuria Masada
Tirage : 1000 exemplaires - Mexico, 28 décembre 2010

Note rédigée par Jean-Pierre Desthuilliers.
.
La recension d'une anthologie n'a pas pour objet de présenter chacun des auteurs anthologiés, mais de caractériser l'essentiel du travail des anthologistes. Ce compte rendu de lecture s'attache donc à présenter le sommaire de l'ouvrage, en insistant sur la perception que le lecteur à eu des divers chapitres figurant au dit sommaire.
Toutefois, je tiens à insister sur le fait que ce travail présente deux originalités, de nature différente, qui rendent son intérêt très particulier.


-Note des éditrices : place de cet ouvrage dans la –courte – lignée des anthologies de la poésie féminine.

-Choix éditoriaux : arbitraire assumé de la sélection des auteures selon les époques, associé au désir de combler des lacunes de notoriété ; difficultés engendrées par la règle pragmatique une auteure un texte, impact sur l’image globale de l’auteure ; souplesse dans la manipulation du concept artificiel de « siècle » ; pragmatisme dans la catégorisation par pays…

-Introduction d’ensemble : histoire du concept de francophonie - avec en filigrane des considérations sur le destin de quelques langues européennes, romaines en particulier, en Amérique et en Afrique, continents colonisés depuis/pendant plusieurs siècles – et de l’émergence de la reconnaissance de l’écriture « au féminin » ; information sur la structure de l’ouvrage, et de l’importance des éléments de contexte, notes par zone géographique et par auteure, et de la variété démonstrative de thèmes et registres propres aux textes sélectionnés.

-Pour chaque section, introduction, en fait état des lieux de la francophonie et de la création littéraire féminine dans chaque pays ou groupe de pays, traité de manière spécifique tant pour ce qui est des influences géographiques que des équilibres géopolitiques et des évolutions historiques. Introduction confiée autant que possible à une auteure originaire de la zone linguistique explorée.

-Pour chaque auteure [1] , biographie étendue à ses appartenances à des groupes sociaux et à des tendances artistiques ou idéologiques, et relations avec d’autres poètes ou écrivains.

-Pour les textes, source, et notes explicatives chaque fois que besoin.

-Histoire du projet : motivations des anthologistes, définition du champ d’action, mise au point de la méthode, recherche d’alliés, épisodes de test, tâtonnements expérimentaux pour la cohésion forme/fond…Un manuel de méthodologie appuyé sur un exemple commenté.

-Bibliographies détaillées des auteures.

-Index alphabétique des personnes.

-Bibliographie du thème : dictionnaires de référence (13) , manuels d’histoire des littératures féminines (38) , anthologie virtuelle des publications à vocation anthologique (90)

-Remerciements
Pour information, le nombre de poètes convoquées dans cette anthologie, 176 au total, réparti par pays ou contrée d'origine ou de coeur, est : Afrique subsaharienne :12 —  Belgique : 33 — France : 109 — Iles (dont Guyanne) : 12 —  Luxembourg : 2  — — Maghreb : 3  Moyen-Orient : 5   .

Qui en parle aussi ? Eh bien j'en ai retrouvé trace sur :
Le site de Suzanne Dracius
Le blogue Cultura de l'U N A M
Le site Babelio
Le site de Milenio, un des journaux nationaux du Mexique


Max-Firmin Leclerc, Le cap des trente


Max-Firmin Leclerc [W]
Editeur : Éditions Hélios+Plénitude,Serre de Fraysse - 11570 Villefloure, 2011 []
Grand prix de poésie Wilfrid Lucas 2011 de la Société des Poètes et Artistes de France.
Note rédigée par Georges Friedenkraft

Nota : son dernier ouvrage, Le démon de vingt-trois heures, a obtenu , sans candidature, le Prix Goutte d'Encre décerné par  L’association Regards de Nevers... 



Couverture couleurs illustrée, Le Semeur d'Étoiles, vitrail réalisé vers l500, église
Sainte-Madeleine de Troyes.

Photo réalisée par  Jacques Philippot et publiée avec l'aimable autorisation de la Région Champagne-Ardennes.)

Max-Firmin Leclerc a été un des pionniers de la télévision française, auteur de multiples émissions, mais aussi réalisateur du journal télévisé en 1963 et 1969. Écrivain aussi, auteur de contes publiés jadis dans le grand quotidien « L’aurore », d’un roman-pamphlet, la République du mépris , qui relate les vicissitudes de l’ex-O.R.T.F., Max-Firmin Leclerc eut une vie bien remplie et qui l’empêcha de se préoccuper de la publication de ce recueil, pourtant couronné en 1954 d’un prix de poésie, le prix champenois Enguerrand Homps. Le voici donc, enfin publié, par un écrivain pour qui, selon les termes de sa préface, …l’heure du départ éternel va bientôt sonner (p 13) et qui retrouve dans le miroir de l’écriture, le jeune homme qu’il était à trente ans :

…voici le cap des Trente
Trente ans vieux capitaine
Trente ans de bourlingage
et je n’ai pas sombré…


(p 15)

Le jeune homme est issu de la triste période de la guerre, dont les premiers poèmes portent les stigmates :


…Mon pauvre Adolf Hitler, elle approche ta fin !
Camarade Staline a lancé du Kremlin
Ses hordes de guerriers pour l’assaut bolchevique…


(Rondeau pour un malheureux crétin, p 19)

Ou encore :

…Les yeux hagards, les plaies béantes et noirâtres…
Voilà donc les seigneurs, la race des élus ?


(Devant des cadavres de S.S., p 28)
On bascule ensuite dans un humour plus gai et plus proche de la dérision avec la fable des deux ours échappés d’une ménagerie d’Allemagne, dont le plus jeune, qui file en Forêt-Noire, manque me mourir de faim, alors que le plus vieux, qui reste à Baden-Baden devient …joufflu, / Grassouillet, poil luisant (p 31) :

…Mon cher, tous les matins, je mange un colonel !… (Les deux ours, p 31)
 
La seconde partie du recueil, datée d’après-guerre, fait une large place à la nature, aux impressions bucoliques, à l’aube, à l’horizon, aux paysages, aux arbres… C’est probablement la partie la plus poignante :

…A petits coups l’hiver cisèle
Ses arbres de charbon noueux
Sur un ciel piqué de dentelle …

(Paysage d’hiver, p 46)

Sur plan de style, les poèmes plongent clairement leurs racines dans un néo-classicisme aux harmonies verlainiennes :

Par exemple :

…Au printemps, un tapis d’anémones violettes
Recouvrait son sol roux taché de cailloux gris.
Ça et là, un buisson voulait montrer sa tête…

 

(Mon plateau, p 16)

Ou encore :

…Ne regarde pas le passé !
Ne reviens jamais en arrière !
Laisse dormir dans la poussière
Tout ce que le temps a glacé.


(Ne regarde pas le passé, p 33)
Ou enfin :

…Tournent les ailes des moulins…
Il flotte une senteur marine
Dans le grand ciel d’émeraldine.


(Impressions hollandaises, p 35)


Les derniers poèmes se révèlent, dans le fond comme dans la forme, plus libres et se rapprochent de l’écriture de beaucoup d’auteurs contemporains :

…Pâteux, le sang de soleil
vient de sourdre
et de se figer dans un rire
sur la lèvre de la crevasse


(Neige sur la ville, p 56)

Un bel ensemble qui, …au Cap des trois fois trente (p 66), avec bonheur, nous révèle un poète digne de la plus grande estime.





Jeanine Baude, Juste une pierre noire


Jeanine Baude [W] []
Co-éditeurs : Éditions du Noroît  & Éditions  Bruno Doucey, Paris 2010, []
Signalé en Attention ! poésie fraîche ... au sommaire de JOINTURE n° 93

Note rédigée par Patricia Zablit


Recueil poétique étonnant, pour dire une expérience inhabituelle, pour dessiner par les mots le fleuve menant du coma à la résurrection.
De cette expérience initiatique, émerge une esthétique en deux temps.
Jeanine Baude est revenue à la vie, elle explique dans une langue apaisée, la nécessaire métaphore, lit de ce fleuve :

J’épelle syllabe après syllabe ce dit de la mort.
Mon chant de vie, en quelque sorte. Là où Dieu n’existe
Pas. Pourtant, partout, présent. Dans l’angoisse. Le coma.
La résurrection.
C’est pourquoi je cite les Évangiles.


Jeanine Baude est sur ce fleuve, entre nuit et lumière.
Vendredi saint, la nuit christique :

Une foule imposante est maintenant rassemblée. Derrière le fils au manteau de pourpre. Quelques-uns, parmi eux, pleurent et prient. D’autres lancent des insultes, vocifèrent.

En contrepoint de la nuit du poète :

Le vide. Le vide absolu. Les tempes, leurs veines, leurs sillons sous le fer. Le corps sous l’enclume. Se perdre à bout portant. Comme on tire sur une victime chancelante.

Samedi saint, répit sabbatique :

Le jour du sabbat, les femmes se reposèrent selon le commandement : Marie de Magdala ; Marie, mère de Jacques le jeune et de José ; Marie Salomé

Samedi saint, retour aux préparations festives dans l’enfance de l’auteure :

Dans nos villages de Provence, l’effervescence règne. Chacun prépare la Pâque des hommes et la Pâque des femmes.

Samedi saint, la nuit du poète se fait moins marquée, le doute/le répit s’installe :

Je n’ai plus de temps ni de lieu. Je ne connais plus mon corps. Je flotte sur un bois d’épave. Lit ou cercueil.
Coma. Putréfaction. Passage.


Puis, vient le fleuve dernier , la résurrection, le poème est plein de cette lumière, le poète n’est plus seul, la langue du poème se fait moins récit :

ne pas se poser de questions après le désastre l’aube vient
surprendre les enfants leurs mains en corolle sur le lit
ils m’accompagnent sont là avec leur sourire leur désir
d’être plus que jamais des oiseaux dans ma nuit effacer
la nuit la provocation de la mort le coma huit longs jours


L’aube a surpris les enfants, le poète a surpris le temps : tu reprends ta route / … / sans que rien non rien ne puisse t’arrêter .

Et le lecteur accueille ces vers comme une offrande du poète, partage d’une parcelle de ce parcours étrange.




Christine Clairmont, Schistes


  Christine Clairmont []
Éditeur: ACALA  Éditeur, Pamiers, 2011 []
Signalé en Attention ! poésie fraîche ... au sommaire de JOINTURE n° 93
Note rédigée par Georges Friedenkraft



Parce qu’elle est, à la fois, travail le plus élaboré des mots et du langage et accès aux vertiges les plus hardis de l’imaginaire, la poésie est sans doute l’une des activités les plus élevées en même temps que les plus spécifiques de l’espèce humaine. Mais si la poésie est une harmonieuse combinaison de mots et d’imaginaire, elle ne saurait se cantonner dans l’abstraction pure. Puisque l’être humain est fait de chair, puisque qu’il est fils de l’animal, petit-fils de la terre et arrière-petit-fils des étoiles, il trouve nécessairement son ancrage dans la réalité concrète. Il prend nécessairement son envol vers le rêve dans les pesanteurs du réel.

Les schistes de Christine Clairmont, qui sont ceux de la Montagne Noire, sont là pour en témoigner : véritable « art poétique », ils accrochent le soleil de la poésie (p 82) aux prairies des planètes (p 68). Ils sous-tendent le temps et l’inspiration (p 98) par un lac beau, tranquille / Préoccupé de roseaux / (où) Les libellules fragiles /Abandonnaient leurs radeaux (p 69). Et s’il est déjà tard pour faire ton poème (p 122), sache le déduire de l’aile du moineau (p 122), quand le soleil aura jeté son bonnet jaune (p 122) et :

Que le parfum discret des mauves anémones
Aura cédé le pas aux senteurs d’acacia.


Le style est métré, rimé et classique, même si l’auteure tolère des abandons de la rigueur de la rime quand les vers très courts se suffisent de leur rythme :

C’était une fleur
Qu’on n’admirait pas
Qu’on ne choyait pas
Et qu’on n’aimait guère
(p 34)

Ou encore :

La chansondelle
Jaillit en moi
Telle une source
De désarroi.
(p 41)

On l’aura compris : Christine Clairmont a profité de ce vingt-huitième ouvrage pour nous proposer un exposé imagé des ressorts de sa création poétique. Un exposé qui sait glisser la préoccupation didactique dans le moule de l’expression lyrique, voire symbolique. Et qui nous promène entre les pressentiments les plus abstraits de la métaphore existentielle en nous prenant fermement par la main tiède et concrète de sentiers couverts de fleurs et de forêts gorgées d’oiseaux. Là où :

L’arbre se tait
Dan la forêt
Des souvenirs
Comme si l’ombre
D’une colombe
Allait mourir
(p 59).




Christine Guilloux, Passages – Textes sur photographies


Christine Guilloux []
Éditeur: Éditions Les Presses Littéraires, 66240 Saint-Estève, 2009 []
Préface de Jean-Pierre Desthuilliers
Signalé en Attention ! poésie fraîche ... au sommaire de JOINTURE n° 93

Note rédigée par Patricia Zablit



Dans ce livre à double média, mots et photographies, Christine Guilloux nous entraîne à travers autant de voyages que de photographies. Voyages décalés, voyages rêvés, voyages suspendus, autour de très belles images, capturées par le poète.

Voyages décalés dans le temps :

Les heures de pointe, ici, n’eurent jamais lieu, même quand Louis XIV commandait un chef d’œuvre

Hier, aujourd’hui se mélangent en un époustouflant et éreintant constat

Voyages décalés dans l’espace, tel ce texte intitulé Muraille de Chine , sous-titre d’une photographie prise à Seattle. Et pour introduire ce décalage dans l’espace, Christine Guilloux raconte merveilleusement le mode d’emploi d’un décalage horaire :

L’avion était à prendre au coucher. Cinq à six heures à plonger dans un sommeil forcé, et pour certains, bien frappé. La posologie était bien inscrite sur la boite, enfin sur le billet à souches. Mais auriez-vous imaginé, en cet instant, une porte de sortie autre que les ténèbres ?

Voyages rêvés, tels dans ces Songes fossiles :

Il est des villes qui ne peuvent exister qu’en rêve. Et qui s’immiscent dans une réalité chancelante sans que l’on y prenne garde

Voyage suspendu, telle une nature morte des mots, c’est à cette image que l’on pense, devant la photographie intitulée L’enclave : ici, des livres, des cassettes, sur un drap froissé. Et les mots sur cette image :

Ni store ni rideau. Ni fleurs ni couronnes. Les mots gisaient à même le drap. Inutile de grappiller, de glaner des bribes de conversation. Les mots s’étaient vautrés dans le livre aux coudées franches

Il n’y avait plus rien à dire. Enchantements. Et moi, tel un passager clandestin, je m’alignais sur les mots et dormais à même le sol

Dans ce recueil, Christine Guilloux fusionne les images et les mots en un contrepoint subtil et varié. Chaque image donne lieu à un texte/point de vue du poète d’un type spécifique. La surprise est là, toujours là.




Françoise Lison-Leroy, On s’appelle


Françoise Lison-Leroy []
Éditeur: Éditions Rougerie, Mortemart, 2010 [W] []
Signalé en Attention ! poésie fraîche ... au sommaire de JOINTURE n° 93

Note rédigée par Patricia Zablit



Dans ce recueil en trois parties, trois écritures pour dire différentes formes de l’être (non-être).

Première partie, intitulée De nuit , où seul le souvenir est vivant. Dès les premiers vers, Françoise Lison-Leroy nous donne l’évidence du seul possible, le souvenir, en ouvrant le poème par cette formule connue de tous, et qui porte en elle sa propre contradiction :

on s’appelle quand tu veux

et pour souligner ce très probable non accomplissement, le poète continue l’invocation de terres inaccessibles :

un jour d’équation parfaite
entre l’hiver et nos fêlures
on choisira la case blanche


Donc, la seule réalité est à chercher dans l’enfance, dans la liberté des gestes de cette enfance :

sur planisphère
nous élisions un bout du monde
nous en prélevions
cent brise-lames


et on courait pieds nus
pour mieux posséder pierres et branches
tendues vers nous comme des semelles


Dans la deuxième partie, Des premiers jours , le poète se métamorphose selon un calendrier à douze jours,

douze matins enfilés
à même l’épiderme


Le poète est Terre, Temps, Faille, Eau, Arbre, Pierre, Vent, Nuit, Bruit, Chiffre, Rêve, Livre. Métamorphose du corps, métamorphose de l’esprit, et entre les deux,

Tout le blanc
pour éponger l’absence


Dans la troisième partie, le poète conjure le souvenir, l’absence, en imposant sa présence par les mots :

Je suis des vôtres »… Ici / je prends terre à bras-le-corps »… Nous resterons là à hisser / la face aguerrie d’une terre

Par ses mots, le poète a résolu l’habituel inaccomplissement induit par le premier vers du recueil on s’appelle quand tu veux :

Un chant viendra
un autre
acquiesçant à l’appel




Christine Guilloux, Iles


Christine Guilloux []
Éditeur: Éditions Les Presses Littéraires, 66240 Saint-Estève, 2009 []
Préface de Gérard Murail
Postface de Michel Martin de Villemer [W] []

Note rédigée par Georges Friedenkraft



Il est, dans la culture, des symboles forts, qui imposent à l’homme une image nécessaire de lui-même. L’île est de ceux-ci. Parce qu’il est individué, l’homme est nécessairement entouré d’altérité, comme l’île d’élément liquide. L’humain est île dans l’océan des contraintes physiques, biologiques ou sociales qui l’entourent. Son individualité devient aussi spécificité. Il se distingue du reste par une originalité corporelle et psychique. L’homme est île parce qu’il est unique. Donc aussi parce qu’il est seul.

Cette manière d’être, seuls les poètes peuvent la faire sentir dans toute sa profondeur. C’est ce que nous offre ici Christine Guilloux, dans un ensemble de poèmes aux vers largement libres des contraintes métriques et propres à s’adapter aux fluctuations incessantes de la nature et de ses habitants. Car l’île, c’est d’abord la vie. Elle est issue des convulsions qui président à la genèse du vivant :

Corolles, couronnes font ventouses
Les respirations sont suffocations déglutitions
Spasmes
Les laves chaudes jaillissent en fluorescentes effusions
(p 9)

On remarquera aussi que le vers, tout en restant libre, sait ne pas se priver de rappels de sonorités, de rimes ou d’allitérations occasionnelles, qui en accroissent l’harmonie. Car, pour tout poète digne de ce nom, l’osmose est nécessaire entre la nature et le verbe, entre le réel et les mots. Le mouvement des poèmes ne fait que traduire celui du monde :

Le décolleté est un peu trop plongeant
Je me cogne à un préfixe
A une consonne sourde
Et désarticulée
(p 14)

Entre Honfleur et Venise, et au-delà, le paysage se fait habit du cœur. La mosaïque des lagunes guide la mosaïque des sentiments. Avec même cette fin où le langage s’esquive, où le blanc du verbe accentue la pesanteur de l’être, où l’île-symbole est alors innommée (p 39), mais où Extrême est le ravissement (p 39).

Soyons, nous-aussi, ravis par ce parcours, qui, préfacé par Gérard Murail et postfacé par Michel Martin de Villemer, nous entraîne, par notre miroir dans l’île, à la recherche de nous mêmes.





[1] Auteure, écrivaine, femme-poète, ou poétesse, ou même toute autre désignation à imaginer ? Les avis divergent...Poétesse est plus spécialisé qu'auteure ou écrivaine. Voir à ce sujet l’intéressante dissertation de Michèle Laporte, sur son site Poétesses d'expression française (du moyen âge au début du XX° siècle)

J'ai choisi le mot "poétesse", malgré ses connotations négatives, , parce que les synonymes me paraissent encore moins satisfaisants : "femme poète", expression concurrente de "une poète" et déjà utilisée au 19ème siècle, a le fâcheux inconvénient d'afficher la femme avant le (la) poète. Pourquoi pas "homme poète" ? Le mot "poète" seul, entendu au féminin ("la poète"), voit son genre effacé au pluriel ("les poètes"). "Poétesse", prôné par George Sand, a l'avantage d'afficher en un même mot d'abord la poésie puis la féminité, ce qui convient parfaitement à mon projet.