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recensions 2010

Francesca Y.Caroutch, Clameurs nomades


Signalé dans JOINTURE n° 91

Éditions du Cygne, Paris, 2009
Note rédigée par Georges Friedenkraft

Auteure aux multiples facettes, romancière, traductrice, spécialistes des symboles et des mythes (dont celui de la licorne), Francesca Caroutch est aussi (surtout ?) poétesse, comme en témoignent la vingtaine d’ouvrages qu’elle a publiés en poésie et dont l’un a reçu le prix Louise Labé. Dans le présent ouvrage, en vers libres et généralement courts, elle nous entraîne dans les filigranes d’une nature, omniprésente dans toute sa pesanteur sensorielle, avec le loup bleu des steppes stellaires / entre l’Ourse et le Grand Chien (p.80). Mais l’envol spirituel se cache évidemment derrière la pesanteur du concret, la nature est transparente de sa transfiguration même par les couloirs du rêve. A ce jeu, où le langage est sentier obligatoire vers l’être, l’auteure excelle, avec une richesse d’images qui est le signe de la plus pure poésie :

Fauconnier de dieu
brandissant ton âme sur le poing
tu contemples sans fin la montagne
(p.23).

Ou encore, et pour conclure :

Féerique ce jardin nocturne
suspendu entre ciel et terre
dans une sérénité de fin du monde
Il ressemble à ton âme
inondée par la clarté de la lune
(p.58).


Rimbaud 009 – Anthologie de la jeune poésie d’aujourd’hui , 90 poèmes inédits

Signalé dans JOINTURE n° 91

Maison de poésie, 2009
Note rédigée par Georges Friedenkraft

Il s’agit d’un recueil qui présente les meilleurs candidats du dernier Prix Arthur Rimbaud. La lauréate du Prix, bien sûr, Amélie Nicolas, à l’écriture fruitée sur des vers très courts et parfois discrètement rimés :

Une fleur dans les cheveux / Il lui a donné / Il y a des années / La fleur a fané / Mais toujours elle reste / L’amoureuse / Celle qui attend / Et qui espère / Une fleur dans les cheveux

(L’amoureuse, p 18)

Mais aussi les mentions spéciales , Camille Bonneaux, à l’écriture plus traditionnelle et au mètre plus classique, Romain Montsifrot, aux rythmes courts et rimés, presque verlainiens, Anna Ayanoglou, aux vers libres et évocateurs, pour qui : Au loin, corrompues par le sel / Les vieilles plaies se creusent (Le goût du sel, p 48). Il n’est évidemment pas possible de présenter ici tous les autres qui, avec leur jeune fougue et leurs talents respectifs, se sont approchés du Prix. J’ai bien aimé le ton vif et symbolique d’Audrey Schlauberg, sur laquelle je conclurai ce trop bref survol, qui démontre, en tous les cas, qu’en poésie la relève est bien assurée :

Si j’ai la fève je suis roi
Mais sans peuple ni reine
Je sers à quoi ?


(Jeux hasardeux, p 101)


Christine Clairmont-Druot, Feux d'artifice

Editions Amalthée, 2008
106 pages ; 12 € ; ISBN 978-2-310-00139-7
Consulter le site de l'éditeur
Visiter le site de l'auteure
Note rédigée par Patricia Laranco.
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Quatre parties. Quelques cent pages. Christine Clairmont nous donne, là, un recueil très intime, très personnel, fait de la chair même de sa vie, de son destin et de son histoire.
Ses poèmes, assez longs, se signalent par leur forte musicalité (dans la plus pure tradition occitane), leur goût de la versification et leur écriture est facile d'accès, déliée, sans la moindre prétention "ronflante" (ce qui en fait, d'ailleurs, tout le charme).
Ici, nous pénétrons dans un monde d'authenticité, de bon sens, d'amour de la vie qui rebondit toujours. Une vie, l'auteure le sait, c'est fait d'ombre et de lumière, à l'image des terres méridionales si chères. C'est de force et de vacillement.
Et, si le malheur, le sort frappent volontiers avec leurs griffes de panthère , leurs serres implacables , l'intelligence du bonheur est aussi à l'œuvre, et rien n'endigue sa volonté de construire, sa patience d'aimer.
Ce recueil peut être regardé comme un livre d'Amour, la chronique d'un couple qui a su apprendre à se cimenter dans le respect mutuel (et ce en dépit de la souffrance liée au deuil le plus terrible qui soit). Ce couple-là, rare, est en lui-même une sorte de lumière. Dans l'optique de l'auteure, toute vie de couple est un acte de foi, de continuation des ancêtres . Le fait qu'elle rime avec le partage, l' ensemble lui confère une valeur sacrée.
Oui, il existe une sagesse de la vie à deux, de même qu'il existe un don pour le bonheur. C'est en ce sens que cet ouvrage mérite d' être appréhendé (et salué) comme le témoignage d'une force intérieure singulière.

[...] le destin
A le visage d'un farceur
Bien qu'il soit le maître en sagesse.

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Liska, A fleur de peau

Signalé dans JOINTURE n° 91
Éditions Mémoires et Cultures, 2009
Note rédigée par Georges Friedenkraft

A fleur de peau, / Les Mots. / Ici, / La poésie / Est en caresse / Si tu le veux. (p.38)

Avec une légèreté inimitable, Liska nous propose ici un nouveau recueil, où le mètre souvent court glisse le poème dans cet équilibre improbable entre le sérieux et la tendresse, entre l’amour charnel et l’enfance. Certains textes, ramassés sur eux-mêmes, sont proches du haïkou. D’autres, plus amples, ont recours à une métrique plus traditionnelle. Mais le propos reste toujours l’étoffe des sentiments, taillée à l’aune des jours et des petits bonheurs quotidiens. Pour faire de la vie une fête, avec ses Baisers-confetti et ses Câlins-serpentins (p.20). Les illustrations en papiers déchirés de Michel Lautru ajoutent à cette explosion de couleurs et de sentiments, dont la mosaïque cerne les contours de nos instants les plus précieux :

Je me souviens
De la douceur lovée
A l’épaule de la nuit
Caresse d’accordéon
Samba à bras le cœur
(p.14)


Josette Frigiotti ,  Instants… Éternité

Signalé dans JOINTURE n° 91

Éditions de l’Épinette,  2009
Note rédigée par Daniel Sauvalle


La poésie de Josette Frigiotti, comme toute vraie poésie, s’exprime en mots simples. Ainsi, dès le premier poème :

Une plume tombée à terre
Fait ressurgir l’amour que je porte aux oiseaux.


Toujours en mots simples, nous passons au nid, à l’arbre, à ses racines obscures, à ses feuilles dans le soleil, au danger de la foudre

La mort ? La vie ?

Nous voici amenés aux grandes questions qu’on retrouve tout au long du recueil, pour ne pas dire tout au long de l’œuvre de Josette Frigiotti. A ce sujet, ne pas omettre de lire l’excellente préface de Monique W.Labidoire et aussi le N°84 de Jointure dont Josette Frigiotti, présentée par Thérèse Dufresne, était notre figure de proue.

Pour ma part, je voudrais souligner que l’auteur(e), quoique souvent angoissée par les horreurs du monde, sait aussi apprécier l’œuvre des hommes. J’ai sous les yeux une photo du viaduc de Millau. Je me demande si elle n’y a pas songé en écrivant le pont. Cela m’a en tout cas donné envie de replonger dans Ce bel aujourd’hui (*), un livre de Jacques Lacarrière qui réagit, exemples à l'appui, contre le dénigrement trop répandu visant les réalisations modernes. Jacques Lacarrière trouve beaux les pylônes, les viaducs, les avions, les lumières de la ville… Il aime les hommes qui construisent, les hommes de paix.

Tout comme Josette Frigiotti, qui conclut son ouvrage par une citation d’Albert Camus : nous ne haïssons que les bourreaux.

(*) 1989 Editions .J.C.Lattès

Christine Clairmont et Jean-Marie Paignay, Rêves vénitiens

Signalé dans JOINTURE n° 91

Acala éditeur, 2009
Consulter le site d'A.C.A.L.A. Éditions / Association pour la Création Artistique et Littéraire en Ariège
Visiter le site de l'auteure
Note rédigée par Georges Friedenkraft



La complémentarité entre deux approches artistiques donne toujours des résultats saisissants. Ici la collaboration entre Christine Clairmont, dont nos lecteurs connaissent bien l’œuvre poétique et le photographe Jean-Marie Paignay abouti à un livre superbe, où la somptuosité colorée des masques vénitiens dialogue avec la magie aérienne des vers très courts et souplement rimés :

Pour quelques heures fugaces
Elle a choisi de cuivrer
Son teint de couleur filasse
Épris de soleil doré…

(in La reine de Saba )

Durante unas horas fugaces
Decidió teñirse de cobre
La tez de color estopa
Prendida de sol dorado...

(in La Reina de Saba)

Per alcune ore fuggevoli
Lei ha scelto di ramare
La sua carnagione colore stoppa
Invaghita di sole dorato...

(in La Regina di Saba )


Note complémentaire du 23 janvier 2011

. Parmi les livres de poésies particulièrement réussis, il nous faut mentionner ici les deux ouvrages que vient de faire paraître notre amie Christine Clairmont en collaboration avec Jean-Marie Paignay. Il s'agit en fait de l'adaptation en italien Sogni Veneziani et en espagnol Sueños Venecianos du livre déjà paru en français, Rêves vénitiens, et qui associe les somptueux poèmes de Christine Clairmont à des présentations, superbes et colorées, de masques vénitiens, dues à Jean-Marie Paignay. Rarement la combinaison d'une œuvre poétique et de l'image a été aussi belle et il nous importait de le signaler à nos visiteurs.

Peter Nim, Jahr und Tag – An Jour, 136 haiku 

Signalé dans JOINTURE n° 91

Éditions Delatour, 2009
Note rédigée par Georges Friedenkraft

Né en 1943 en Allemagne, Peter Nim vit actuellement dans l’Orne. Ce double héritage franco-allemand le conduisait aisément à ce superbe ouvrage bilingue. La traduction, due à Joël Vincent, rend parfaitement l’atmosphère de ces poèmes dans la plus pure tradition japonaise, même si le traducteur n’a pas toujours pu, évidemment, rendre la métrique 5-7-5, qui donne une mélodie particulière au texte original allemand. L’ouvrage contient des cycles de chaque fois 24 haïkous, précédés par un poème plus ample - sept vers de 5-7-7-5-7-7-5 pieds respectivement -, extension moderne, mais qui « coule » spontanément pour quelqu’un qui a en tête la métrique du haïkou ou de la renga. Et pure tradition japonaise cependant, parce qu’ici la description lapidaire de la nature forge un moment existentiel fort, niché dans la dialectique plastique des mots. Deux exemples donneront le ton :

Würde gern mein Brot
Von der Donautreppe aus
Teilen mit dem Fish
Ah depuis les limons du Danube
Je partagerais bien mon pain
Avec le poisson (pp.24-25)


Ou encore :
Tümpel statt der Spur
Seidenweicher Schlieren Spiel –
Waldarbeiterweg
Au lieu de traces une mare
Aux stries joyeuses jeu –
Chemin de bûcherons (pp.102-103)


Jeannine Dion-Guérin , Petite suite pour une convalescence

Signalé dans JOINTURE n° 92
Editinter 2009 ; 17 €
Note rédigée par Monique W. Labidoire



Les saisons passent et les lilas rouillent un printemps désormais lointain mais Jeannine Dion-Guérin rassemble avec persévérance au-delà du sensible tous les mots épars, tous les ressentis et les réanime avec une fraîcheur étonnante. Les maux du vivant sont encore présents mais le poète respire son poème comme un élixir de mieux être. Elle nous livre avec pudeur ce qui peut encore rester après les défaillances du temps, ce qui ne disparaîtra pas dans la mémoire ruinée et puisque tout est passage ira nourrir encore d’autres saisons, d’autres passages.

Le corps, la chair, les os sont des espaces de douleur et de plaisir. A l’aube de la destinée, il n’est plus temps de rendre coupables des mots prononcés ou des actes manqués, il est l’heure au contraire de gagner des territoires de paix.

Le plus fiable est bien l’effort de travailler le chant poétique et le champ du vivant, répondrons-nous à la question que se pose le poète. Afin d’apercevoir, au moins une fois, l’étoile luire au firmament, le sourire d’un enfant, le regard de la fraternité. L’amour sera toujours un plus quel qu’il soit, d’où qu’il vienne. Du ciel, de l’arbre, de l’eau, de tous les éléments qui constituent son poème, Jeannine Dion-Guérin distille des fragments de lumière qu’elle nous abandonne en confiance.
Osons toutes les gammes
de l’espérance à la douleur
de la douceur à la violence 

jusqu’à la petite ou grande mort, dans le plaisir du corps et la dernière Joie qui, comme l’arbre récurrent dans l’œuvre de Jeannine Dion-Guérin, nous ouvre des bras accueillants.


♦ Le Cénacle européen francophone des arts et des lettres vient d'attribuer le Prix Léopold Sédar Senghor à Jeannine Dion-Guérin

Bernard Grasset, Contrepoints

Signalé dans JOINTURE n° 92
Éditions Multiples - Collection Fondamente -  2009  - Prix12€
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Note rédigée par Daniel Sauvalle


Il n’est pas sans intérêt de noter d’abord la présentation de ce petit recueil : 34 poèmes, un par page, également répartis en deux séries, 1 et 2. Chaque poème comporte 12 vers, non rimés ; un vers dépassant rarement 5 syllabes.

Sous cette organisation rigoureuse, l’auteur nous propose des textes denses, d’un ton souvent mystique, dont chacun se rattache à une autre œuvre artistique. Œuvre musicale, du XVIème siècle à nos jours, en ce qui concerne les poèmes de la série 2 ; peinture ou gravure, du pariétal à Chagall, pour ceux de la série 1.

Une thèse serait à écrire sur le passage de l’émotion entre un artiste parfois lointain et notre Bernard Grasset d’aujourd’hui qui nous la transmet, combinée à la sienne. Le lecteur ordinaire, qu’il connaisse ou non l’œuvre de référence, sera déjà comblé par ces poèmes magistralement écrits en mots simples et graves. Un seul exemple, mais qui mérite bien la citation in extenso :

Une fenêtre s’ouvre / Sur les cimes enneigées / Et l’aube pourpre.
La viole de gambe / Accompagne seule / Le regard sacré.
Au pays de la mort / N’oublie jamais / La promesse d’enfance.
Avec ce peu de notes / Intimes, intactes, / Chante l’envol bleu.


(Buxtehude)


Bernard M.-J. Grasset a été publié dans les numéros 55, 61 et 68 de jointure.

G. Mende-Oyo, Parole nomade

Signalé dans JOINTURE n° 92
Mongolian Academy of Culture and Poetry, 2010 -  Prix :
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Note rédigée par Georges Friedenkraft



Mende-Oyo - ou encore, sous son orthographe anglophone : Mend-Ooyo - est l’un des plus grands poètes mongols contemporains. Il est donc particulièrement heureux que paraisse un volume bilingue mongol-français de quelques-uns de ses poèmes.
Nomade, Mende-Oyo l’est par ses origines familiales, qui prennent leurs racines dans les steppes de ce pays splendide et mythique, tendu entre le ciel et la terre, et où l’immensité même semble porter à la méditation métaphysique et poétique. Là où blatère un jeune chameau blanc et bavard  (p. 9), là où le ciel se révèle à la terre, là où :  Le château du ciel s’embrasait dans un léger mirage de la steppe bleue  (p.15), là où  les hirondelles dorées / Me reçoivent, là où mon père devrait être  (p.15).
On le voit, dans les vers de Mende-Oyo, le surnaturel n’est jamais très éloigné de la nature, dont il constitue, en quelque sorte, l’aboutissement.

On se rappellera ici, à ce propos, que la culture bouddhiste, proche de celle du Tibet, baigne toute la Mongolie. Ainsi l’éloge d’une lumière omniprésente -Tous ces moments de lumière …  (p 31)  - peut évoquer l’illumination chère au bouddhisme, cette révélation instantanée de la pesanteur de l’être, et qui permet, d’une certaine manière, de rapprocher la poésie de Mende-Oyo du haïkou japonais, celui de Bashô et d’une certaine vision du zen. Même si ses vers sont drapés d’une amplitude lyrique assez différente de la brièveté du haïkou. Écoutons le encore quand il nous confie superbement :

...le Karma seul est la sève de vérité.
Dans l’éclair d’une étoile filante, la lumière des rayons uniques converse.
Donner naissance à un fils pour illuminer l’univers.
(p.31)

Mais si la nature bascule facilement dans le surnaturel, elle sait aussi déployer pour le poète, les trésors de ses charmes concrets et de sa sensualité. Comme cette lune qui se lève (p.29) au-dessus d’un vieux temple et qui appelle la mélodie grave et triste de la flûte .
Comme l’amour à peine esquissé enfin, qui va nous servir de conclusion, pour lequel Mende-Oyo trouve des accents romantiques, quand il s’exclame :

Je viens vers toi
Toutes les pensées tendres de mon voyage,
Tous les deux moments de ma vie,
Tous mes secrets, partout,
Je les lie ensemble…
(p20)

Mais ici encore s’agit-il bien d’un amour terrestre ? Et cet appel romantique n’est-il pas plus universel, n’est-il pas  le chant éternel de l’essence d’amour  (p.20) ?






Anne Teyssiéras, D'ivoire et de corne

Signalé dans JOINTURE n° 92
Éditions de Corlevour, 2009 - Préface de Bernard Noël - Prix : tirage courant : 11 € ; Avec une gravure de Claire Nicole : 200 €.  ISBN 978-2-915831-26-9
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Note rédigée par Patricia Zablit


D'ivoire et de corne, ces portes du sommeil nous entraînent, par la magie de l'écriture de Anne Teyssiéras, au bout du monde - titre d'un des poèmes de ce recueil -.
Par ses mots, d'autres mondes apparaissent en bordure du nôtre. Bordure éclairée par l'étreinte du jour et de la nuit :

Le jour et la nuit sont là tous les
deux confondus
comme des amants qu'un dieu complice
observerait du point de son retrait


Le poète pose la question :
Que se passe-t-il de l'autre côté  / règne de l'impensable
? Il a le pouvoir de savoir, car Le centre incandescent de la parole / Rejoint le noyau de l'atome, mais ce pouvoir dépend de ce qui est produit, et le poète doit faire preuve d'humilité Il est vain d'écrire un poème /qui ne souhaite pas aboutir. C'est à cette condition que les mots accepteront le je du poète., et c'est alors que, dans ces autres mondes aperçus, les souvenirs seront éclairés par le poème :
L'espoir aussi dans le passé  / fleurissait jusqu'au soir en exaltant  / une musique  / Sidney Petite fleur  / Souvenirs de Colmar  / sur les berges de l'Isle.

Comme dans chacun de ses précédents recueils, Anne Teyssiéras nous éblouit par ses questions fulgurantes, sur lesquelles scintille en écho la poussière d'étoiles, et l'on devine une très profonde humanité.

Quand trois dimensions / se chevauchent  / une quatrième apparaît  / par la naissance  / d'une étoile
Bien sûr la réponse  / est cachée dedans
.
Anne Teyssiéras  a été publiée dans les numéros 6, 13, 27, 30-31 et 43 et  de jointure . Elle a prêté ses traits à la figure de proue du numéro 18. Certains de ses ouvrages ont été recensés dans les numéros 41, 44, 60, 66 et 83..


Thérèse Dufresne, Ephémères


Signalé dans JOINTURE n° 92

Éditinter, Paris, 2009
Note rédigée par Georges Friedenkraft


Ce qui frappe le plus dans les poèmes en versets libres et amples, parfois souplement rimés, de Thérèse Dufresne, c’est l’amour de la nature. D’une nature variée et changeante, dont l’auteure cerne tous les aspects, depuis
 l’ Envoûtement indicible de cet air de Provence (p 11)
jusqu’ au :
… chant des chiens et des grenouilles,
et la source,
et les cyprès, bleus de nuit,
et les oliviers, blancs d’argent
(p 51),
en passant par
 La Nuit. Le Froid. Le Vent. La Glace (p 16) et
 le vent, le sable, et puis le vent encore (p 40).

Mais cette nature, dont les bras harmonieux semblent promettre à l’homme un destin paradisiaque, voit sont œuvre rompue par le comportement de l’être humain lui-même, enclin à la guerre et à ses atrocités (p 29)
 … les prairies souillées de cadavres et de sang,
le défilé sans fin des enfants sans parents…

D’où, malgré la beauté de l’environnement naturel, des accents amers où émerge (p 28)
l’ Aurore sanguinaire, fascinante déité de feu,
infernale lueur sur le monde passée…
.
Où l’on remarque (p 49)
la sérénité profonde marquée du collier de la peur .
Où l’univers somptueux qui nous était donné par le foisonnement des plantes et des animaux,
embaumé du parfum de la nuit
Que n’agite encore pas le doux chant des cigales
(p 11)
se transforme, par notre faute de primates maladroits, en ce désert de fin de l’ouvrage (p 52) :
Où le vent d’ocre sombre n’avait rien à lécher
Son souffle inaudible mugissant des syllabes …


Cette tension entre un possible paisible et un monde abîmé, voire entre un imaginaire fruité et un réel en guenilles, c'est-à-dire finalement l’éphémère de la vie, avec ses choix toujours partiels et toujours regrettés, ses instants précieux toujours brisés, d’autres poètes les chante avec des poèmes courts, comme les monostiches ou les haïkous. Thérèse Dufresne a choisi ici de nous les présenter sur un mode plus lyrique et plus ample, voire élégiaque. On saura en goûter les mille facettes.

Georges Friedenkraft