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FLORILÈGE DE LA POÉSIE JAPONAISE D'AUJOURD'HUI
Takashi Arima



Références

Takashi Arima (sous la direction de...)
florilège de la poésie japonaise d'aujourd'hui , traduction française de Jacques Lalloz
Tikurinkan éditeur, Osaka (Japon), 2005

Lecture, par Georges Friedenkraft

Nous avions eu l'occasion (jointure, Printemps 2004, N°77, pages 50 et 51) de présenter l'ouvrage publié par Takashi Arima et Mayumi Sako aux mêmes éditions (Feu d’artifice de poésie 2003). Ce nouveau volume anthologique, bilingue japonais-français, complète agréablement le précédent.
 
On y trouve assemblés quinze poètes marquants du Japon d'aujourd'hui, de tous âges et de tous horizons géographiques, accompagnés d'une utile notice biographique. On y rencontrera notamment avec plaisir Osamu Harako, d'Hokkaido, que Jointure avait déjà eu l'honneur de publier.

Il ne peut être évidemment question de présenter ici les quinze poètes, tous attachants. La fantaisie y jaillit à chaque page. Les crocodiles et les iguanes peuplent l'imaginaire de Kazuko Shiraishi. Les souffrances d'Okinawa et le malaise des Japonais face aux cultures venues d'ailleurs baignent les méditations de Noriko Shiba. La pesanteur de l'être et le vertige existentiel émanent des poèmes aux vers dépouillés de Mayumi Sako. Et l'espoir germe entre les lignes de Yuji Sako. Qu'il me soit seulement permis de citer quelques extraits parmi tant d'autres.

Itsuko Ishikawa (27) se penche sur le cas douloureux de ces jeunes coréennes, forcées à la prostitution par l'armée impériale japonaise lors de dernière guerre, un fait que les autorités officielles japonaises ont bien du mal à reconnaître :

Trois jeunes Coréennes, costume traditionnel
Se tiennent sur la berge, petit sourire réjoui
En masque à la nostalgie du pays natal
(Ah, abricotiers fleuris qu'en famille elles ont admiré la veille d'être enlevées …
…le précieux repli intime refusé même à vos amoureux secrets
Fut chaque nuit saccagé au nom de l'"armée impériale"…

Comme quoi, au Japon comme chez nous, les écrivains sont moins amnésiques que les hommes politiques !
Concluons par Takashi Arima qui glisse, dans cet ouvrage qui forme un pont culturel entre le soleil levant et la francophonie, un poème sur l'église de Saint Germain des Prés et le doute cartésien (22) :

Je m'interroge depuis un moment
-- Ce que tu as vécu de vie jusqu'ici
Ne l'aurais-tu pas passé à douter ?

Publication

30 novembre 2006. JOINTUREn° 84