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DE FOND EN COMBLE
José Millas-Martin



Références

José Millas-Martin [1]
De fond en comble
Le Sémaphore, 2005

Lecture, par Georges Friedenkraft


Point n'est besoin de présenter José Millas-Martin. Il occupe dans l'écriture d'aujourd'hui une place bien à lui, une place où l'écriture sait faire jaillir le général du particulier, le splendide du banal, le surprenant du quotidien. Ainsi, en s'accrochant aux choses de tous les jours, parfois avec tristesse, parfois avec humour, ils sait dresser des leçons de morale, voire ébranler des horizons métaphysiques. Ainsi les modestes fourmis de nos campagnes questionnent l'homme aux produits diaboliques mais au cœur écologique qui  (34) 

… leur préférera dans sa bonté désinvolte
cette faim hasardeuse des lézards…


Ainsi la délicieuse tourterelle (39)

empoisonnée elle craint l'homme
tente de survivre


Ainsi la canicule (78) bascule dans les morgues et l'humour noir puisque neuf camions frigorifiques de transports de viandes et d'abats ont été réquisitionnés.
Ainsi un achat de pantalons (90) se transforme en un pugilat entre l'humour et la bêtise.

Un tel propos se rapproche davantage de la prose que de la poésie, même si José Millas-Martin reste difficile à classer, même si la saveur des mots, où le boutiquier devient (90) cerise mûre et il me répond acidulé comme un Montmorency, où pulsent des (24) artères calcifiées dans la (25) parenthèse des jours , rejoint la démarche poétique la plus pure. Certains textes, plus amples, regroupés surtout en fin de volume, sont proches de la critique littéraire. D'autres adoptent la formule de la lettre. Beaucoup de pages sont d'un humour acide qui fait songer à Jean L'Anselme ou à Simonomis. Les adeptes de la fantaisie ou de la rébellion verbale y trouveront avec plaisir leur terreau. On appréciera particulièrement le texte qui rend hommage à nos ancêtres des siècles écoulés (47):

vous les pauvres vous les serfs
(…)
Pourtant vous circulez dans notre sang
Vous irriguez notre cerveau…
Nous sommes vos enfants



Concluons sur un texte de méditation, qui nous touche tous, sur la poésie dans notre société, pages 110 à 112. José Millas-Martin y salue (111) le dévouement des bénévoles de la poésie qui en plus de leur travail professionnel consacrent de nombreuses heures de liberté à la rédaction de revues.
Dont acte (et merci).

Le webmestre s'associe sans arrière-pensée à cette reconnaissance...


AVIS DE PASSAGE
José Millas-Martin



Références

José Millas-Martin [1]
Avis de passage
La Bruyère, 2009

Lecture, par Georges Friedenkraft

José Millas-Martin est un des poètes marquants de sa génération. Il nous offre ici un bilan poétique de son passage à travers le siècle. Entre la banlieue est (p.13)

...où l’on propose
des sandwichs turcs
de mouton taillé dans des fuseaux...


et le calcaire de Beauce, (p.35) où

...des bourdons – variétés bleu métallique
maraudent dans le chèvrefeuille japonais...


entre l’hôpital Tenon(p.15),

salle quarante malades
main fixée attelle


et l’immensité de l’ univers dans (p.44) où

Nos atomes survivront
dans l’immensité
Morts ou vifs...


se rencontrent toutes les facettes de l’existence terrestre. Non sans un humour proche de celui de son ami Jean L’Anselme :

L’abus de la Connerie quotidienne
est dangereux pour la santé
Sachez la consommer
avec modération

(p.77, imprimé dans un corps typographique plus gros que le reste du volume)

Humour qui n’efface évidemment pas l’amertume du temps qui passe, comme le suggère le titre du livre, et qui tend à basculer dans une immortalité anonyme (p.50). Face à l'érosion du corps (p.38), quel autre remède que la poésie, véritable lucidité caméra-documentaire (p.38) ?
Quelle autre antidote que l’écriture, dans sa gangue d’originalité et de causticité ?