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LE LIVRE D’OR POUR LA PAIX
Collectif

Références

Gervais de Collins Noumsi Bouopda (Ouvrage collectif coordonné par ...)
Editions Joseph Ouaknine, 2008.

Lecture, par Patricia Laranco




Ce n’est jamais sans une sorte de plaisir d’ordre sensuel – visuel, tactile et olfactif même – que l’on tient dans ses mains les magnifiques livres artisanaux de Joseph Ouaknine, que je connaissais surtout jusqu’alors en tant que maître d’œuvre de la revue Les Cahiers de Poésie.
Ici, il s’agit encore de poésie, plus exactement d’une anthologie de la littérature pacifique qui a été réalisée à l’initiative et sous la coordination d’un jeune poète camerounais, le très idéaliste Gervais Noumsi Bouopda.
Ce gros livre relié cuir et doré sur tranche rassemble dans le même élan à vocation spirituelle quarante-neuf écrivains issus d’un peu tous les horizons géographiques de la sphère francophone. Parmi eux, on notera la présence de noms réputés tels Georges Friedenkraft, Laurent Fels, Denis Emorine, Athanase Vantchev de Thracy, Constantin Frosin, Stella Vinitchi-Radulescu, Diane Descôteaux, Christophe Condello

On peut rester un tantinet sceptique devant les actions pacifistes de tout ordre, et les trouver empreintes d’une indéniable forme de candeur. Toutes les tentatives visant la paix universelle n’ont-elles pas échoué , depuis le XX° siècle ? L’homme n’est-il pas, dans sa nature même, porté à l’égoïsme, au conflit et à la violence – ainsi que le souligne, dans son petit conte philosophique lucide, Georges Friedenkraft, en faisant allusion aux tyrans intimes  qui  sont tapis au creux de nous tous , cachés dans les circonvolutions de nos cerveauxtissés au sein même de notre chair ?

Et cependant, malgré les déceptions, envers et contre tout, l’esprit humain s’accroche à ce rêve d’un monde meilleur, et ce rêve utopique est particulièrement fort chez les poètes.
Alors, on finit par abandonner tout cynisme, par être touché. La plume lyrique, la foi, la fraîcheur d’âme emportent nos – éventuelles – réticences.

Ce Livre d’or – d’or, peut-être, parce qu’il ne veut regarder, en l’Homme, que la lumière ? – est un de ces livres qui ont le pouvoir de nous rendre plus purs. D’un bout à l’autre, on le sent traversé d’une conviction passionnée, d’un attachement aux valeurs humanistes chevillé au corps. Que ces poètes, ces écrivains s’attardent sur les horreurs destructrices et l’absurdité, la profonde inutilité qui s’attachent à la guerre ou sur la paix édénique, la paix telle qu’on la rêve, la paix des Anges, ils vibrent tous, au final, de la même aspiration, du même appel.
Rêve et dénonciation ont, ici, bien sûr, partie liée.
La vocation du poète est une vocation à inventer des mondes nouveaux, donc, à changer le monde.
Cet ouvrage, très divers par les modes d’expression de ses différents auteurs, nous en donne une bien éclatante illustration.

L’espoir, comme on dit, ça fait vivre et tous ces auteurs veulent, à toute force, le triomphe de la vie. Tout simplement, parce qu’ils l’aiment, qu’ils la trouve belle et sans prix.
Ruisselant d’espoir, ce livre sait aussi se faire grondant de juste colère, de colère parfois percutante telle Diane Descôteaux :

ordre de se taire
chut ! ils ont trouvé la paix
face contre terre
.

On y rencontre, quelquefois, un humour grinçant qui nous enchante – ainsi, avec les excellentes  Mémoires d’un âne israélo-palestinien de Pierre Dard. On y puise des images saisissantes de force, qui marquent :

Ce soir, ils ne ferment pas les yeux
de peur que le ciel ne les emmène

assène Thierry Ferrand.
On y découvre, auprès d’auteurs très présents dans le paysage poétique, d’autres auteurs, moins reconnus, ou peut-être, un peu plus en retrait et qui, pourtant, savent nous réserver de très heureuses surprises.
J’en veux pour preuve, entre autres, la poésie très personnelle de Roger Masse, ou encore la puissance des évocations de Colette Nys-Mazure, le très agréable talent de conteur que révèle Arif Al-Zeituni, les jolies images dont nous gratifie Pascale Arguedas :

La route tient en laisse les villages,
Un arbre broute les vitres,
La nuit claire feuillette les peupliers.


Que dire pour conclure ? Peut-être emprunterai-je au poète Dong Phong ces vers pleins de sagesse :

Ô chers troubadours et bardes de tous les pays
Persistons à garder notre plume en éveil.





Le 13/09/2008.
Patricia Laranco.