A propos de Sang-Breton


Chère Lectrice, Cher Lecteur,

Pour vous préparer cet avant-lire, je me suis appuyé sur ce qu’a été pour moi une expérience fondatrice : les deux années pleines passées, il y a cinquante ans, sous la tutelle paternelle de Michel Bouts.
Je suis bien conscient du fait que, dans la mesure où vous n’auriez point vécu, vous, telle expérience, certains aspects de ma réflexion pourraient vous sembler difficiles à décoder. Aussi ai-je tenu, quitte à être un peu trop détaillé par endroits, à fournir des explications contextuelles et à indiquer des liens.


Comme me le disait son fils Louis Bouts, la difficulté de l’exercice est de montrer « toute la profondeur d'un homme, sa fécondité, au travers de textes qui, comme Sang Breton, n'ont, apparemment, aucune prétention humaniste ou philosophique ».
Mon introduction à Sang Breton [2] dépassera donc ce seul ouvrage, pour le placer dans la perspective de ses autres ouvrages, les connus et les moins connus, en particulier, et surtout de sa vie elle-même, en général.

Avant de faire sa connaissance, en octobre 1951, lorsqu’il me reçut au Gai Savoir, j’avais déjà un peu rencontré Michel Bouts. Non pas le maître de maison droit dans ses sabots, mais l’auteur de livres pour les jeunes. Il était comme je l’appris plus tard né fin 1902 à Versailles, et, pour ce qui est du lieu bien sûr, c’était un de nos points communs.
Je m’étais bien rendu compte que Jean-Louis, le Mowgli à qui la Bouche du Diable avait tenu lieu de pertuis initiatique, n’était pas un héros pour grandes personnes. Il n’était pas Le Petit Prince [1]…qui, avec le Iohann de La Vingt-cinquième°Heure, dont j’avais forcé certains secrets en même temps que la serrure de la bibliothèque de mes parents, alimentaient ma vision du monde. Par contre je prenais plaisir à découvrir, dans les livraisons successives de Louveteaux, le journal des enfants bon chic-bon genre, les aventures de ce garçon de mon âge qui partageait mes rêves de pionnier bricoleur triomphant dans la douleur d’un environnement dangereux.


Ce n’est que cinquante ans plus tard, relisant ce texte que je remercie ici le regretté Michel Gurnaud d’avoir mis à ma disposition, que j’ai réalisé à quel point la chute de l’épilogue résumait bien la tension intime qui habitait Michel Bouts.
« Mais les hommes ne savent pas toute la vérité. S’ils pouvaient se glisser une nuit jusqu’à la clairière centrale…ils assisteraient à un bien étrange spectacle : un homme en robe de bure, chantant d’une voix pleine…un cantique à la gloire du Créateur ! ».



[1] Petit Prince que j’ai découvert avec étonnement « mis en ballade » par Michel Bouts dans la plaquette qu’il réalisa vers 1991 sur le Château de Montauban.

[2] Sang breton est ainsi identifié à la BNF :
Bouts, Michel (1902-1993)
Sang breton [Texte imprimé] : récit de la Bretagne féodale, XVe siècle / Michel Bouts.
Témoignage de Claude Rich ; préf. de Jean-Pierre Desthuilliers... ; ill. d'Élisabeth Bouts.
Saint-Vincent-sur-Oust : Elor, 2003 (53-Mayenne : Impr. Jouve). - 191 p. : ill., couv. ill. en coul. ; 21 cm.
DLE-20041122-53968. - ISBN 2-912214-65-3 (br.) : 15 EUR. BN 39238792 notice au format Unimarc ISO-2709 04-55176