1-Michel Bouts, ou la convergence construite de deux vocations

Michel Bouts ne fut pas seulement un père de famille attentif, et un éducateur dont les inventions pédagogiques auraient mérité de… faire école. Envisager un internat de petit effectif, dans une zone de préférence campagnarde, où l’enseignant donnerait priorité aux apprentissages concrets sur l’ingestion programmée des connaissances, n’est peut-être pas, dans les années 50, une idée très originale. Des modèles d’écoles de ce genre existent. La véritable innovation n’est pas dans l’idée, mais dans sa mise en œuvre intelligente et persévérante.
C’est ce que firent Michel et Geneviève Bouts, mettant leurs talents réunis au service un peu de leur idée partagée, et beaucoup des enfants réunis tout d’abord à Neauphles-le-Vieux, puis à Dingé, et très vite à Bazouges-la-Pérouse.

C’est là, en lisière d’un bourg rural breton, dans la propriété de Bellevue, que Michel Bouts sut exploiter les ressources de sa créativité appliquée et de sa générosité éducative. Tour à tour jardinier, maçon, luthier, maître de chapelle, il nous appris à la fois la vie en société et les bases d’une formation polyvalente. Il développait en chacun de nous, selon ses aptitudes et ses dons, à la fois des savoir-faire pratiques et des connaissances méthodologiques, l’autonomie mentale, et la curiosité du monde physique, intellectuel et spirituel.

Or Michel Bouts avait d’autres voies de recherche et de développement personnel que la pédagogie des adolescents. Il était habité par une contradiction intérieure dont son histoire témoigne, et qu’il a en partie compensée à travers deux aspects de son activité intellectuelle.
Ces deux personnalités cohabitantes peuvent se caractériser l’une par le désir de transcendance spirituelle, l’autre par le besoin de filiation paternelle, d’où la nécessité pour Michel Bouts de réaliser, par diverses voies, son équilibre en dualité harmonieuse [1].

S’il a choisi la voie du mariage et du métier non d’enseignant, mais d’éducateur –ce qui ne l’empêchait pas de « donner des cours » au sens le plus rigoureux et traditionnel du terme -, c’est après un détour par une expérience monastique approfondie. Son choix ne relevait sûrement pas du dépit d’un échec, voire de la peur d’une erreur, mais plus probablement de l’opportunité de réconcilier ainsi, de manière à la fois intérieure et sociale, les deux morceaux de son propre symbole.

Et les deux aspects de son activité qui furent le sacrement de cette unification sont, pour moi, d’un côté la part donnée au Gai Savoir aux exercices initiatiques d’éveil proposés à ses « enfants », de l’autre la place tenue, dans sa présence au monde, par l’écriture.



[1] Balance ascendant Gémeaux, et ingénieur sociétaire aux poètes français, j’ai conscience de projeter dans cette analyse de Michel Bouts, éducateur et écrivain, partie de ma propre recherche d’équilibre intérieur.