la forme du fond, ou le secret sacré de l’image-magie.
La roue du Tarot.
Le texte égrène le tarot dispersé et en même temps
ostensiblement, Osirissement, rassemblé, les arcanes majeurs en processions,
bornes miliaires du texte, les lames dans tous leurs états, les quatre couleurs
pressenties, présentées.
Marc Alyn une fois de plus nous prévient sans
détours : "Tant vaut la lame, tant vaut l'âme ".
Le tarot est une organisation de la parole, de la parole considérée comme
projet. Ouvrir le livre du tarot, s’ouvrir à lui, c’est ouvrir le temple de la
parole et s’ouvrir à elle.
Les 22 arcanes majeurs souvent expressément nommés, le sont
parfois :
-par un détour : la maison dieu,
ici fond de commerce, la Maison
Dieu,
-ou une allusion plus ou moins voilée à l’image, comme la tempérance : Les fleuves
refluaient, avides de l'amont ; l'odeur musquée de l'Origine se déployait
autour des seins peu tempérés livrés au doigté magistral de l'organiste ;
ou bien l’hermite :
leur lampe brûlait tard tandis qu'ils se laissaient couler, chinés d'or, bleuis
de voyance et de foudre…
-ou sous un nom moins habituel, tel qu’Isis [1]pour
la papesse,
-et l’arcane sans nom évoqué comme
il se doit sans le nommer, soit par une description de la lame : Une
initiée sans nom brodait des déflorations [2]
vénitiennes sous un tertre abasourdi de seringa, de glaïeuls (et toute
la suite du texte du 2° paragraphe de La volupté contre l’histoire)…soit
par une évocation de son sens: « la
mort dans l’âme n’est pas la mort de l’âme – mais parfois son éveil »
Le réveil des sept dormants d’éphèse [3]
Le livre s’achève sur un tirage à 7 [4]
cartes (le sept « manquant » aux six « sept » recensés dans
l’ouvrage : sept douleurs, septembre (septième mois), sept âmes,
septième soleil, sept dormeurs d’ةphèse, septième tarot), au dernier tableau, avec
puzzle et Donateur immobile au dessus d’un tohu-bohu d’espaces guillochés…Tirage
à « lire » et comprendre en fonction de la question que se pose le
lecteur.
22 arcanes majeurs bornent circulairement le périmètre de la roue du tarot, et
7 est la valeur « arrondie » du diamètre [5]
de cette roue. Un tirage à 7 lames n’est pas dénué de sens, dès lors qu’il
s’agit d’un texte consacré à l’arcane VII.
Ce tableau résume mon tirage personnel :
|
citation extraite |
lame lue |
sens donné à l’arcane |
Soleil entre les cornes |
XVIIII le soleil |
Affirmation, gloire généreuse, vérité féconde du verbe |
|
…ou Isis ? |
II la papesse |
Intuition et fécondité, science et imagination |
|
de limailles [6] de lune |
XVIII la lune |
Vie affective, porte de l’inconscient collectif |
|
à la 6 4 2 [7] sur la roue du Zodiaque |
X la roue de fortune |
Cycle de l’éternel retour consommant l’énergie du cosmos |
|
La mort dans l’âme n’est pas la mort de l’âme… |
XIII sans nom |
Transformation cachée, pouvoir de tré-passer, émergence |
|
tiré par un cheval rouge, un cheval bleu, le char triomphal… |
VII le chariot |
Triomphe, harmonie du sens artistique, ouverture à l’en-haut |
|
l’Athanor du mat |
sans nombre le mat |
Départ vers d’autres naissances de l’homme vêtu de sa seule connaissance |
Si je retranscris en l’état cette suite de sens, je compose
la fresque suivante :
Affirmation, gloire généreuse, vérité féconde du verbe
//
Intuition et fécondité, science et imagination
//
Vie affective, porte de l’inconscient collectif
//
Cycle de l’éternel retour consommant l’énergie du cosmos
//
Transformation cachée, pouvoir de tré-passer, émergence
//
Triomphe, harmonie du sens artistique, ouverture à l’en-haut
//
Départ vers d’autres naissances de l’homme vêtu de sa seule connaissance.
En d’autres termes, j’accède au fond du fond :
Me voilà né nu sous le soleil irradiant des mots, rayons de miel de la parole.
Sans résister je m’abandonne au feu de l’imagination. J’ouvre ma porte
intérieure au jaillissement des archétypes. Tous les cycles de l’histoire,
nourris par le mouvement des astres et les épopées des hommes, me redisent à
mots changeants la même aventure. Je traverse en silence le sens immédiat des
phrases en acceptant de ne pas tout comprendre pour acquérir le secret qu’elles
recèlent. Poète, artiste en vocables, j’acquiers la douce et lumineuse maîtrise
des sons et des lettres, réceptacles et matrices du souffle. Transfiguré,
richement appauvri, me voici enfin marchant vers ma mort éternelle, ayant
connu, partagé, recréé la solitude primordiale de l’être.
Autres formes d’un texte à multiples fonds
D’autres lectures de la forme du fond sont possibles. J’ai
choisi ici celle qui invoque le Tarot à la fois parce qu’elle m’a semblé
lisible pour presque tous et qu’elle correspond à une inclination personnelle.
Le lecteur pourra, s’il le désire, évoquer, susciter, entre autres
référentiels :
-le mythe de l’arbre (voir en particulier la presque ultime, la pénultième du
final, l’arbre à soleils)
-le culte égyptien du soleil et de la migration des âmes
-la kabbale, organisation lettrée de la Parole, en 22 lettres-chiffrées,
d’Aleph à Tav
-l’alchimie, organisation gestuelle de la Parole, le grand’œuvre en 22
étapes, de l’Extraction à la
Projection,
-le triangle Hermès-Orphée-Pythagore…
Marc Alyn, faisant vivre simultanément ces symboliques, les entrelaçant en
coexistence symphonique, nous prouve expérimentalement, par les œuvres, la
fécondité du couple de l’Un et du Multiple.
Une autre lecture du dernier tableau du final, le
septième tarot, qui est en soi un répertoire de symboles, montre que,
pour Marc Alyn, le seul fil du tarot ne suffit pas à baliser le dédale.
Il nous signale en effet, au fil du texte :
-les cornes jumelles de la force et de la
puissance,
-la spirale fertile de l’escargot périodiquement
régénéré,
-le bienveillant lézard égyptien en extase
contemplative,
-Osiris décomposé recomposé dont le sexe nourrit le
Nil,
-le mystère cabalistique du Nom imprononçable,
-le fœtus embryon d’or de l’alchimiste et cristal
mûri germe d’immortalité,
-le blanc lotus, œuf du monde et mandala aux huit
pétales,
-le chaos primordial et nécessaire du tohu-bohu
antérieur à toute création,
-le Messager des dieux sous les traits d’Hermès que
ses ailes aux talons autorisent à recommander « si vous ne pouvez plus
marcher, servez-vous de vos ailes »,
-le cheval, en couple ici non blanc et noir, mais
actif (le cheval rouge) et passif (le cheval bleu), apte à passer de la nuit au
jour, de la mort à la vie,
-l’Athanor du Mat [8],
alias l’Alchimiste, microcosmique creuset de la transformation,
-l’Arche source mortelle de toutes les puissances,
recelant la quintessence de la tradition orale cristallisée en tables de la
loi,
comme autant de repères pour y voir à chaque passage plus clair dans ce
fouillis ordonné de messages.
[1] La
Vierge noire, ou la Grande prêtresse,
ou la Veuve maçonnique…
[2] Dans
le chemin du grand’œuvre, l’étape XIII est la floraison : « la
fleur des sages croît sur la plante philosophique »
[3] Récit
commun aux traditions chrétienne et islamiste (source musulmane : Coran,
début de la sourate de la Caverne ;
source chrétienne : Saint Grégoire de Tours)
[4] Dans la lecture que je fais de Le septième tarot, j’ai à la réflexion éliminé le lien pourtant « aveuglant » entre Verseau et Tempérance, ayant compris « بre du Verseau » comme un tout, datant le texte d’aujourd’hui.
De même, je n’ai pas pris « au pied de la lettre » l’apparition des mot « …l’autre monde » et « …le monde » pour invoquer le Monde, les ayant compris comme utilisés ici, dans ce contexte, pour désigner du même nom tantôt l’imaginaire côté pile de la lumière, tantôt la réalité éveillée aux prises avec la production du songeur, lui même sas entre ces deux univers.
Cette manière de voir est toute personnelle, d’autres
sont possibles.
[5] 22/7
= 3,14 = environ p
[6]
Exactement 18 escarbilles…sur le Tarot de Marseille
[7] La
roue a bien 6 rayons, 4 entretoises et 2 montants…toujours sur le tarot de
Marseille.
[8] de
l’arabe « mat », « il est mort »…

