L'affaire Francis Blake, d'après Edgar-Pierre Jacobs



Edgar-Pierre Jacobs doit se retourner dans sa tombe

Ni fait ni à faire, l'affaire Francis Blake. De la BD canada-dry. Une galerie de faux E.P.Jacobs. [1]

L'art du à-la-manière-de [2] a ses chefs d'oeuvre et ses orfèvres. Les Déliquescences, poèmes décadents d'Adoré Floupette, de Henri Beauclair et Gabriel Vicaire, telles qu'ils les imaginent, sont une bonne et sérieuse initiation à la poésie de l'époque, et entre autres à celle de Stéphane Mallarmé. Pour imiter bien, il faut connaître très bien, et en plus avoir quelque chose à dire. Les auteurs de l'affaire Francis Blake, connaissent bien, trop bien peut-être...mais, nonobstant leur talent professionnel indéniable, ils n'ont rien à dire.
Dans le secret de l'Espadon, le mystère de la grande pyramide, l'énigme de l'Atlantide, le piège diabolique, un souffle épique donne un sens fort au récit. Une distribution théatrale des rôles, autour du triangle archétypal sacré, résume les antagonismes majeurs d'une société. Une dramaturgie minutieuse ouvre au lecteur une porte onirique.
l'affaire Francis Blake, c'est un scénario de saynette de patronage, une distribution de série pour heure de grande écoute, un souffle de ventilateur portatif.

L'art du ça-vous-rappelle-certainement-quelque-chose a ses réussites et ses pédagogues. Dans la X° Symphonie de Beethoven, telle que Pierre Henry nous l'a composée, le mélomane amoureux de constructions orchestrales y trouve accords à sa mesure. les cadavres qui ne portent pas de costard réussissent à créer -c'est leur dernier ouvrage...- un lien imprévu entre des dizaines de scènes caractéristiques de films policiers connus ou moins connus : le cinéphile amateur de polar n'en croit pas ses yeux et se délecte.
Or les auteurs de l'affaire Francis Blake ont pillé le fonds Jacobs sans imagination ni discernement. Pire, ils se sont trompés de tombeau. Sachant bien à quel point E.-P. Jacobs a besoin de mettre en scène ses héros dans les ténèbres caverneuses du monde souterrain, ce sont certains enchainements de...l'Ile Noire et de Tintin en Amérique qui ont été décalqués et ont fait...l'affaire.

Faites-vous bien entendu vous-même votre propre idée sur cette escroquerie aux croquis ; empruntez l'affaire Francis Blake, c'est raisonnable. Si vous l'achetez tout de même, laissez vous faire si quelqu'un vous l'emprunte.

Et pour vous consoler de cette erreur, allez sur le site officiel des éditions Blake et Mortimer afin de replacer cette affaire dans son contexte.

Échange de points de vue




Merci à Alain59960 qui a exposé
 sur son blogue cette dédicace
 des auteurs.
Le 3 déc. 09, à 11:22, Jean-Pierre Desthuilliers a écrit :

Cher correspondant
merci pour cet aveu. En fait, j'ai trouvé, à première lecture, les points de vue de "the adamantine" sainement décapants. Je suis lecteur de BD depuis je ne sais plus quand, probablement mon abonnement à Jeudi-Matin en 1949, et les travaux théoriques au sujet de la BD dont j'ai pu prendre connaissance depuis m'ont presque toujours semblé décalés par rapport à mes propres impressions de lecture. Pour ne rien dire de l'incapacité des concepts créés pour et avec la langue écrite à couvrir le champ d'un mode d'expression et de communication qui la dépasse.
Un moment j'ai moi-même essayé de parler de BD mais j'ai renoncé.
Voir http://www.adamantane.net/ecrivainerie/critique_sur/l_affaire_francis_blake .  Le nom même de ce site vous expliquera la raison de ma question indiscrète : pourquoi the adamantine ? Cordialement. JPD

Thu, 3 Dec 2009 17:14:09 +0100 Harry Morgan a écrit :



Ah, très bien, votre critique de L'Affaire Francis Blake (dont j'ai lu jadis les planches dans mon programme télé, avec effarement). Mais vous êtes encore trop généreux. Les récitatifs nombreux de Jacobs relèvent d'une narration autoriale particulière.
Dans tous les apocryphes, cela devient un simple tic : une action scénique standard, celle de n'importe quelle BD franco-belge, est surchargée de manière oiseuse d'un récitatif purement redondant, ce qu'il n'est pas chez Jacobs, contrairement aux apparences. C'est donc Jacobs vu par des pignoufs.
Internet est une belle chose parce que si je google <<affaire Francis Blake>>, la troisième entrée, c'est l'adamantane [3].
Bien cordialement, HM


[1] Paru sans signature dans Passe-Partout, le journal de l'association Bombinator, et des terminales du Lycée Jean-Baptiste Say, en novembre 1997

[2] Relire Charles Muller et Paul Reboux, deux virtuoses et complices.

[3] Le pire, c'est que c'est (presque) vrai.