cri ! tique...

Critique de la critique

La critique est aisée mais l’art est difficile. Cet alexandrin classique [1] fleure bon le sujet pour bac section lettres. Les prises de position ne manquent pas, qui fustigent les faiseurs et défaiseurs de réputations littéraires, et plus généralement artistiques. Le critique serait un auteur raté, un déçu de l’art qu’il explore.

Je dirais plus volontiers que la critique de la critique est aisée, mais l’art de la critique est difficile , en détournant, avec la complicité d’un procédé stylistique cher à ce précurseur de l'OULIPO et autres amateurs d'ambigrammes qu'est Raymond Roussel, l’enchâssement, la citation initiale.

Pédagogie et activité critique

Ce que je nomme ici critique :
-n’est pas une activité évaluative, visant à noter un texte et, partant, un auteur sur une quelconque échelle (intérêt du thème, utilité des apports, conformité aux normes esthétiques, satisfaction des attentes du lectorat, originalité du propos, etc.) ;
-est [2] le produit d’une lecture de l’œuvre avec valeur ajoutée consistant à la fois à apporter à l’auteur un retour d’expérience et à ses lecteurs passés, actuels, potentiels futurs, un témoignage élaboré sur un impact de l’œuvre.

Le produit que je veux construire
-n’est pas la dénonciation au public, supposé avide de révélations, de ce que l’auteur aurait voulu dire, voulu faire, voulu être, voulu prouver ;
-est la restitution de l’effet en moi de l’œuvre, effet global, intime et irréfutable, car objet d’un message-je [3] , et dont j’explique avec mes mots le chemin et la trace.

On comprend mieux sur un exemple…

Cette démarche est une recherche de symbiose.
Et l’auteur et moi nous nourrissons mutuellement ; s’il est à la fois l’initiateur de l’échange et le premier apporteur de parole, je suis celui qui l’a élu à lire et je lui restitue non une image froide en un miroir glacé, mais une interprétation chaude et vivante de son art

Je donne ici un exemple concret de la mise en œuvre de cette démarche à propos de ma collaboration [4] avec le poète Marc Alyn. Les résultats de mon travail avec le peintre et graveur Henri Landier pourront aussi éclairer sur ce mode de travail, à partir des explications méthodologiques que j’apporte.

Le défi est de passer de l’explication de texte à la lecture inspirée.



[1] Dois-je vraiment citer ma source ?

[2] C’est bien entendu à Charles Kepner et Benjamin Tregoë que j’ai emprunté la balance mentale « est » / « n’est pas »...

[3] Cela rappellera quelque chose aux initiés de la méthode Gordon ?

[4] La démarche, telle que je la pratique, implique une complicité entre partenaires qui va au delà de la seule urbanité dans les rapports.