Lettre à la lectrice

Ce jour après la 24° heure.

Nuit froide, fatigue tiède, jeûne chaud.

Je trouve maintenant ta lettre d'insomnie.
Et me voila bien démuni devant tes angoisses, tes doutes, tes difficultés. En effet je n'ai rien que moi, avec mes difficultés, mes doutes, mes angoissses, à offrir.

Larme pour larme, cœur pour cœur, tendresse pour tendresse : le psaume de l'échange qui n'est pas négoce ,de la confiance qui n'est pas calcul, de l'abandon qui n'est pas manipulation ; le psaume de la rencontre des regards, du partage des sens, des moments et de l'ombre, de l'approche infiniment lente qui à l'abord de l'autre ralentit encore.

Taciturne et réservé je suis, qui ne veux  ni te dérouter par des propos bizarres ni t'abuser de phrases trop lumineuses. Patient, aussi, à écouter les vagues accoucher les écheveaux de Neptune, les petits vents d'est avouer leur secrètes rosées, leurs vérités ténues, leurs confidences.
Également capable de résolution et de douceur, de force et de déraison, de faiblesse et de sagesse.

Mais comme écrire de moi n'est point tout à fait t'écrire, lectrice désireuse de l'être plus encore, et qui sollicite mon écriture.Je n'ai donc pas d'autre retenue à voir que celle que dictent le respect, l'amour esquissé entre deux tournures et cependant contraint à ce chuchotement qui établit la transparente complicité, la considération accordée à qui s'ouvre sans autre condition que d'être reconnu.

Tu m'autorises à publier secrètement mes délires, mes désécrires, le fond de mon chaos intime, à déplier mes symboles pour que tu les déchiffres et qu'ainsi tu lises au décours des phrases, au bord des mots, au détour des lettres, celle que tu es en moi et qui est une autre que toi qu'il te faut reconnaître et apprendre à apprivoiser, toi, sœur à travers les eaux, image de ton souvenir en moi, vent qui souffle sur le vent, ventre nu sous la main du sommeil et yeux clos sur la mort du soleil.