L'énigme du crépuscule, recueil poésotérique

Des racines du ciel aux fruits de l’argile

Si l’univers occidental est construit à partir de quatre élément canoniques [1], et si d’autre part le symbole de l’arbre le résume dans sa forme, alors il est possible d’ébaucher une matrice de découverte – ou un produit de vecteurs – combinant les deux cosmogonies.


Racines

Tronc

Branches

Feuilles

Fleurs

Fruits


AIR


Les

racines
du
ciel



Les

branches
de la
nuée



Les

fleurs
du
vent



FEU



Le

tronc
de la foudre



Les

feuilles
de
l’incendie



Les

fruits
de
l’étoile


EAU


Les

racines
du
fleuve



Les branches

de la
pluie



Les

fleurs
de la
vague



TER



Le

tronc
de la
falaise



Les

feuilles
du
sable



Les

fruits
de
l’argile



Ce procédé presque Oulipien (Oulipique ? Oulipiste ?...) nous fournit une série de douze titres, commençant par les racines du ciel, déjà utilisé avec force et vigueur. En restent onze fort présentables...
Un des autres a d'ailleurs été lui aussi choisi : Les Fleurs Du Vent par Hariett Segal, aux éditions France-Loisir.

Poésotérisme, où les mots possédés par les mystères

La néologie ne fait pas faire l’économie des explications [2]. L’addition-contraction [3] symbolique et littérale :

Poésie + ésotérisme = poésotérisme

résume une perspective qu’orne une brume sémantique qui, même matinale, mérite dissipation.

Les morceaux écrits publiés dans cette section  auraient pu, peut-être, trouver place dans un chapitre spécifique. Tel avait été mon choix initial. J'ai depuis changé d'avis.

L'expression poétique serait-elle incompatible avec le recours allusif à des figures, mots et archétypes qui ne sont pas connus de tous ?

Peut-être sont-ils d’une autre inspiration que ceux avec lesquels ils voisinent maintenant.  Ils manifestent ma réaction à des théories réputées bizarres, des hypothèses dénoncées insolites, des croyances décidées décalées, des pratiques étiquetées mystérieuses. Ils ont, génétiquement parlant, une origine à situer dans l’artifice analysé, dans la connaissance étrange, non dans le vécu relu, le rêve mémorisé, l’imaginaire apprivoisé. Mais au nom de quoi les dissimuler sous un double fond ?

Peut-être émanent-ils  d’une composante secondaire, ou seconde, de ma personnalité. Sans me complaire dans des comportements schizoïdes, je me connais assez pour savoir que la face obscure de mon être cherche la lumière  quelque part du côté de ce que beaucoup refusent de voir, et quelques uns à l’inverse imaginent seul digne d’être contemplé, à savoir ce que les sages nomment folie, les logiciens incongruité et les orthodoxes hérésie. Alors, pourquoi ne pas assumer ces écrits que j'ai eu plaisir à composer ? A propos, quel est le rapport entre ces remarques et le pavé mosaïque en haut de la page ? Pourquoi l’arbre y est-il couché ? Dans quel ordre y sont les quatre éléments ?

Une élément de réponse peut être trouvé dans le mode de génération des 64 hexagrammes du Yi King ( Yi Jing ) à partir des 8 trigrammes élémentaires. Ces trigrammes ajoutent aux quatre éléments Le ciel, Le tonnerre, La montagne et La brume...

Un exemple : la poésie maçonnique existe-t-elle ?

Poésie maçonnique : ça semble annoncer un genre spécial, comme la poésie hermétique, érotique ou philosophique.
Cherchant des exemples, j’ai surtout trouvé des textes de notre frère Rudyard Kipling. Aussi de nombreux chants (voir ce site ) dont la valeur poétique est plutôt limitée à la forme.
De même, l’ouverture vers l’opéra maçonnique :
  • à côté de l’incontournable flûte enchantée ( le librettiste, et commanditaire, Emmanuel Schikaneder, est lui aussi franc-maçon),
  • contient parfois la reine de Saba de Charles Gounod ( Il n’était pas maçon ; le livret, des poètes injustement méconnus Jules Barbier –qui en 1848 conduisit une délégation du GODF à l'Hôtel de Ville - et Michel Carré, reprend le thème du sabotage de la coulée de la mer d’airain et du meurtre d’Adoniram)
  • et des incursions du côté du Parsifal de Richard Wagner, réputé maçon sans tablier.
Mais quoi d’autre ? Nouveau voyage à entreprendre.

Et la poésie maçonnique vivante,actuelle ?

Première question : si elle existe, va-t-elle :
  • plutôt user du vocabulaire spécifique de nos rituels, symboles, postures ; suffit-il de parler équerre et ordo, compas et chao, pour produire un poème maçonnique ? Les quatre vers attribués à Procope par Ramsay dans son discours de 1738 ne sont « poétiquement » pas très exaltants !
  • ou faire allusion aux processus initiatiques, évoquer nos valeurs et traditions, manifester une réflexion symbolique, ésotérique sur le microcosme, le macrocosme et leur éventuel architecte ?

Seconde question : quelles qu’en soient forme et fond, une telle poésie :
  • pourrait-elle contribuer au travail maçonnique et être pour ses auteurs voie de connaissance intime et ses lecteurs motif d’approfondissement personnel ?
  • irait-elle jusqu’à orner certains morceaux d’architecture, dont la sagesse, la force, et la beauté, ainsi accrues, éveilleraient l’atelier et y stimuleraient la recherche?

Pour donner la parole à d’autres approches, je conseille ici :
  • la page les maçons sont aussi un peu poètes du site de la Province de Bretagne de la GLNF,
  • l’ouvrage de Paul Delsemme : Les écrivains francs-maçons de Belgique,
  • le recueil les vertus oubliées, d’Edmond Outin, aux éditions du Nouvel Athanor de Jean-Luc Maxence, qui n'a pas hésité à publier une anthologie de la poésie maçonnique et symbolique, et devait avoir ses raisons....





[1] L’oriental en réquisitionne cinq…dont l’essence de l’arbre. Les quatre éléments peuvent être répertoriés du plus subtil (le feu) au plus dense (la terre) ; ils pourraient être considérés comme quatre états vibratoires différents du même substrat universel, l'éther – l'aether d' Ἀριστοτέλης, la matière du vide – qui en serait la quintessence.

Cet élément primal se distinguerait du cinquième élément mis en scène dans le scénario de Luc Besson et Robert Mark Kamen sur fond de lutte entre les forces du mal et du bien...

Les quatre élémentaux, ne pouvant que rarement être appréhendés directement pas nos sens,  sont l'objet de transferts symboliques vers, par exemple :

  • des schématisations alchimiques, telles que le triangle équilatéral pointe en haut, barré (air) ou non (eau), ou pointe en bas, barré (terre) ou non (feu), dont la réunion logique trace le sceau de Salomon, ou hexagone régulier étoilé ;
  • des êtres mythiques, comme la salamandre, l'ondine, le lutin et l'elfe ; la salamandre, ou sallemandre, joue dans cette série un rôle très particulier, désignant aussi un animal réel qui est est par ailleurs figure héraldique ; certains lui substituent d'ailleurs le phénix. Il peut être intéressant de connaître les motivations des personnes la choisissant comme emblème, en ornant leur ex-libris ou l'incluant dans un titre d'œuvre, voire l'utilisant pour baptiser une entreprise ou un projet.

[2] Selon Jacques Arnold. Voir dans Jointure

[3] Ou contracdition ?