Close symphonie


symphonie espagnole


Symphonie espagnole
Édouard Lalo 1874

Close [*] nous évoque, en français, l'idée de fermeture. L'opéra à parfois son ouverture mais point sa fermeture.

Le groupe nominal close symphonie est inusité en français. Je l'ai trouvé en anglais, pour désigner un modèle d'anche de clarinette...
Quelques symphonies comptent, et c'est une exception à la tradition, cinq et non pas quatre mouvements. Par exemple :
  • La sixième symphonie, dite pastorale, de Ludwig van Beethoven ; le cinquième mouvement est titré ; Chant des pâtres, sentiments de joie et de reconnaissance après l'orage...
  • La symphonie fantastique, opus 14, d'Hector Berlioz ; le cinquième mouvement est titré : songe d'une nuit de sabbat...
  • La symphonie espagnole, d’Édouard Lalo ; j'ai entendu dire que dans certains concerts le cinquième mouvement était zappé, ce que confirme la mention sur la pochette de la version d'Eugène Ormandy...Cette symphonie a accompagné mes études supérieures et certains de mes séjours à Veulettes-sur-Mer.




Mouvements


7.1 - Passage

7.2 - Glossolalie

7.3 - Dyslalie

7.4 - Vie, Vide, Viellir

Passage


Dans l'été très passé des futurs trépassés
Le cycle nu des astres s’acharne à tracer
La métrique solaire en l’horloge cosmique
Qui un jour inconnu sonne l’heure imprévue.

A peine ressurgi des eaux drues du délire
Je peine à rassembler deux mots qui se ressemblent  :
Gémir, pour évoquer une gêne indicible ;
Gésir, pour imager ma posture impassible.

Je n'ai pour firmament qu'un plafond d'hôpital.
Un blême scialytique en fut la voie lactée,
Et pour corne de brume, au décours de la nuit,
J'entends un moniteur qui s’essouffle à veiller.

Immobile je mime un homme agonisant,
Esquissant, de la main, les signes de l'adieu.
L'infirmière attentive à silhouette confuse
A des airs de madone et de spectre à la fois.

Sur ce lit qui m’enferme et me fait meurtrissures
Je me crois embarqué dans une étroite nef
Glissant sur un rapide, en attendant la chute
Qui fracasse en silence au tréfonds des ténèbres.

Enfant, je rattrapais le soleil à la course
En désir fou d'accélérer le cours des choses.
En ce temps ci, hélas, je continue sur l’erre
À mon corps défendant, crispé de peu, inquiet,

Impuissant à freiner mon sûr mouvement vers
Cet horizon brumeux où toute étoile tombe,
Se figeant, pétrifiée, ultime monument
Dressé en souvenir de poussières éteintes.

J'eus un premier printemps, épreuve de baptême,
Où je conquis le droit de pénétrer la vie,
Puis un été d'orage ou de cris de soleil
Et d'illuminations aveuglantes de joies.

L'automne me fut lent, chargé de fruits dorés
Que je sus dévorer la bouche insouciante.
Et voilà que j'apprends, en feuilletant le livre
Des destins, que l'hiver est proche de ma fin.

Du néant d'où naquis n'ai nulle souvenance,
Ni de mes premiers pas aux jardins de l'enfance,
Et pourtant j'ai souci à l'idée de sombrer
Dans ce sommeil sans rêve et sans réveil connu.

Qui tourne le verrou de la dernière porte
Ouvrant sur le chemin absent de toute carte, 
Sur le dernier passage ou la dernière impasse
Où la trace des pas invisible demeure ?

Comment saurai-je que j'aurai franchi le seuil
De cette autre naissance ou de cette évasion ?
Quel ange sonnera la trompette céleste ?
Quel diable allumera les feux noirs des enfers ?

Suis-je l’acteur muet qui fait répétition
De la scène de fin d’une pièce banale
Inscrite au répertoire officiel des vivants,
Et qui titre La Mort faute d’autre expression ?

Dans l'été très passé des futurs trépassés
Le cycle nu des astres s’acharne à tracer
La métrique solaire de l’horloge cosmique
Qui un jour inconnu sonne l’heure imprévue.



Hôpital Européen Georges Pompidou, 20 juin 2012
Saint-Gilles-Croix-de-Vie, 23 juillet 2012

Glossolalie

Les glossaires et les polyglottes,
Les corsaires et les matelotes
En quadrilles langoureux s'agacent

Les linguistes et les multilingues
Les artistes et les camerlingues
En gavottes languides s'enlacent

Les gloseux fous et les langagiers
Les taiseux doux et les imagiers
En menuets languissants se placent

Les languards et les beaux glossographes
Les bavards et les gris soulographes
En des slows alanguis se prélassent.

La glossolalie serait le don des langues poussé à son extrême, comprendre et parler sans avoir appris. A défaut de don des langues, je me suis limité à un don - partiel il est vrai - de la langue.

Les lemmes de la famille sont dérivés de plusieurs radicaux  : le grec
γλωσσα , le latin lingua et le français langue. Ainsi me sont revenus glossaire, polyglotte, gloseux - celui qui glose - et glossographe, puis linguiste et multilingue, et enfin linguard - celui qui prend langue avec ardeur - et langagier.

Les intrus sont langoureux, languides, languissants et alanguis, dont la parenté n'est que paronymique, mais dont le voisinage verbal méritait d'être sublimé. De plus, issus du latin langor, maladie, faiblesse, ils sont à leur place légitime dans ce bal de village.

Le mode de construction des strophes m'a permis de convoquer à cette sauterie une population hétéroclite et- bigarrée. Je prie les camerlingues de me pardonner de leur avoir suggéré la fréquentation des soulographes, et vice-versa bien entendu !

Le concept de glossolalie a intéressé d'autres écrivains. Par exemple  ici...



Hôpital Européen Georges Pompidou, 24 juin 2012

Publié dans le cahier littéraire Le Cerf-Volant , n° 228, troisième trimestre 2012, page 45, avec l'explication de texte de la colonne de droite.

Une seconde version a été rédigée en date du 27 décembre 2012. Elle est lisible ici.

Dyslalie


J'ai perdu la parole et point l'envie de dire,
Le pouvoir sur les sons, et point le souvenir
De ces orchestrations qu'on nomme poésie ;
Il m'en reste si peu que je ne sais qu'en faire.

Ma voix, amie d'enfance et amour de jeunesse,
Me fut compagne lumineuse et prolifique ;
Ma voix, autre moi-même, blessée à mort pour
Que d'elle,divorcé  je prolonge mes jours !

Cette voix qui vacille atteste-t-elle la fin
Proche, imminente même de celui qui fut
Simultanément son serviteur et son maître ?
À mi-voix, à mi- mot, pour quand mon dernier souffle ?

O toi, ma porte-parole, qui te succède
Une fois épuisés tous les derniers recours ?
Quelques voix amies te relayeront-elles, ou
M'accompagneras-tu avec les disparus ?

Ma trace désormais est-elle au creux des livres
Qui ont été ornés de mes textes, ou bien
Dans la plus rare encore et fragile mémoire
De quelques lecteurs de passage, ou de hasard ?


Hôpital Européen Georges Pompidou, 24 juin 2012
Saint-Gilles-Croix-de-Vie, 24 juillet 2012

vie, vide, vieillir


En ces temps ou la vie n'était pour nous qu'un jeu
Où les parties gagnées s'achevaient dans les rires,
Et celles qu'on perdait dans la douce émotion
D'avoir ensemble appris de nouvelles manières,

Savions nous que la vie était aussi ce lent
Cheminement vers le dernier lancer de dé
Roulant sur le tapis usé d'un bistrot glauque
Pour se casser laissant une marque indécise ?


En ces temps où vieillir n'était pour nous qu'un mot
Que nous rencontrions au détour de nos phrases,
Évoquant le retour de matins lumineux
Et l'attente de soirs achevant des jours clairs,
.
Savions-nous que vieillir était aussi ce flot
Qui nous fait dériver inéluctablement
Vers le sombre océan des matins douloureux,
Les sargasses tombeaux des soirs de peurs obscures ?


En ces temps où le vide était pour nous l'espace
Ouvert à nos désirs, offert à nos élans,
Dont la seule frontière gisait à l'horizon
Là où la mer se perd dans l'étreinte du ciel,

Savions nous que le vide était aussi vortex
Aspirant sans retour le regret de nos joies,
Le souvenir brouillé de nos mots d'espérance,
Et les frémissements de nos amours mourantes ?





Cliché JPD
Les Petites Dalles
Le soleil face aux rochers des Catelets
25 juin 2013 - 22 h 03

Les Petites Dalles, 24 juin 2013
Saint-Gilles-Croix-de-Vie, 24 juillet 2013