Listes de diffusion et littérature grise


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Cette chronique a été rédigée à l'intention de Silamots, site conçu et animé par Laurence de Sainte-Maréville.

Site qui accueille aussi, entre autres, des chroniques de Pierre Bachy.

Elle y est publiée sans son appareil critique et sans ses liens, qui n'étaient alors pas fixés dans leur forme actuelle.

Listes,forums, et autres

Une liste de diffusion — ou liste de discussion [4] — est un système de textes, dont les caractéristiques principales sont : Les modalités de fonctionnement d'une liste constituent d'ailleurs, tôt ou tard, une des préoccupations des membres, et toute liste reçoit et/ou diffuse, à un moment ou un autre, des textes dont l'objet n'est plus celui de liste, mais son propre fonctionnement.

La plupart des listes affichent une structure graphique et suivent des procédures qui sont prédéfinies par un fournisseur de "pattern", qui vit des publicités que les messages supportent.

Vous savez tout cela et pouvez vous demander où j'en veux venir. J'y arrive. Encore un petit détour…

Quels types de textes sont mis en liste ?

Esquisse d'une typologie des échanges

De fait, la plupart des listes servent de support d'échange à leurs membres, qui y injectent à peu près quatre types de textes :
Si les textes du premier type ont souvent une valeur anecdotique, périssable, parfois si proche du message personnel qu'il est licite de se demander si un échange "point à point" n'eût pas été plus pertinent, une partie des textes du deuxième type et pratiquement tous les textes des troisième et quatrième type relèvent de la littérature grise.

Se griser de littérature ?

Grise…Pourquoi grise ?

Parce que sa visibilité est moyenne, intermédiaire, sa définition floue, son destin incertain. Le concept de littérature grise a été dégagé pour caractériser, d'abord dans le monde des entreprises, puis maintenant dans celui des écrivains d'occasion, tous ces écrits qui n'ont pas le statut du livre, de la revue, du journal même, mais qui ont pour caractéristique :

Mais, pour la littérature grise, par construction :
Du moins pas encore…

Selon la définition de l'AFNOR, [1] , il s'agit de tout document dactylographié ou imprimé, produit à l'intention d'un public restreint, en dehors des circuits commerciaux de l'édition et de la diffusion et en marge des dispositifs de contrôle bibliographiques. En particulier,ni dépôt légal ni tarification…

Et pourtant, cette littérature souterraine, qui mobilise chaque année des millions d'heures de travail d'écriture, est celle qui a au total le lectorat à la fois le plus éparpillé, le plus insaisissable et le plus nombreux. Sa qualité intrinsèque est en moyenne de même niveau que celle de la littérature tout-court, et certains de ses échantillons sont souvent, de plus, d'un niveau objectivement plus élevé.

A tel point que des institutions universitaires, telle que par exemple l'Université des Sciences et Technologie de Lille, avec son projet GriseMine , se préoccupent de recenser et numériser les constituants de la littérature grise dans leur domaine de préoccupation ou d'expertise. Le grey journal , d'origine cosmopolite, se donne pour devise publiez gris, ou mourrez...

L'École Nationale Supérieure des Sciences de l'Information et des Bibliothèques s'intéressait en 2001 à la valorisation de la littérature grise de la Région Rhône-Alpes. Autrement dit, la littérature grise sort de l'ombre [2] .

En matière de littérature grise, le problème ne semble pas être de la produire, mais de la récolter...

Pérégrinations du littérateur gris dans la logosphère

L'apparition du phénomène listes de diffusion vient modifier la donne, au même titre que l'éclosion des sites personnels ou collectifs et la floraison des blogs.
Une partie de la littérature grise se construit des vitrines, et les liens que le réseau rend effectivement possibles établissent entre ces vitrines un flux de circulation qui permet la lente construction de magasins littéraires de dimensions planétaires, qui eux même peuvent progressivement se "syndiquer" en une confédération en perpétuelle évolution.

Nous voilà donc acteurs, metteurs en scène et écrivains d'une révolution littéraire. Non seulement le carnet intime — je pense avec émotion au Carnet Interdit…— quitte son écrin pour s'offrir sur écran, mais encore et surtout, grâce aux moteurs de recherche en particulier, la littérature grise retourne la situation et s'offre, avec des moyens pratiquement à la portée de tous (un ordinateur portable et un nom de domaine, ça coûte bien moins cher et c'est infiniment moins capricieux qu'un éditeur, non ?) un lectorat potentiel à faire rêver bien des distingués attributaires de prix littéraires.

Quelle est la responsabilité que nous confère ce nouveau potentiel de diffusion ? Saurons-nous survivre à ce pouvoir d'influence ? Quel usage ferons nous de ces nouveaux moyens de communication de l'écrit ? A nous d'expérimenter sans ivresse ni dégoût ce nouveau territoire, et d'éviter la tendance humaine à s'approprier, piller, polluer, à dévaster les plus riches plaines, stériliser les mers les plus fécondes, et bétonner les déserts les plus propices à la méditation sous les étoiles.


[1] voir à ce sujet : AFNOR (Tour Europe, cedex 7, 92049 Paris La Défense). Présentation des rapports . Recommandation aux auteurs, août 1991. Plaquette publiée avec le soutien du ministère de la recherche et de la technologie, délégation à l'information scientifique et technique (DIST)

[2] Mais, telle la Lune dont la lumière cendrée nous remet en mémoire que le terminateur ronge l'ombre des sables pulvérulents, la littérature grise peut cycliquement retourner à l'ombre dont elle s'est dégagée.

SIGLE (System for information on grey literature in Europe) est une base de données consacrée à la "littérature grise" dans les domaines essentiellement scientifiques. Quoi que le terme de "littérature grise" soit toujours difficile à définir, on peut considérer que SIGLE recense essentiellement des thèses, des rapports scientifiques, des actes de congrès, des études de marché, etc.

La base comprend environ 850.000 notices,. Les plus anciennes notices remontent à 1980. Près de la moitié des notices proviennent de bibliothèques britanniques, et 10 % seulement de France, par le biais de l' INIST essentiellement. Dans la base SIGLE, le signalement d'un document n'est pas dissociable de sa fourniture : chaque notice comprend l'indication de l'institution capable de fournir le document ou, à défaut, d'en proposer une copie.

La dissolution de l’association EAGLE [3], qui en assurait la coordination, a entraîné l’arrêt de l’alimentation de la base SIGLE au 31 mars 2005. Un Cd-ROM comprenant l’intégralité de la base sera disponible dans le courant du 1er semestre 2005, mais il est difficile de dire si, sous une forme ou sous une autre, SIGLE survivra – a fortiori renaîtra de ses cendres.


Cette information veut relayer l'avertissement donné par Yves Desrichard en Mai 2005 dans son  Cours sur les outils collectifs des bibliothèques françaises et étrangères

[3] EAGLE - European Association for Grey Literature Exploitation La mission d’ EAGLE est de donner accès, de promouvoir l’utilisation de la littérature grise dans les pays européens.

[4] Parfois newsgroup , c'est à dire groupathème...On peut parler de groupes d'échange, de polylogues, de forums ; le réseau du WWW est bien entendu une source d'information très émissive sur ces entités virtuelles.