Les homards au court-bouillon


Résumé

Est-ce parce que la gastronomie des crustacés remonte aux temps primitifs qu'elle est porteuse d'analogies socioculturelles telles que : le panier de crabes, le cardinal des mers, la langouste ne passera pas ?

Étant majoritairement gastronomie de matière première, celle du homard exige d'abord la maîtrise du processus d'achat .
Mais le processus de transformation, quoique secondaire, pouvant faire échouer la recette, et un court-bouillon n'ayant rien à voir avec l'eau pour les nouilles des cantines des Lycées et Collèges, quelques précautions s'imposent.

L'oeuvre au rouge, elle, a bien entendu ses rituels alchimiques qui méritent un scupuleux respect.
Et enfin, au delà du plaisir des yeux, il y a aussi l'art et la manière d'honorer les papilles sans gaspiller le précieux mets ainsi préparé.

Sommaire

Homards en conclave
Choisir un homard
Faire un court-bouillon
Cuire un homard
Déguster un homard
Bisser ou bisquer ?
Que faire après avoir achevé le homard ?
Homard vivant

Homards en conclave

Le titre court (court-bouillon ?) de cette page, qui est aussi celui de ce paragraphe, tel que donné en marge de droite, est né d'un rapprochement impertinent -encore que du fumet du homard à la fumée blanche qui annonce la fin de la transformation d'un cardinal en pape il y ait des analogies à approfondir - entre :
N'en tirez pas la conclusion que je recommande de Cocotte-Minuter le homard : son court-bouillon (voir plus bas) se doit de demeurer peu couvert.
Le homard, ayant des nageoires mais pas d'écailles, contient une chair impure, au sens de la cacheroute, ce que confirme la Torah (Lévitique XI.1-47) .  Les israëlites pratiquants s'en abstiennent donc. Certains d'ailleurs savent fort bien ce qu'ils perdent...

La simplicité de cette préparation met en valeur l'essentiel. Il en est en effet du homard comme des sites, l'essentiel est le contenu. Cette affirmation mérite bien validation par l'expérience, non ?
La gastronomie de transformation, savante et complexe, met en évidence le savoir faire du maître-queux. Elle peut aussi masquer la médiocrité, voire la mauvaise qualité de l'aliment principal. La gastronomie de matière première, elle, implique rigueur dans la sélection du produit, d'où les conseils donnés ici quant au choix de l'animal.

A noter que la cuisson au court-bouillon est tout de même un phénomène de transformation, d'où le soin pris pour la description du processus de cardinalisation.
Si la chair un peu fade de l'écrevisse appelle, elle, d'autres cuissons, plus accompagnées, pour éveiller le goût, celle de la langoustine fraîche peut se trouver valorisée par une adaptation aux circonstances (durée du frissonnement...) de cette recette.

Quand à la langouste, elle ne passera pas !

>> Retour au sommaire

Choisir un homard

Le véritable homard - le bleu des Glénans - vit en mer du nord, en Manche au pied des falaises du Pays de Caux, dans les abords des îles Anglo-normandes, dans les eaux du Cotentin, sur les accores de la Bretagne ou sur les côtes de Vendée. Le homard brun ou homard d'amérique au corps trapu, natif de la baie de Brunswick, développera mieux ses arômes  une fois grillé, processus d'accommodation culinaire qui est pour le homard franc, à mon avis, une faute de ...goût. A noter que les Acadiens de Shediac utilisent le homard (cuit, car «de gueules») comme pièce héraldique sur leur blason.

La couleur, pers plus ou moins glauque [1] du dessus n’est guère un signe de reconnaissance, car elle est partiellement marquée par l’habitat de l’animal. Le ventre est lui de couleur laiteuse. Attention, le cardinal des mers [2] ne devient rouge [16] qu’à la cuisson. Plus la carapace semble sale, plus il a de chances que la dernière mue remonte à longtemps : un homard qui vient de muer a puisé dans ses réserves pour compenser le jeûne forcé provoqué par cette crise de croissance.

La masse optimale se situe dans la fourchette (si j'ose dire) des 500 à 700 g [19] . Les femelles sont réputées plus avantageuses quant au rapport masse consommable / masse totale, et plus goûteuses ; elles se reconnaissent à la forme en creux - c’est le logement pour les œufs -  de l’abdomen [3]. Dans le doute, consulter le poissonnier. Sauf s’il en reste peu à ramper sur la glace de l’étalage, car ici comme ailleurs tout finit par se vendre !

Si vous êtes adepte de la pêche à pied, voire bassier [21] émérite, et équipé pour la capture [4] du homard, souvenez-vous que la taille au dessus de laquelle vous n’êtes pas réglementairement obligé de remettre à l’eau votre prise est de 87 mm, mesurés sur la carapace de la tête à la queue [5], c'est-à-dire de la pointe du rostre à l’extrémité de la nageoire caudale, donc hors pinces et hors antennes.

>> Retour au sommaire

Faire un court bouillon

Un court-bouillon n’est pas un bouillon court, mais un bouillon qui cuit peu, et surtout lentement. Pour en préparer un, il convient de réunir des ingrédients, et de respecter un processus.
Le ingrédients que je recommande, pour la cuisson d’un homard de taille moyenne, fournissent environ cinq litres de court-bouillon.
Réunir (l'ordre a peu d'importance, mais commencer  par l'eau facilite la manoeuvre et rappelle symboliquement une époque de la création du monde ) :

Une variante consiste à remplacer les 5 litres d’eau  et les cuillerées de sel par 5 litres d’eau de mer [9] filtrée.

Une autre variante , issue du principe que les matières premières elles-mêmes issues d'un même terroir ont des affinités électives, et de la constatation que le homard fréquente les côtes d'arrières pays à cidre, est de remplacer la demi bouteille de vin blanc par une bouteille entière de cidre brut.

Le processus consiste à mélanger le tout, puis à monter à ébullition lente ; laisser frémir ½ heure, couvrir et laisser refroidir. Les ingrédients solides peuvent rester dans la phase liquide.

Pour cuire n homards,

le rapport entre la masse de liquide à 100° et la masse immergée pour la cuisson devant conserver sensiblement la même  proportion qui est de sept pour un.

Alexandre Dumas propose [17]une approche un peu différente, dont une première particularité est l'absence de carotte dans la gamme de fabrication, et la seconde qu'il s'agit de favoriser d'une pré-cuisson du homard, la recette se terminant par un enfournement...

>> Retour au sommaire

Cuire un homard

Placer le homard ½  heure au réfrigérateur pour l’endormir [18] . La légende des bouilleurs de crustacés susurre aussi la possibilité d’obtenir la mise en sommeil en frottant le dos du thorax de la bête avec une pièce de monnaie. Ni le louis d’or, ni le napoléon III de bronze, ni la banale pièce de dix francs, à laquelle a succédé celle de deux euros,  ne m’ont procuré de résultats probants en matière d'engourdissement…Il doit falloir savoir se mettre dans des dispositions mentales spéciales, voire chamaniques pour ainsi entrentranser l’animal.

Une variante moins connue est l'induction d'un coma éthylique : immerger l'animal dans le vin du court-bouillon pendant le même temps, soit  ½ heure.

Réchauffer le court-bouillon pour arriver au point d’ébullition. Retirer les élastiques qui maintiennent les pinces fermées [10], sous peine de transformer le bouillon en bain de cuisson fleurant bon l’élastomère chaud. Plonger le homard dans l’eau la tête la première. Attention au coup de queue éventuel [11]. Laisser remonter en température puis frissonner pendant un temps proportionnel [12] à la masse du homard. Dans le doute, mieux vaut raccourcir le temps de cuisson, sinon la chair devient filandreuse.

Laisser refroidir avec et dans le court-bouillon. Au bout de cinq  minutes, retirer de l’eau, plonger cinq minutes dans l’eau froide, et non glacée,  et mettre à égoutter la tête en bas [13]. Ne jamais emprisonner au réfrigérateur, pour pouvoir consommer légèrement tiède, ou chambré. Le court-bouillon peut être conservé :
  • pour une utilisation ultérieure ; dans ce cas, il peut être enrichi des grosses pièces de la carcasse des homards et conservé 24 h,
  • soit dans la perspective de préparer à l'identique d'autres crustacés,
  • soit dans celle de pocher du poisson de mer.

>> Retour au sommaire

Déguster un homard

La valeur nutritive du homard est de l’ordre de 90 calories pour 100 g de chair [14]; en prime, 250 mg de phosphore et pas de lipides. Idéal pour un régime de santé.
Le homard se déguste au naturel. Sa saveur propre lui suffit. Je la juge supérieure à celle de la langouste. Seule l'étrille peut-être peut rivaliser en délicatesse, qu'il s'agisse des arômes primaires ou secondaires.
A la rigueur un pain au seigle (et non de seigle...) effleuré de beurre demi-sel lui est bonne compagnie. Proscrivez les mayonnaises et autres accompagnements. Les vins compatibles sont ceux préconisés pour le court-bouillon ; vous pouvez tenter un  madiran blanc -pacherenc du vic-bilh sec- ; les vins blancs trop fruités assomment le goût de la chair ; .

Pour préparer le homard à l'emploi, il faut là aussi quelques outils et un savoir-faire opératoire.
Les outils, d'abord :
Le savoir-faire, ensuite :

Par ailleurs, il existe d’ autres recettes qui ont aussi leur charme et leur saveur.

>> Retour au sommaire

La seconde chance : après le curetage, le bisquage...

Les reliefs de la dégustation peuvent être relevés de plusieurs manières. Outre l'enrichissement du court-bouillon, déjà évoqué, la confection d'une bisque de homard est une issue gastronomiquement honorable à un bien naturel désir de recyclage.

Attention, le mot  bisque de homard qualifie un des produits mis au point en 1950 dans les laboratoires des héritiers l'industrieux baron Justus von Liebig. Ce mélange contient dans sa composition , d'après les mentions de l'étiquetage, 1/4 de résidus de crustacés dont seulement 50 % de homard...Les ouvrages consacrés à cette conserve alimentaire donnent des modes d'utilisation du produit, mais bien entendu ne soufflent mot du processus d'élaboration.

Les recettes usuelles de bisque prévoient comme intrants des crustacés entiers, avec leur chair, en général des crabes communs ou des étrilles, ainsi que l'ajout de fumet de poisson, de qui est une manière de tricher sur les saveurs. ci, il s'agit bien de récupérer des déchets de table en leur donnant une seconde chance de garnir notre assiette.

Il convient préalablement de récupérer les sous-produits de l'opération précédente et de les trier. Eliminer les branchies et les cartilages. Ne conserver que les pièces de la carapace, qu'elles aient ou non été entièrement vidées de leur chair, et les œufs si la homarde était en période de post-ponte...Piler le tout pour obtenir des morceaux ne dépassant pas la taille du culeron d'une cuiller à entremets.

Dans une poële, faire chauffer du beurre en quantité suffisante pour garnir le fond de l'ustensile (le homard est de pays beurriers, l'huile ne lui convient donc guère) et y précipiter les débris de carapace.
Les faire revenir, en remuant et en parachevant le pilage, jusqu'à ce que leur couleur vire au gris de cendre, et que l'odeur caractéristique du cramé organique commence à se manifester.
Mouiller avec une louchée de court-bouillon pour éteindre le revenu. Puis en ajouter autant que de homards entiers au début de l'opération et laisser recuire une dizaine de minutes ; laisser reposer et s'attiédir.
Une fois tiède, filtrer le brouet [20]pour récupérer la phase liquide. Diluer :
et  faites remonter lentement en température en remuant pour éviter que la crème ne caille..
La couleur orangée de la bisque n'est pas due au homard, mais au coulis de tomates ainsi réalisé par dilution du concentré dans le mélange.
Le court bouillon ayant été initialement chargé en aromates, et salé, surtout ne pas ajouter de nouvel assaisonnement.

Servir chaud sur des croûtons de pain revenus préalablement au beurre demi-sel et dorés à point. Vous avez a priori autant d'assiettées de mélange qu'il y avait de homards au départ...

Je suis à la recherche d'une idée pour recycler la phase solide résiduelle, autre que d'en nourrir le compost qui mijote probablement sur votre terrasse.



>> Retour au sommaire

Que faire après avoir achevé le homard ?

Une lecture s'impose : Éloge du homard et de quelques insectes utiles, par Alexandre Vialatte...Que de courageux acteurs ont adapté au théâtre. Le texte de la chronique homardine mérite d'être goûté.

Une autre est possible : l'Ange et les homards, d'André Thirion ; cette comédie dramatique en trois actes et en prose date de 1988, et est présentée par l'auteur comme une réécriture de La Tempête, de William Shakespeare...

>> Retour au sommaire


[1] Au sens grec du terme ; le glauque est le bleu verdâtre, mêlé de vert bleuâtre de la mer. Il désigne selon Homère la couleur des yeux d’Aphrodite. Le mot pers – qui figure sur mon passeport pour désigner la couleur de mes yeux….– lui fait d’ailleurs concurrence.

[2] Selon l’analogie célèbre et abusive de Jules Janin…qui n’avait jamais dû voir de homards que cuits. Il est vrai que l’énigme posée par la modification de la pigmentation de la carapace du homard, virant du glauque au saumon à la chaleur, n’a été résolue qu’il y a peu. A ce sujet, consulter aussi l'excellent (si j'ose ainsi m'exprimer) ouvrage d' Hervé Thys spécialiste de la réaction de Maillard, Les secrets de la casserole, où il dévoile, p. 25 de l'édition Belin, les mystères de l'astaxanthine (orthographié par erreur astraxanthine...influencé par sic itur ad astra ?)...

[3] La femelle se différencie du mâle par ses petites nageoires situées à l'endroit où l'abdomen et le thorax se joignent. Elles sont minces et palmées car elles servent à retenir les oeufs, qu'elle pond en grand nombre mais dont bien peu survivent plus de quelques jours. Chez le mâle, elles sont plus longues, piquantes et plus rigides.

[4] Les méthodes dites à la gaffe ou au crochet — un crochet nommé parfois croc, ou breveux —, brutales et aveugles, sont à mon expérience à éviter, car le risque de massacrer l’animal est élevé ; y aller plutôt

  • au filet (raquettes et balances de plus de 30 cm de diamètre – car il faut qu’au relevé l’animal puisse basculer à l’intérieur–, appâtées à la viande ou même, plus étonnant car le homard est plus un charognard qu'un végétarien, à la peau de melon, font des pièges efficaces ) 
  • ou à la main, gantée si la crainte d'être blessé rend malhabile, quand l'animal est réfugié dans un trou, ce qu'il fait en utilisant ses pinces pour bloquer l'entrée de la fente ; le prendre par une seule pince peut déclencher le réflexe d'auto-mutilation …

Une marée de coefficient supérieur ou égal à 90 est requise, le homard ne s’aventurant pas sur des fonds régulièrement découverts.

[5] Réglementation détaillée disponible aux Affaires Maritimes.

[6] Dans la disette, utiliser un Muscadet sur lie , un Edelzwiker ou un Riesling. Le Mareuil est un vin blanc de Vendée produit dans la région de Mareuil-sur-Lay, entre Luçon et La-Roche-sur-Yon, au sud de Nantes. Les Mareuils ont accédé au statut de V.D.Q.S. en 1984, après s’être en 1963 réunis sous la bannière des anciens fiefs du Cardinal (Qui cardinalat à Luçon, ce riche lieu ? ) ; les mareuils blancs sont issus de cépages chenin et chardonnay. Ils peuvent vieillir en fût de chêne (tanin, quand tu nous tient !).
Le Chateau de Rosnay que j'ai acheté en 2004 porte en médaillon sur son étiquette ces vers de mirliton :

Ce vin doit porter un jour
Des bons mets à la jeunesse
Des erreurs à la sagesse
Des feux même à la vieillesse
Et des désirs à l'amour.


[7] Prendre un oignon blanc ou jaune de 3 à 5 cm de diamètre, peler jusqu’à atteindre la zone humide, et insérer 4 clous de girofle, la tête restant à l’extérieur, aux 4 sommets d’un tétraèdre inscrit imaginaire.

[8] Guérande ou Noirmoutier, les deux se valent, tant pis je ne me fais pas d’amis en affirmant cette équivalence.

[9] La salinité moyenne de l’eau de mer est de l’ordre de 35 g/l dans l’océan Atlantique. L’eau de mer contient, sensiblement dans les mêmes proportions,mais avec une concentration plus élevée, les mêmes éléments que le milieu intérieur des mammifères. Voir à ce sujet les travaux de René Quinton dans son livre L’eau de mer, milieu d’origine, éditions Masson, Paris, 1905, montrant expérimentalement les ressemblances et compatibilités entre l’eau de mer ( le milieu externe des êtres marins ) et le sérum physiologique ( milieu intérieur des mammifères ; la salinité du sang humain est de l’ordre de 3,2 g/l, soit dix fois moins ).
André Mahé
, dans Le secret de nos origines, éditions du vieux colombier, Paris, 1962, apporte sur les travaux de ce vélivole éclairé  un éclairage critique à la fois synthétique et explicatif.
La thérapie marine Quinton est toujours d'actualité, et il existe même une « gamme Quinton international ».

Une cuillérée à soupe pleine et rase contient en moyenne 25 g de fleur de sel. Autrement dit, les 5 mesures préconisées engendrent une salinité inférieure à celle de l’eau de mer.

[10] Un coup de ciseaux de cuisine suffit. Le blocage des pinces a à la fois pour but de rassurer le citadin craintif des pinçons éventuels, et, surtout, d’éviter les accidents de viviers, ou d’étal, entre bêtes confinées dans un espace restreint et ainsi poussées à défendre leur espace vital, donc à entamer des joutes dont le résultat peut nuire à leur intégrité physique, donc à leur vendabilité.

[11] Certains auteurs préconisent de ligoter le homard à plat sur une planchette. Ils ne disent rien de l’essence du bois à choisir, qui a a priori son importance, ni de la manière de culotter ladite planchette.

[12] Compter 10 mn pour un homard de 400 g. Ajouter 1 mn par tranche de 50 g…La formule est valable jusqu’à 800 g ; au-delà, le homard n’aurait pas dû être acheté si vous avez suivi mes recommandations relatives au choix.

[13] Un plat à asperges fait l’affaire.

[14] Selon Henri–Paul Pellaprat, in l‘art culinaire moderne, éditions Jacques Cramer, Lugano, 1960 ; préfaces de Raymond Oliver et de Maurice Edmond Sailland, dit Curnonsky.

[15] La braque, ou chélipède,  est la main, ou la pince du homard. Cette main à deux doigts opposables est formée d'une partie fixe — la plus grande —, qui est appelée pollex, nom latin du pouce, et d'une partie mobile, articulée sur la fixe, appelée index....C'est assez  anthropomorphique.
Alors que les crustacés anoures ont des pinces plutôt symétriques, chez le homard les deux pinces ont un rôle et une morphologie différents : la pince marteau écrase, la pince ciseau coupe. Il y a des homard droitiers — le marteau à droite — et aussi des gauchers. Il faut de tout pour faire un monde....
Sur la chaine cuisine-TV, canal 72, j'ai vu le jeudi 21 décembre 2006, vers 22 h 00, un reportage montrant un homard ambidextre – deux pinces marteau – pêché au casier sur le côtes de Norvège.

[16] Alexandre Dumas, dans son Grand dictionnaire de cuisine, mais à l'article Écrevisse, dédouane Jules Janin de cette gaffe, dans les termes suivants : On a fait dire à notre ami Jules Janin ce qu'on appelle en termes d'atelier une scie pour sa dénomination du homard qu'il aurait en plaisantant appelé « le cardinal des mers ».
Il est à noter que dans beaucoup d'ouvrages de sciences naturelles et de cuisine des XVIII° et XIX°, le homard est rangé avec l'écrevisse, au point que les images dessinées par les illustrateurs donnent à celui-là les apparences de celle-ci : thorax bombé, queue courte et trapue, pinces principales quasi identiques. L'illustration donnée page 352 de l'ouvrage cité (Éditions Phébus, Paris 2000) est un exemple intéressant de cette distorsion, à ceci près que là les deux pinces sont correctement différenciées.

[17] Cette recommandation est extraite du Grand dictionnaire de cuisine, publié à titre posthume chez Alphonse Lemerre en 1873.
Préparez dans une casserole deux gros oignons coupés en quatre, un bouquet assorti, deux pointes d'ail ; mouillez le tout avec une bouteille de bon vin blanc, un demi-verre de cognac ordinaire, une cuillerée à pot de bon consommé, sel, mignonette et quelques grains de piment d'Espagne.
Jetez votre homard dedans ; une demi-heure de cuisson suffit.

Tel est selon lui le début de la recette du homard à l'américaine selon le procédé de Denis Joseph Vuillemot, patron du restaurant de la Tête Noire à Saint-Cloud...
Il reste à préciser le volume d'une cuillère à pot.

[18]

Il convient d'éviter aux animaux des souffrances inutiles. C'est pourquoi la recette dite, abusivement pour certains,  du homard à l'armoricaine me semble barbare. Il est vrai que périr ébouillanté n'est anthropomorphiquement parlant pas plus désirable que périr écartelé...D'où l'idée d'endormir l'animal.

Etiquette informative
Cette image est un agrandissement de l'étiquette centrale de l'emballage représenté par l'image de droite.
 
A noter que comme 1 lb = 450 g environ, la masse de ce homard dépasse 1 kg et sa chair risque d'être un peu filandreuse...

Un article de Franck Bruni, paru dans le supplément The New York Times du journal Le Monde daté du 1° juillet 2006, attire notre attention, sous le titre A kinder, gentler dinner plate...How much should we care about the animals we eat, sur le problème éthique posé par la pratique de la nourriture carnivore.

Les antispécistes luttent pour supprimer toutes formes de torture vis à vis des animaux, y compris leur mise à mort dans une perspective alimentaire. Combat honorable mais peut-être un peu extrémiste.

La Ligue Française pour les Droits des Animaux, plus pragmatique, ne demande pas  de renoncer à la consommation de chair animale, mais de veiller à éviter les souffrances lors de la mise à mort.

Homard encercueillé

Illustration de Ji Lee, photographie de Daniel Root.
Le homard ici mis sous blister est un homard américain. Cette espèce n'est connue en France que par les petits sujets qui envahissent, pour des raisons d'économie sur les matières premières, certains de nos restaurants. Il est possible que la remarque faite sur la masse du spécimen ne soit pas pertinente, le homard américain pouvant atteindre un poids de 20 kg et une taille avoisinant le mètre.

[19]


Petit homard deviendra grand, si Dieu lui prête vie...Il en est du homard comme des autres animaux marins. Ils ne cessaraient jamais de croître, sauf accident ou maladie létale.

Noter que la photographie est en noir et blanc. Les proportions du homard changent avec l'âge : les pinces deviennent de plus en plus grandes relativement au céphalothorax.
D'après une information d'outre-atlantique, le plus gros homard jamais pêché en Gaspésie (ce cliché, probablement...►) pesait 20 kg et aurait été âgé d'environ une centaine d'années...
Le homard breton peut atteindre la moitié de cette taille, soit 50 cm, et donc peser un huitième soit 2,5 kg.
Les animaux aquatiques ont la réputation de vivre longtemps, et ne de jamais cesser de grandir, même si leur taux de croissance ralentit régulièrement. En fait, ils ne décéderaient que par accident (de pêche...) ou de maladie.
Un quahog, variété de palourde,  pêché  au nord de l'Islande en 2006, aurait atteint l'âge de 405 ans. La tortue des Galapagos peut vivre plus de 150 ans et la baleine boréale plus de 130...Selon le Monde daté du 30 octobre 2007, page 29, rubrique Chiffres...


[20] Le mot brouet viendrait du vieux français breu, lui-même issu du germanique brod, le bouillon, dont on retrouve une trace dans l'allemand brauen, brasser (de la bière...Comme le chantait Renaud Séchan : Une KanterBrau... Pas au goulot, Oh Oh ) ou l'anglais to broth, bouillonner, et to brew, brasser. Une racine indo-européenne, bhrew, serait associée à l'idée de bouillonnement.

[21] Maurice-Charles Renard, dans sa monographie la pêche à pied au bord de la mer, éditions de la librairie des Champs-Elysées, mai 1955, déclare page 11, avoir inventé  un jour, du côté de La Hougue, le mot bassier par analogie avec le mot haussier désignant les pêcheurs posant leurs nasses à marée basse et les relevant depuis une embarcation à marée haute. Je n'ai aucune raison de mettre en doute la véracité des aveux de cet émérite chroniqueur halieutique.
Son livre consacre au homard les pages 33 à 39. Il préconise la pêche à la fouëne à long manche, ce qui est critiquable en matière d'intégrité de la prise, et aussi au levier pour démolir l'anfractuosité où niche le décapode, ce qui est aujourd'hui considéré comme relevant de l'incivisme écologique le plus dévastateur. Il donne en revanche des informations croustillantes sur le pacsage du homard et du congre, ainsi que sur l'inventivité du homard affamé capable de piéger des bouquets à marée descendante...fascinant.
Ayant acquis cet ouvrage pour 2 € sur une brocante, je ne puis me plaindre...
Jim Vulpès, alias Maurice-Charles Renard est aussi l'auteur de l'inconnu des isles, collection le masque, grand prix du roman d'aventure 1954...de la femme sans tête, ... On peut être  bon écrivain-détective et mauvais pêcheur à pied !