Blanc ou nul ? Noir !
Quelques digressions socio-politiques
Ces digressions sont vouées à l'enrichissement. Certes, ce n'est pas aux digressions que François Guizot adressa sa célèbre - et par ailleurs trop souvent sortie de son contexte d'origine, plutôt limitatif...- exhortation : enrichissez-vous !, mais le domaine socio-politique est assez riche en péripéties pour engendrer de temps à autres quelques réflexions.Les premières que ce texte composite rassemble portent sur :
- les sondages aux sorties des urnes, compromis hypocrite entre l'interdiction d'influencer le citoyen par une information sur la dynamique du scrutin et le fait que ces données sont connues en temps réel par certain(e)s citoyen(ne)s plus égaux que les autres, les politicien(ne)s.
- le pur scandale de l'enfouissement des votes blancs [2] dans la poubelle des votes nuls, et la possibilité de le transcender en introduisant un vote noir.
- la platitude des résultats de la comptabilité analytique électorale, qui ne prend en compte que les informations géographiques (circonscriptions) - pour ne rien dire de la contribution de certains cimetières aux résultats des scrutins - et les convertit à la louche en pseudo-dissection par caractéristiques socio-professionnelles, en usant, selon un usage comptable centenaire, de clefs de répartition invérifiées et d'ailleurs peu vérifiables.
Sondages aux sorties des urnes : frein ou moteur ?
Savoir en temps réel quel est le résultat temporaire d'un vote peut-il influencer la décision de vote ?
Psychologiquement,
oui, c'est ce qui se passe dans le vote mensongèrement démocratique "à
main levée" que les animateurs de certains syndicats aiment tant, et
pour cause...
Deux remarques toutefois :
- Les motivations sont variées : retourner la tendance, aller au secours de la victoire, se sentir majoritaire donc gagnant...
- Chacun est plus ou moins influençable.
Le blanc, ce n’est pas nul
Il est possible qu'une telle information
disponible en temps réel ( live, comme ils disent...pour des sujets
frivoles et secondaires) secouerait les abstentionnistes attentistes et
les pousseraient à quitter le bistrot du coin où la télé du salon
pour l'isoloir du quartier.
Par ailleurs, la question "avant la question" n'est peut-être pas :
- Vais-je être influencé dans mon vote ? (car toute décision contient une part plus ou moins grande d'influence, sinon à quoi bon les débats et les campagnes...)
- Mais pourquoi (pas : pour quoi !) faut-il que je vote ?
En effet, ne pas voter est tout de même un manière assez curieuse d'assumer sa responsabilité.
Personnellement, j'attends que le "renouveau des pratiques politiques" revenu dans les conversations depuis ce regrettable 21 avril
contienne la prise en compte du vote blanc, séparé des nuls
[3]. Les
abstentionnistes inciviques perdraient ainsi la possibilité d'apporter
une justification politologique controuvée à un comportement qui relève
au pire de la lâcheté, au mieux de la paresse coupable.
Si le
Président actuel – ce papier a été rédigé en mai 2005 | NDLR – avait été élu avec 35 % des suffrages exprimés, et non
avec 80 %, et avait dû prendre en compte l'existence de 45 % de votes
blancs, nul doute que les orientations et pratiques de son gouvernement
eussent été différentes.
D'autant plus que rien n'empêcherait alors
que la loi électorale stipule que si les votes blancs arrivent en tête,
c'est l'élection qui est nulle et il faut recommencer...
Un acte électoral positif : le vote noir
Comment aller plus loin dans cette voie, qui
voudrait conduire à inciter les citoyens à cesser d'arguer du fait
-indéniable- que beaucoup d'élections sont légalement truquées pour
s'abstenir ? Le truquage en question vient de ce que ce sont les partis
politiques qui, au prix d'obscures combines, désignent le candidat
censé porter leur programme, et qu'il est impossible de récuser le
candidat tout en soutenant, fut-ce partiellement, le programme.
L'aspect
le plus étrange de cette situation est qu'en droit l'élu est libre,
ultérieurement, de ne pas appliquer le programme, de se désolidariser
du parti qui l'a sponsorisé, d'adhérer à un parti voisin ou adverse.
Certains ne s'en sont pas privé, d'ailleurs. Les promesses n'engagent que ceux qui les croient.
Pour réduire les effets nocifs de ce détournement du suffrage universel, je propose le vote noir.
Je demande pardon aux anars, peu électoralistes
par conviction intime, de détourner une couleur qui leur est chère
pour, paradoxalement, clarifier le processus électoral.
Voter noir, ce serait mettre dans la même enveloppe
- le bulletin du candidat du parti dont le programme mériterait mise en oeuvre
- un bulletin noir.
Signification claire : vos perspectives me vont mais son porte-drapeau ne me revient pas...erreur de casting !
Le votes noirs seraient bien entendu considérés comme exprimés, au même titre que les blancs doivent l'être,
et mais viendraient en déduction des suffrages accordés aux partis
(donc selon les cas à la liste ou au candidat) qu'ils auraient marqué.
Les
bulletins noirs, étant fournis par la République et tous identiques, ne
pourraient en aucun cas être considérés comme signe de reconnaissance
et provoquer l'annulation du suffrage exprimé, à la différence des
ratures, gribouillis et autres graffitis qui, selon mon expérience du
dépouillement ornent parfois les bulletins mis sous enveloppe et vont
pudiquement grossir le paquet des nuls.
Les partis auraient donc ainsi une information
valide sur la pertinence de leurs choix de femmes et d'hommes, et
pourraient être incités :
- à organiser des primaires pour éviter trop de perte de suffrages,
- à éliminer de leur dispositif représentatif les incompétents notoires, les girouettes professionnelles, les combinards, les malhonnêtes, et autres profiteurs de la protection accordée aux élus,
- donc à faire ce qu'ils disent faire, car il serait politiquement incorrect de ne pas le dire, mais semblerait politiquement acceptable de ne pas le faire, à savoir écouter -un peu et de temps en temps-les électeurs.
Docimologie électorale
Le concept d'expérience est une des bases
méthodologique des démarches scientifiques. Faire de l'expérimentation
en science politique serait, à mon avis, une idée plutôt réjouissante.
Peut-on parler sans mentir de science s'il n'y a pas expérimentation ?
Ceci dit, il est toujours possible d'avoir un point de vue critique sur le protocole expérimental choisi.
Mais peut-être vaut-il mieux tenter d'essayer que de rester à ne rien faire.
Je
serais donc personnellement intéressé par ce genre de tentatives, qui
nous apporteraient peut-être des informations inattendues sur les
comportements électoraux. Une statistique par métier ou type de
formation initiale a autant, sinon plus d'intérêt, que les statistiques
usuelles par bureau de vote, seules disponibles sans trahison du secret
du vote...
Nous ne savons rien d'autre à leur sujet que l'affirmation invérifiable et jamais remise en question selon laquelle ils seraient représentatifs. Par quel miracle moins de mille personnes, fussent-elles choises selon la méthode des quotas, ce qui ne veut rien dire d'intelligible, sont-elles assez représentatives de plus dequarante millions pour qu'il soit possible d'en tirer des conclusions à 1% près ? Comme s'exclamait le regretté capitaine Haddock dites ça à un cheval de bois, et il se mettra à ruer !
Alors que "confesser" ne serait-ce 30 % des anciens d'une filière de formation (par exemple) peut donner une info assez crédible sur son "originalité relative" (à supposer qu'elle existe, ce qui demeure incertain) par rapport à l'ensemble de la population électorale.
[1] Recopiez l'adresse suivante dans la fenêtre de votre navigateur : http://neverland.net/bati/in-mail/bestof/290497a.htm
[2]
Le parti blanc existe...il a un blogue , un fondateur et même des réunions mensuelles – au Yahmi,
à 19h tous les premiers lundi du mois, 54 avenue Victoria 75001, M° Chatelet – et avait mis en ligne une pétition ...que j'ai signée sans trop d'illusions.
Il y a aussi une association pour la reconnaissance du vote blanc, qui
a son siège à Choisy-le-Roi, et un collectif européen pour le vote blanc, qui lui siège tout naturellement à Bruxelles.

