Blanc ou nul ? Noir !

Quelques digressions socio-politiques

Ces digressions sont vouées à l'enrichissement. Certes, ce n'est pas aux digressions que François Guizot adressa sa célèbre - et par ailleurs trop souvent sortie de son contexte d'origine, plutôt limitatif...- exhortation : enrichissez-vous !, mais le domaine socio-politique est assez riche en péripéties pour engendrer de temps à autres quelques réflexions.
Les premières que ce texte composite rassemble portent sur :

Sondages aux sorties des urnes : frein ou moteur ?


Savoir en temps réel quel est le résultat temporaire d'un vote peut-il influencer la décision de vote ?
Psychologiquement, oui, c'est ce qui se passe dans le vote mensongèrement démocratique "à main levée" que les animateurs de certains syndicats aiment tant, et pour cause...
Deux remarques toutefois :

Le blanc, ce n’est pas nul


Il est possible qu'une telle information disponible en temps réel ( live, comme ils disent...pour des sujets frivoles et secondaires) secouerait les abstentionnistes attentistes et les pousseraient  à quitter le bistrot du coin où la télé du salon pour l'isoloir du quartier.
Par ailleurs, la question "avant la question" n'est peut-être pas :

En effet, ne pas voter est tout de même un manière assez curieuse d'assumer sa responsabilité.
Personnellement, j'attends que le "renouveau des pratiques politiques" revenu dans les conversations depuis ce regrettable 21 avril contienne la prise en compte du vote blanc, séparé des nuls [3]. Les abstentionnistes inciviques perdraient ainsi la possibilité d'apporter une justification politologique controuvée à un comportement qui relève au pire de la lâcheté, au mieux de la paresse coupable.
Si le Président actuel – ce papier a été rédigé en mai 2005 | NDLR –  avait été élu avec 35 % des suffrages exprimés, et non avec 80 %, et avait dû prendre en compte l'existence de 45 % de votes blancs, nul doute que les orientations et pratiques de son gouvernement eussent été différentes.
D'autant plus que rien n'empêcherait alors que la loi électorale stipule que si les votes blancs arrivent en tête, c'est l'élection qui est nulle et il faut recommencer...

Un acte électoral positif : le vote noir

Comment aller plus loin dans cette voie, qui voudrait conduire à inciter les citoyens à cesser d'arguer du fait -indéniable- que beaucoup d'élections sont légalement truquées pour s'abstenir ? Le truquage en question vient de ce que ce sont les partis politiques qui, au prix d'obscures combines, désignent le candidat censé porter leur programme, et qu'il est impossible de récuser le candidat tout en soutenant, fut-ce partiellement, le programme.
L'aspect le plus étrange de cette situation est qu'en droit l'élu est libre, ultérieurement, de ne pas appliquer le programme, de se désolidariser du parti qui l'a sponsorisé, d'adhérer à un parti voisin ou adverse. Certains ne s'en sont pas privé, d'ailleurs. Les promesses n'engagent que ceux qui les croient.

Pour réduire les effets nocifs de ce détournement du suffrage universel, je propose le vote noir.

Je demande pardon aux anars, peu électoralistes par conviction intime, de détourner une couleur qui leur est chère pour, paradoxalement, clarifier le processus électoral.
Voter noir, ce serait mettre dans la même enveloppe

Signification claire : vos perspectives me vont mais son porte-drapeau ne me revient pas...erreur de casting !

Le votes noirs seraient bien entendu considérés comme exprimés, au même titre que les blancs doivent l'être,  et mais viendraient en déduction des suffrages accordés aux partis (donc selon les cas à la liste ou au candidat) qu'ils auraient marqué.
Les bulletins noirs, étant fournis par la République et tous identiques, ne pourraient en aucun cas être considérés comme signe de reconnaissance et provoquer l'annulation du suffrage exprimé, à la différence des ratures, gribouillis et autres graffitis qui, selon mon expérience du dépouillement ornent parfois les bulletins mis sous enveloppe et vont pudiquement grossir le paquet des nuls.

Les partis auraient donc ainsi une information valide sur la pertinence de leurs choix de femmes et d'hommes, et pourraient être incités :

Préoccupé par ce concept, j'ai fait une recherche avec mon fureteur favori. Le concept de vote noir a déjà été -c'est bien naturel- envisagé et défini par un Neverlandais (et non un Néerlandais...), avec une procédure un peu différente mais qui s'adapterait bien, elle, au processus référendaire.Si le lien ne fonctionne pas, voilà une entrée de secours [1]

Docimologie électorale

Le concept d'expérience est une des bases méthodologique des démarches scientifiques. Faire de l'expérimentation en science politique serait, à mon avis, une idée plutôt réjouissante. Peut-on parler sans mentir de science s'il n'y a pas expérimentation ?
Ceci dit, il est toujours possible d'avoir un point de vue critique sur le protocole expérimental choisi.
Mais peut-être vaut-il mieux tenter d'essayer que de rester à ne rien faire.
Je serais donc personnellement intéressé par ce genre de tentatives, qui nous apporteraient peut-être des informations inattendues sur les comportements électoraux. Une statistique par métier ou type de formation initiale a autant, sinon plus d'intérêt, que les statistiques usuelles par bureau de vote, seules disponibles sans trahison du secret du vote...

Bien sûr, il est possible de dire un choix et d'en faire un autre...La tambouille des sondages traditionnels a un inconvénient : la (non ?)-représentativité des échantillons.
Nous ne savons rien d'autre à leur sujet que l'affirmation invérifiable et jamais remise en question selon laquelle ils seraient représentatifs. Par quel miracle moins de mille personnes, fussent-elles choises selon la méthode des quotas, ce qui ne veut rien dire d'intelligible,  sont-elles assez représentatives de plus dequarante millions pour qu'il soit possible d'en tirer des conclusions à 1% près ? Comme s'exclamait le regretté capitaine Haddock  dites ça à un cheval de bois, et il se mettra à ruer !
Alors que "confesser" ne serait-ce 30 % des anciens d'une filière de formation (par exemple) peut donner une info assez crédible sur son "originalité relative" (à supposer qu'elle existe, ce qui demeure incertain) par rapport à l'ensemble de la population électorale.

[1] Recopiez l'adresse suivante dans la fenêtre de votre navigateur : http://neverland.net/bati/in-mail/bestof/290497a.htm

[2] Le parti blanc existe...il a un blogue , un fondateur et même des réunions mensuelles – au Yahmi, à 19h tous les premiers lundi du mois, 54 avenue Victoria 75001, M° Chatelet – et avait mis en ligne une pétition ...que j'ai signée sans trop d'illusions.

Il y a aussi une association pour la reconnaissance du vote blanc, qui a son siège à Choisy-le-Roi, et un collectif européen pour le vote blanc, qui lui siège tout naturellement à Bruxelles.

[3] Voir aussi cet article d'AgoraVox daté du 5 septembre 2006.