technologie
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Objet technologique |
Un ingénieur a-t-il fait des études méritant la qualification de scientifiques, ou même plus humblement de technologiques ? Dès la fin des études secondaires, la dichotomie littéraire / scientifique marque les noms des programmes, caractérise les disciplines...Même si une troisième voie vient enrichir les filières, comme ce fut le cas pour sciences expérimentales (en est-il d'ailleurs qui ne le soient pas ?) ou économie. Le mot scientifique fait référence à une méthode de travail, voire une méthodologie spécifique, et cette méthode est quasi absente des enseignements des sections dites scientifiques, principalement nourries d'acquis en mathématiques et physique théorique. L'emploi de l'adjectif technologique lui-même mérite quelques suspicions. L'ingénieur apprend des techniques, c'est certain, techniques réparties autour du point d'application choisi par son École (les ponts, les mines, l'aéronautique, la pétrochimie, ...). Mais quelle est la proportion de savoir-faire technologique qui résulte de sa formation ? |
Sommaire Au commencement était la technique Puis vint le temps de la technologie Méfiez-vous des imitations L'aristocratie des technologues La technologie est éternelle |
Au commencement était la technique
Le mot technique, traduction quasi-translittérée de l'adjectif τεχνιϰὀς surgit chaque fois qu’il faut parler :
- soit de la capacité à produire un artefact,
- soit de la confiance dans la pertinence/utilité du dit artefact .
L’homo technicus apporte le progrès [3] . Si la technique est bien un processus domestiquant matière, énergie et information pour produire un matériau, un artefact, une machine nous facilitant la vie , alors point de technique sans objectif de progrès. De même, réciproquement, pas d'objectif de progrès qui ne requière au moins une technique identifiable.
La correspondance technique <—> objectif de progrès n’est pas, en dépit du symbole que je viens d'employer, biunivoque. De René Descartes à Gaston Bachelard, le concept de technique a fait l’objet de réflexions... techniciennes.
Dans toutes les formations que j’ai reçues, littéraire,
scientifique, artistique, juridique, informatique, religieuse,
symbolique,
la transmission des connaissances et des compétences passait par des
méthodes.
Si certains enseignants les laissent
implicites, à reconstituer, d’autres les révèlent pour mieux les
transmettre en utilisant comme excipient, comme point d'application la connaissance ou la
compétence transmise. La formation proposée dans les grandes écoles d'ingénieurs à la française relève de cette démarche. Tout ingénieur est un généraliste immédiatement opérationnel dans un compartiment technologique, et potentiellement capable d'exercer son art dans tout autre compartiment du savoir faire faire, même hors technologie.
Puis vint le temps de la technologie
Lorsque la technique a la production de techniques pour objet alors il est possible de parler de technologie.
Produire, comparer, évaluer des techniques relève de la technologie. La technologie propose des guides a priori pour programmer les recherches
[3 ref] .Beaucoup de techniques naissent de la systématisation rationnelle d’un processus
qui réussit ; encore que ces processus là qui échouent, et se trouvent de ce fait pragmatiquement mis de côté, soient riches, à l'autopsie, d’enseignement technographiques
[1]
.
Méfiez-vous des imitations
La dévalorisation progressive des mots, par suremploi ou par
recherche d’impact, n’a pas épargné le couple technique - technologie. Le mot technique en est venu à désigner le banal tour de main manuel et/ou mental, et alors technologie s’est souvent précipité dans l’espace sémantique ainsi libéré, avec une acception métonymique
[2]
.
Et très souvent qui lit entend dire technologie doit simplement comprendre technique de conception, de production, d'utilisation...d'un artefact, ce qui est une exagération encore compréhensible, au moins en termes de techniques de la communication spectaculaire et boursouflée, mais cependant peu acceptable pour qui se préoccupe d'utiliser à bon escient les mots usuels du français correct …
L'introduction, dans les enseignements scolaires, commencée au niveau des baccalauréats mais se propageant lentement vers le reste du secondaire, de la technologie comme matière spécifique a
facilité la propagation de l'acception métonymique.
Si la technologie est une discipline mentale autonome, alors il
existe une technologie des technologies. Abyssale perspective, et
cependant ô combien réaliste.
Une recherche via Google sur le mot technique propose (aujourd'hui, 18 septembre 2011...) 520 MégaLiens ; sur le mot technologie, 214 ML.
Si les dictionnaires et les encyclopédies dont l'effort de distinguer technologie de technique, en séparant les deux niveaux, en revanche la plupart des articles mis en ligne, surtout lorsqu'il s'agit soit d'éducation, soit des NTIC, continuent d’attribuer à des techniques le statut de technologie.
La définition donnée aujourd'hui dans WiiPédia du concept de NTIC illustre bien la confusion entre les deux mots. Je cite : Les notions de technologies de l'information et de la communication (TIC) et de nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) (en anglais, Information and communication technologies, ICT) regroupent les techniques utilisées dans le traitement et la transmission des informations, principalement de l'informatique, de l'Internet et des télécommunications.
Pour les auteurs de cet article, et aucun ne semble avoir remis en cause cette manière de voir, une technologie est un ensemble de techniques. Or une technologie n'est pas plus en ensemble de techniques que la sémiologie n'est un ensemble de sèmes, la symbologie un ensemble de symboles...et la théologie un ensemble de dieux !
Autrement dit,
- si théoriquement, la technologie est le plus souvent - voir l’intéressante exception citée plus haut... - la science des techniques et une technologie l'étude des méthodes et techniques visant à la production d'un artefact,
- pratiquement, pour de très nombreux auteurs,
[5]
elle se confond avec le principe général de fonctionnement d’un objet technique, les principaux éléments qui le constituent, voire les solutions techniques qui assurent une fonction technique.
Je laisse donc au lecteur le soin de décider si les diverses contributions contenues dans cette
section dédiée à la technologie relèvent de techniques ou de technologie…
[2]
[6]
L'aristocratie des technologues
Dans mon modèle Vernien, l’ingénieur est aussi, et d’abord, technologue. Non seulement Iil a appris à agir sur la
matière, avec la matière et les outils, et l’aide des hommes qu’il forme et encadre, pour construire soit une machine,
soit un produit utiles aux hommes, mais encore il est capable de réflexion sur les principes mêmes de son action, tant au plan moral que scientifique.
Certes, Jules Verne met aussi en scène des ingénieurs fous, mus par une forme dévoyée de
leur désir de réalisation personnelle : ni Albert Einstein, ni Eugen Teller, ni Werner Von Braun, dont les travaux ont été récupérés
par des politiques fous (en est-il de sages ?) n’auraient mis en doute la réalité réaliste de ce risque.
J’ai donc été rémunéré pour obtenir des résultats technologiques. Vers 1965 nous n’osions pas dire qu’il s’agissait de
perspectives scientifiques ; nous savions que nos travaux se plaçaient quelque part entre recherche appliquée et
production marchande.
La technologie est éternelle
Réflexion bien entamée, presque achevée, à mon modeste niveau, mais rédaction en cours...[1]
Je rapproche la réaction, replacée plus bas dans son contexte, du Directeur Général m’ayant dit, commentant le
papier qui initia un processus de
concertation décloisonnante « mais, c’est de la dynamite ! » de la
perpétuelle incitation à « la dynamique du changement » qui orne depuis
vingt ans les recommandations des consultants, les exhortations de
dirigeants et les oraisons des gourous.
[2] Voici un exemple intéressant de confusion entre technique et technologie : dans le même paragraphe, les deux mots sont employés comme synonymes. Il est extrait de la lettre d'information Newsletter RTFlash n°618, du Samedi 1° octobre 2011.
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C'est une
première mondiale qui place la clinique du Renaison à Roanne (Loire)
parmi les plus pointues en matière de technologie. La pose d'une
prothèse de hanche planifiée par le biais d'un i-pod touch d'Apple. On ne parle pas de première médicale, mais bien technologique.
L'intervention existe déjà, mais la technique est révolutionnaire se
réjouit Rodolphe Calandry, directeur de l'établissement roannais.
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[3]
Le concept de progrès lui aussi mérite, comme nous le savons tous, d'être spécifié, au sens de la manique générale. En effet, l’évolution d'une technique induit de changements dont certains semblent assimilables à une régression.
A titre d'exemple, l''échange qui suit :
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Les rames de TGV les plus fiables sont les plus anciennes. Cet aveu étonnant est signé du président de la SNCF, Guillaume Pepy, pour justifier les retards fréquemment observés sur les lignes exploitées par l'entreprise publique. Assez souvent, quand il y a de l’informatique très moderne, vous avez des bugs, explique-t-il dans un enregistrement que s'est procuré Europe 1. Quand ce n'est pas trop trop sophistiqué, ça a des chances de tomber un peu moins souvent en panne que des matériels dans lesquels il y a des capteurs partout et de l’informatique partout.
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A titre personnel (mon expérience de président de conseil syndical, ou mon état de propriétaire d’une automobile réputée moderne …) ou professionnel (ingénieur ayant travaillé dès 1964 sur des équipement ferroviaires) je ne peux qu’approuver la constatation de Guillaume Pepy.
L’invasion d’ordinateurs bon marché dans les systèmes de contrôle et de commande des rames ferroviaires, des automobiles, des portes de parking, des ascenseurs, des équipements de péage, et même des aspirateurs et des cafetières, a rendu tous ces équipements fragiles.
Les systèmes de contrôle à relais, les logiques électromécaniques, étaient plus fiables, même si moins raffinés dans leurs fonctionnalités.
Il n’y a guère que dans l’aéronautique que la substitution se soit faite sans accroissement des risques. Mais à quel prix !
Les systèmes numériques portent en eux le germe de leurs défaillances : la rusticité consubstantielle au binaire, qu’un rien de bruit paralyse, ou, pire engendre un contre-sens fatal. Ce n’est qu’au prix de redondances informatives insoupçonnées de l’utilisateur qu’ils peuvent fonctionner à peu près normalement....
Mais je ne veux décourager personne…
Rédigé par : Jean-Pierre Desthuilliers, le 14 février 2011 à 15:26
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[5]
Juste un exemple, lu sur un blogue. L'auteur écrit : Je pense que la technologie d’aujourd’hui a une grande importance sur la
production. Chaque progrès de la technologie rend la production plus
facile, plus rapide et à faible coût.
Il est manifeste qu'il veut dire (je ne retouche pas les mots peu appropriés, comme importance ou à faible coût ) : je pense que la technique d’aujourd’hui a une grande importance sur la
production. Chaque progrès des techniques rend la production plus
facile, plus rapide et à faible coût.

