analogies + go = analogos


Ce travail doit beaucoup à Jean-Christian Fauvet, directeur de Bossard Institut, avec qui j'eus le plaisir et l'honneur de travailler, entre 1985 et 1990, au développement de la Sociodynamique, en compagnie de Xavier Stéfani et de quelques autres. Mon seul mérite est d'avoir systématisé la réflexion, de l'avoir mise sous une forme pédagogiquement transmissible et exploitable, et fait passer de l'élan lyrique enthousiaste au stade de la diffusion raisonnée appuyée sur des exercices pratiques, des supports concrets, des aide-mémoire simples.

J'ai aussi connecté au jeu de go l'art du Haikou, histoire de vérifier en écriture et par l'écriture les intuitions sous-jacentes.

C'est cet investissement dans le mécanisme mental de l'analogie qui me permit ensuite, comme expert en stratégie appliquée, de former, dans le cadre des clubs pour le progrès du management du MEDEF, des dizaines de chefs d'entreprise à cette approche un peu nouvelle de ce que j'appelais les conduites gagnantes en univers incertain
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Résumé des 6 000 années précédentes

Le jeu de GO, né des génies chinois et coréen mariés au pragmatisme nippon, propose une maquette de l'univers. Deux partenaires, complémentaires et antagonistes, ont à se préoccuper d'occuper, pierre à pierre, chacun son tour, le damier initialement vide vaste de 361 domaines.

Réputé comme le plus ancien «jeu» au monde, mythiquement associé à la Chine d'il y a quatre mille ans, il aurait été codifié à l'époque ou naissait la jeune Athènes. Il aurait  été évoqué sans suite dans les relations de voyage de Marco Polo, et subrepticement récupéré par quelques Pères avisés de la Société de Jésus.. Dans les années 1600  la création d'une académie de Go lui fit quitter le monde restreint des nobles lettrés japonais.
Les années 1880 furent celles de sa seconde révélation en occident, la première remontant aux Jésuites du 16° siècle, mais c'est seulement vers 1950 que sa pratique, sa théorisation et sa diffusion explosèrent tant en Europe qu'aux Etats-Unis.

La règle et les principes

Il n'est point de jeu sans règle. Qui les ignore prend le risque de se trouver, selon les cultures, tenu à laver son honneur dans le sang du duel, emprisonné après un procès facultativement agrémenté de mises en situation désagréables, enduit de goudron et de plumes et reconduit aux portes de la ville...

La Règle, ou les règles, est la procédure déterminant l'ensemble des comportements obligatoires ou licites des joueurs dans le décours de la partie, y compris la définition des positions de départ et la manière de déclarer le vainqueur.Nombreux sont les jeux admettant des variantes dans le système de règles.Tout joueur est supposé connaître la Règle et s'y conformer. Dans certains jeux, un arbitre veille à son respect.
Pour ce qui est du jeu de Go, le corpus de règles est d'une grande simplicité. Une version extrême-orientalisée en est donnée dans la section consacrée aux forpoèmes. Une autre version, moins symbolique, en est fournie en bas de page.

Les principes diffèrent des règles. Les principes sont les stratégies et tactiques qui, s'incrivant dans le cadre des règles, orientent les comportements personnels du joueur qui veut gagner la partie, ou au pire réduire l'étendue de sa défaite. A noter que le vrai joueur joue pour gagner, et pas seulement pour passer le temps.

La valeur pédagogique des règles est relativement faible, sauf à les considérer comme le résultat de la modélisation d'une culture, d'une civilisation, et de considérer que méditer sur elles est entrer dans l'intimité de cette civilisation, de cette culture. Par extension, les rituels religieux ou des sociétés discrètes relèvent du domaine de la Règle. Les fondateurs d'ordres monacaux ne s'y sont point trompés.

La valeur pédagogique des principes gagnants, elle, est à prendre en considération. Dès lors qu'une analogie peut être valablement développée entre la vie d'un jeu et le jeu de la vie, elles se transfère entre les principes gagnants du jeu et des principes gagnants dans la vie. Tel est le travail de traduction que proposent les analogos : comment, dans des situations de vie, traduire les principes essentiels du joueur de Go en ensemble de comportements mentaux, relationnels et humains pouvant accroître la maîtrise de son destin et le succès de ses projets.

De la vie du jeu au jeu de la vie

Le noble jeu de go est présenté comme un jeu de construction. En posant des pierres sur un damier vide à l’origine, il s’agit de construire des murs définissant des territoires.
Le seul problème, c’est qu’un autre joueur en fait autant, en même temps, en suivant les mêmes règles, sur le même espace. Il convient donc, pour réussir, de mener trois tâches de front : s’installer sur ses territoires, les défendre contre l’expansion agressive de l’autre, et lui chaparder ici ou là quelques parcelles afin d’être en fin de partie le plus gros propriétaire, même d’un souffle…
Comment concilier dans la pratique ces trois stratégies : extension, contention, destruction ?
Le joueur de Go avisé va se préoccuper de mettre en œuvre des dispositions dont la combinaison permet de réussir à maîtriser cette complexité.
Ces dispositions, telles que formulées ici, peuvent être perçues comme un peu décousues, sans ordre logique évident, à l’image de la manière dont la partie semble se dérouler pour un témoin peu impliqué.

Le joueur va par exemple s’astreindre à respecter quelques principes :


Il va aussi réfléchir sur le résultat de la partie, une fois terminée, pour en tirer conclusions et enseignements ; vivre chaque partie aussi comme une expérience personnelle permet de progresser dans l’art du jeu : une partie est une pierre sur le damier des parties…