Aphorismes et méditations, ou assertions et constats ?


Science versus philosophie

Mon expérience m'a appris qu'opposer trop vite la science, mère putative de la technologie et la philosophie, référence potentielle de la morale,  revenait à opposer, par exemple, le feu et l'eau (ne pas chercher lequel est lequel...).
Les armes, par exemple, sont des outils pour la mise en oeuvre des stratégies, qu'elles soient de contention ou d'agression. Si les armes dites de destruction massive, qui ont d'ailleurs dû faire depuis l'aube de l'humanité moins de victimes que les armes de destruction individuelle ont des racines dans la technologie, la décision de les utiliser relève à mon avis d'une philosophie des rapports sociaux et du gouvernement.
Si celui qui imagine et construit la baliste est responsable de l'existence de cette arme prodigieuse (il y a vingt-cinq siècles), celui qui en ordonne la construction, puis l'usage, au nom d'une philosophie de la nature humaine, est responsable de son emploi. Peut-être même a-t-il décidé de financer le programme de recherche afférent, donc stimulé le technologue ?

Le tout technologique est une impasse.
Quand je vois l'usage que beaucoup font de cette technologie : SMS débiles, tchatche insignifiante, commentaires du genre "ouah génial", photographies banales...– je suis un peu découragé car en participant au dévloppment de certaines de ces technologies je me faisais un autre idée de leurs apports potentiels au progrès individuel et collectif.
Comment faire pour casser l'inepte opposition, l'improductif conflit entre science (la technologie n'est qu'un sous-produit contingent de la recherche scientifique) et philosophie ?
Au travail !

11 novembre 2006

Mémétique et poétique

J'ai découvert la mémétique comme une "thèse" pouvant m'aider dans une réflexion au sujet d'une question que je me pose depuis l'âge du Lycée, et qui est à peu près D'où viennent les "idées", et en particulier celles qui me passent par la tête ? Question banale, mais...

Si j'ai pris l'écriture poétique pour support d'intervention, c'est tout simplement parce que l'écriture poétique est la discipline artistique (si le mot discipline s'applique ici ?) que je connais le moins mal, pour la pratiquer et avoir réfléchi dessus, seul ou en groupe, tenté des travaux pratiques, etc. Je ne voulais pas restreindre, mais illustrer.
Quant à la trilogie créer-inventer-innover, que j'ai retrouvée à la fois dans mes recherches spirituelles, mon travail d'écriture et mon métier de consultant, je suis tout à fait d'accord avec mon honorable presque homonyme sur le fait que le champ sémantique est très meuble, pour continuer la métaphore.

A titre personnel, et de manière lapidaire, j'ai tendance, en simplifiant, à esquisser la nuance suivante :
La mémétique aurait son mot à dire aux trois étages...

J'irai jusqu'à écrire, par expérience et modestie, que parler de la création poétique – exemple typique de création artistique attirant la limaille des gloses avec l'aimant du mystère – relève d'un abus de terme(s), voire d'une escroquerie intellectuelle, car le poète ne part pas de rien.  Le moins céatif de la tribu dispose :

Il se peut que le poète invente ; encore que le plus souvent il se contente de décliner par adaptation et petites variations des thèmes et formes disponibles.
Il ne peut prétendre innover qu'à condition complémentaire d'être lu par autre que lui, et reconnu comme poète.
Les techniques d'écriture poétique des grands rhétoriqueurs – désignation à la réflexion peu adéquate qui a, c'est intéressant, contribué à les sortir du genre "poétique" et à les maintenir hors jeu longtemps –, oubliées pendant plusieurs siècles, techniques apparentables à des fossiles vivants, ont été reprises par quelques poètes modernes et parfois déclarées innovantes par des critiques connaissant mieux Clément Marot que son père, Jean Marot, qui en fût.

Je suis tout à fait d'accord sur l'idée que les inventions lexicales ou poétiques restant à faire soient du domaine du rare, d'autant que, comme je le disais plus haut, faute de certitude sur l'exhaustivité des historiques, il y doute sur le fait qu'il y ait réellement invention.
Ce dont le poète profite, et je l'ai expérimenté en ateliers d'écriture, c'est du déficit en déterminisme : face au même déclencheur, sous l'égide du même animateur, avec les mêmes consignes de jeu (y compris une liste de mots à caser et une autre à éviter...), et même appuyées sur des cultures, universitaire par exemple, très proches, à des âges sensiblement égaux, dix participants au sein d'une réunion d'écriture vont produire des textes très sensiblement différents. Plus, certains vont aller jusqu'à produire deux ou trois textes également différents entre eux.

Autrement dit, des contextes et entrants presque identiques engendrent des produits de sortie très différents. La théorie du Chaos fournit elle aussi une piste pour comprendre qu'il convient ni de s'en offusquer, ni de conclure que tout déterminisme serait à exclure. Mais la chute d'un paquet de mots sur une feuille de papier est un phénomène plus complexe que celle d'un sac de billes sur un plan incliné, déjà très résistant à la l'analyse prédictive ...

1° décembre 2005

Richesse et pauvreté

Mon père, modeste artisan menuisier-charpentier, me disait en parlant de ses riches clients – en fait des gens de la classe dite moyenne-supérieure (aujourd'hui, un revenu annuel de l'ordre de 75 000 euros ) – : ils gagnent bien leur vie, tant mieux, ne nous en plaignons pas, ça fait marcher le commerce. Aspect dynamique.

Aujourd'hui, le montant de l'épargne des ménages, si j'ai bien lu, est de l'ordre de 175 milliards d'euros, ce qui n'est pas rien au total, mais est distribué de manière plus qu'inégalitaire. Aspect statique.

La richesse (personnelle, familiale, nationale?...) peut être étudiée en termes de flux et en termes de stocks.

Au fond de nous, nourris par Jean-Baptiste Poquelin-Molière et Jean De La Fontaine, nous percevons la richesse en termes de stock (un patrimoine liquidable, des lingots d'or, une collection de tableaux cotés, un portefeuille d'actions robuste...). Cette richesse est morte, inutile, sauf à habiter sa maison, regarder ses tableaux, pratiquer le placement à longterme, certes ; mais beaucoup de propriétaires fonciers se désintéressent de leurs immeubles, moult propriétaires de parts de capital ne songent qu'au profit spéculatif, et nombre de collectionneurs dissimulent leurs possessions au tréfonds d'un coffre obscur de haute sécurité.
La richesse morte sécurise une minorité, immobilise des capitaux, bloque le développement.
La richesse circulante, elle, profite à tous, irrigue les échanges, permet à chaque acteur économique, en ayant les moyens de vendre sa force de travail, de vivre de manière décente dans une honnête aisance.

Pour chacun de nous, aussi, un riche est quelqu'un qui gagne, mettons trois fois plus que nous : nous sommes presque tous le riche de beaucoup d'autres et le pauvre de quelques uns... Autrement dit, définir ce qu'est un riche est un exercice sémantique plutôt difficile.

A plus forte raison répondre à la question : pouvons-nous nous enrichir sans pour autant appauvrir autrui ?
La réponse, à mon avis, est presque certainement non si la richesse est perçue en termes de stock. Voir le livre de Jules Verne, la chasse au météore, où est esquissé ce que deviendrait l'économie mondiale si un stock d'or égal à mille fois les réserves mondiales nous tombait du ciel....
La réponse est peut être oui si la richesse est perçue en termes de flux, comme étant une espèce d'énergie renouvelable. Dans ce cas, tout le monde profite de la circulation du flux, ce qui implique la renonciation aux cagnotes et autres pièges à richesse.

novembre 2006