méthodologie
Au commencement était la méthode
Le mot méthode, traduction quasi-translittérée de μέθοδος surgit chaque fois qu’il faut prouver :
- soit sa capacité à engager une recherche,
- soit sa confiance dans la validité d’une découverte.
L’homo methodicus sécurise. Si la méthode est bien un principe interne d’organisation en vue d’une fin donnée, alors point de méthode sans objet. De même, réciproquement, pas d’objet qui ne requière au moins une méthode identifiable.
La correspondance méthode <—> objet n’est pas, en dépit du symbole que je viens d'employer; biunivoque. De René Descartes à Gaston Bachelard, le concept de méthode a fait l’objet de réflexions... méthodiques.
Dans toutes les formations que j’ai reçues, littéraire,
scientifique, artistique, juridique, informatique, religieuse,
symbolique,
la transmission des connaissances et des compétences passait par des
méthodes.
Si certains enseignants les laissent
implicites, à reconstituer, d’autres les révèlent pour mieux les
transmettre en utilisant comme excipient la connaissance ou la
compétence transmise.
Puis vint le temps de la méthodologie
Lorsque la méthode a les méthodes pour objet alors il est possible de parler de méthodologie.
Produire, comparer, évaluer des méthodes relève de la méthodologie. Beaucoup naissent de la modélisation d’un processus
qui réussit ; encore que es processus qui échouent soit riches d’enseignement méthodographiques
[1]
.
Méfiez-vous des imitations
La dévalorisation progressive des mots, par suremploi ou par
recherche d’impact, n’a pas épargné le couple méthode - méthodologie. Le mot méthode en est venu à désigner le banal tour de main manuel et/ou mental, et alors
méthodologie s’est souvent précipité dans l’espace sémantique ainsi libéré, avec une acception métonymique
[2]
.
Et très souvent qui lit en sous-titre méthodologie de l’étude doit simplement comprendre
méthode de travail utilisée pour réaliser l'étude, ce qui n’est déjà pas si mal…
L'introduction, dans les enseignements scolaires, commencée par le
supérieur mais dégoulinant lentement vers le secondaire, de la
méthodologie comme matière spécifique (j'y ai travaillé par la bande
lors de mes interventions au PNF de l'Éducation Nationale en 1989) a
facilité la propagation de l'acception métonymique.
Si la méthodologie est une discipline mentale autonome, alors il
existe une méthodologie de la méthodologie. Abyssale perspective, et
cependant ô combien réaliste.
Une recherche via Google sur le mot méthode propose (aujourd'hui...) 72 MégaLiens ; sur le mot méthodologie, 12 ML.
La confusion est générale sur les sites consultés (méthode : par sondage…) ; j’en cite trois au hasard :
-Méthodologie : quelques conseils de méthode…
-Méthodologie générale (comment travailler) : des conseils généraux d’organisation et de méthode…
-Ce document décrit notre méthodologie interne pour la gestion de projets informatiques et Web : la méthode
informatique et la méthode de développement d'un site.
Autrement dit, pour beaucoup de locuteurs, une méthodologie c'est
- soit des bouts de méthode,
- soit une méthode appliquée à un sujet particulier...
Je laisse donc au lecteur le soin de décider si les diverses contributions contenues dans cette
section dédiée à la méthodologie relèvent de méthodes ou de méthodologie…
[1]J'introduis ici la méthodographie comme l'art de la recension comparative des méthodes. Le méthodographe est capable de décrire une méthode, c'est à dire un processus de production intelligente et économique d'objets ( objet est pris ici au sens le plus large, matériel ou mental). Cela ne le rend pas obligatoirement compétent pour imaginer ou enseigner des méthodes.
En revanche un méthodologue qui ne serait pas un peu méthodographe
diminuerait ses chances de succès, en multipliant inutilement les
méthodes : la pratique rend modeste. Une variante d'une méthode
existante et éprouvée suffit souvent à satisfaire le besoin identifié.
Voir à ce sujet l'excellent ouvrage de SF de David Duncan,
(1957, Ballantine books) : Occam's razor. Une traduction française a
été publiée chez Denoël, collection présence du futur, n° 38.
[2]
Cette métonymie est repose sur l'association processus—produit.
Seule l'association partie-totalité est à ma connaissance caractérisée par une métonymie spécialisée, la synecdote. Le couple processus—produit n'étant pas dans la relation partie—totalité ne peut donc être ainsi qualifiée.
Le développement, lié à l'approfondissement des principes de la qualité
globale et leur application à divers champs de connaissance et d'action
pourrait justifier la création d'un substantif spécifique pour nommer
ce cas particulier de métonymie.

