De la rétroaction des contre-pouvoirs

Ce texte a été repris dans son intégralité par le site des Frères de la Côte, mais sans que la source soit citée. J'ai donc envoyé au webmestre du site la courtoise requête suivante :

Bonjour. Je suis très heureux d'avoir pu vous aider en vous fournissant ce texte, intégralement recopié d'une page de mon site www.adamantane.net. J'ai mis ces textes sous licence Art Libre [ Copyleft Attitude ]. La reproduction partielle ou totale de ces textes est donc autorisée, à condition d'en indiquer la source par un lien actif.
Je vous remercie donc d'avoir la gentillesse d'indiquer, sur votre site, la source, par un lien actif vers la page que vous avez utilisée.
Bien cordialement vôtre. Jean-Pierre Desthuilliers


Les Frères de la Côte, sur l'île de la Réunion, veulent lutter contre la chosification de l'homme, les lobbies à vocation mercantile, la timorée citoyenne et la corpocratie, et pour l'émergence de la notion de citoyen responsable et actif...Bref, développer un contre-pouvoir collaboratif.



Une partie de ce texte a été copiée-collée dans un article intitulé du contre-pouvoir au XXI° siecle, sans que l'auteur de l'article, qui avait toute latitude d'user du droit de citation, prenne la peine de mentionner la source. J'ai donc déposé un commentaire sur ce blogue. J'attends la réponse...





Pour résumer, le pouvoir, qu'il soit statutaire, d'influence ou même d'opportunité, est une des ressources dont dispose un système pour engendrer dans son environnement un changement conforme à son projet. Le système exerce son pouvoir…
Ce pouvoir est évalué par l'environnement en référence à divers critères tels que par exemple la manière d'agir, la conformité au projet, le bénéfice pour l'environnement, le coût global pour le système et l'environnement.
Le système désire obtenir une évaluation positive. L'environnement désire tirer profit de l'action du système.

L'expérience montre qu'un système qui n'est pas régulé dérive, plus ou moins vite, et que le risque d'une évolution dite catastrophique est loin d'être faible. De fait, tout système est contrôlable, au sens de la régulation, par deux types de boucles retour :

Un genre particulier de boucle retour est celui des contre-pouvoirs. Une image matérielle simple de contre-pouvoir est donné par les appareils qui referment les portes : ils contrarient le mouvement d'autant plus que l'effort d'ouverture est intense, et un équilibre s'instaure.

Quelques caractéristiques des contre-pouvoirs

Cet ensemble de normes fournit une définition pragmatique du concept de contre-pouvoir. Elles veulent permettre de décider si tel sous-système d'un système de pouvoir, ou tel système identifiable dans l'environnement de ce système, méritent la qualification de contre-pouvoir.
Le premier est toutefois le plus important.

Critères d'efficacité des contre-pouvoir

L'ordre dans lequel ces caractéristiques sont énoncées n'est en rien image d'une priorité quelconque. Un contre-pouvoir a besoin de pouvoir accéder directement à des informations de première main sur le fonctionnement du système de pouvoir et sur l'état de l'environnement.
Un contre-pouvoir qui n'a pas le choix de ses méthodes de travail, dans le cadre de l'éthique usuelle, ne peut fonctionner librement.
Un contre-pouvoir qui n'a pas le choix des points d'application de ses travaux ne peut fonctionner librement.

Quelques applications pratiques



Définition et caractéristiques des contre-pouvoirs ont pour conséquence que, dans les divers domaines où ce concept a du sens, il permet d'en analyser et décoder partiellement le fonctionnement. 

Domaine du politique

Un parti d'opposition n'est pas un contre-pouvoir, dans la mesure où sa perspective ultime demeure d'exercer autrement le pouvoir. La question se pose donc pour les partis qui n'en ont ni la vocation objective, ni la possibilité sociologique.
Un syndicat, patronal ou ouvrier, qui s'inféode à un parti politique au pouvoir ou désireux de l'être, devient une courroie de transmission et  perd son statut de contre-pouvoir.
Toute constitution démocratique se caractérise par l'existence proclamée de contre-pouvoirs internes et la garantie de leur indépendance.
La pratique dite de la séparation des pouvoirs conduit à distinguer au sein du système global de pouvoir plusieurs entités en situation de contre-pouvoir mutuel ; chacun de ces pouvoirs doit se doter à son propre niveau de contre-pouvoirs spécifiques.
Un contre pouvoir ne peut annuler une décision du système, et ce sans pour autant avoir le droit ni le devoir d'en suggérer une autre, que si le système n'a pas respecté ses propres procédures, autrement dit le contre-pouvoir est garant de la forme et des flux, pas du fond.

Domaine du confessionnel

Les Églises semblent avoir une sainte aversion pour les contre-pouvoirs. Le dogme stupéfiant de l'infaillibilité papale est une des manifestations extrêmes de cette aversion qui jouxte la perversion. Il se peut d'ailleurs qu'il porte en germe l'autodestruction progressive d'abord, puis cataclysmique ensuite de cette superstructure.
Il est à regretter que trop souvent leurs institutions semblent considérer qu'il y aurait conflit de principe entre l'engagement d'obéissance et l'exercice systémique d'un contre-pouvoir. A noter que le processus de béatification, qui est un aspect plus que mineur des caractéristiques de fonctionnement de l'Église de Rome, semble faire exception, du fait le l'existence de l'avocat du diable. Encore que la terminologie trahisse une flagrante diabolisation des boucles de régulation...

Domaine de l'économique

La macroéconomie traditionnelle, consciente de la nécessité d'introduire des organes de régulation pour faire admettre aux esprits sceptiques le bien-fondé des diverses théories du marché, n'hésite pas à commettre une escroquerie mentale de belle envergure en attribuant aux décisions rationnelles du consommateur individuel, aggrégées par grandes composantes, un rôle de contre-pouvoir face au pouvoir des décisionnaires effectifs.
Or de vrais contre-pouvoirs existent dans le domaine économique et social. Ils se constituent selon un processus associatif, et agissent avec succès dans de nombreux domaines comme la consommation, la sécurité du cadre de vie et des produits commercialisés, le fonctionnement du crédit.

Domaine de l'associatif

Au sein d'un groupe organisé, les statuts doivent (ce n'est une obligation légale, à ma connaissance, que pour les sociétés commerciales) prévoir et organiser l'existence de contre-pouvoirs. Et ce dans l'intérêt même du groupe, de sa pérennité, de sa capacité à définir et atteindre ses objectifs, à mobiliser ses membres et obtenir les ressources pour son action.
Les difficultés rencontrées par beaucoup d'associations naissent de la faiblesse ou de l'absence de contre-pouvoirs autres que le contre-pouvoir externe qu'est l'assemblée générale prise en son ensemble. L'assemblée générale en effet est démunie sur deux plans:
De manière plus précise, la structure minimale de la loi de 1901 et de ses divers compléments, avec un conseil d'administration émanation de l'ensemble des adhérents, est insuffisante au regard de cette manière de voir.
Toute formule  associative gagne à se doter de contre-pouvoirs internes.

Remarques complémentaires

Le concept de contre-pouvoir demeure relativement flou. Les définitions des dictionnaires usuels sont simplistes, voire contradictoires. Les études les plus fouillées sur les contre-pouvoirs semblent être le fait :
La définition du contre-pouvoir donnée sur WikiPédia est incomplète, voire erronnée au motif qu'elle inclut l'opposition gouvernementale organisée - les partis dits d'alternance - dans les contre-pouvoirs, alors que leur raison d'être est de prendre le pouvoir à la place du pouvoir en place. Mon étude, en revanche, est rejointe -car elle est antérieure à 2002, datant de 1974 - par celle de John Holloway, dont le titre est fort explicite : Change The World Without Taking Power .



L'application aux entités de contre-pouvoir de la théorie des systèmes, qui fonde la nécessité stabilisatrice du contre-pouvoir, induit une mise en abyme : considéré comme entité, un contre-pouvoir appelle son propre contre-pouvoir.

Les sources profondes de cette fiche, résurgence d'anciennes préoccupations, se situent dans une réflexion conduite en 1974 -1975 au sein de la section PSU de Chelles-Vaires (Seine et Marne), dont j'étais alors secrétaire. Je les ai résumées et mises au net dans mon cahier de bord l'été 1974. Au verso, un sémagramme à propos du concept d'autonomie, tracé en 1975 alors que je rédigeais, pour le compte de mon partenaire et pas encore ami R*** H***, une plaquette sur ce thème. Pour moi, il y avait - et il y a encore -un lien fort de circularité vertueuse entre les deux concepts.


[1] J'entends par fonctionnement recto-verso un mode de travail commun à beaucoup d'institutions, même des plus honorables :

  • le recto est la face brillante officielle ; image conforme aux attentes et à la vocation déclarée ; aspect  fleur de coin  pour les numismates...
  • le verso est la face obscure officieuse ; dans les sous-terrains de l'édifice, ainsi que le décrit René-Victor Pilhes dans l'imprécateur , il s'en passe de ces choses !

Quelques compléments à propos de contre-pouvoir


contre-pouvoirs ?, un papier de Michel Mengneau